Dossiers - Contemporain

Bernard Cavanna l’agité musical

Bernard Cavanna
Né en 1951, Bernard Cavanna a étudié la composition avec Aurèle Stroë et reçu les conseils avisés d’Henri Dutilleux. Il a reçu une Victoire de la Musique Classique en 2000, ainsi que le Grand Prix de la Sacem en 2007.
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Bernard Cavanna ne répond pas au profil traditionnel du compositeur contemporain. Il tire de ses origines sociales modestes une fierté, enracinée dans son goût pour les instruments populaires et réalistes, ainsi qu’un sentiment de solitude, qui le rend rétif à toute appartenance à une chapelle musicale académique. Vingt ans après sa puissante messe un jour ordinaire, le compositeur offre le non moins saisissant a l’agité du bocal d’après le texte incendiaire de Céline.

Ceux qui visiteront le site internet de Bernard Cavanna auront le plaisir d’être accueillis par… des poubelles : « Cela va bien avec la phrase de Céline placée en exergue : « Invoquer sa postérité, c’est faire un discours aux asticots ». Notre musique de tradition écrite intéresse de moins en moins les politiques. J’ai dirigé un conservatoire et nous n’avons de cesse de faire venir avec succès des enfants au concert. Je n’aurai pas la prétention de pousser un coup de gueule, mais les poubelles sont une manière de protester contre le désintérêt des décideurs ». Un constat désespéré qui rejoint directement Louis-Ferdinand Céline que Cavanna met en musique dans la grande reprise offerte à la Cité de la Musique : « Quand il écrivit A l’Agité du Bocal, Céline était en fuite à Copenhague. La France demandait son extradition et c’est pourquoi il a écrit ce texte contre Sartre qui l’accusait d’avoir collaboré avec les nazis pour des raisons vénales. Chez Céline, il existe des saloperies mais certaines pages sont magnifiques. Le plus terrible, c’est sa terrible désillusion en l’homme ».

Et c’est sur ce texte éructant, d’une violence à couper le souffle que le musicien a composé une œuvre visionnaire d’une puissance effrayante : « Chez Céline, on trouve très peu de moments où la musique peut s’attendrir. Chacun de nous possède une violence en soi, et en même temps, il est très plaisant pour un artiste de s’appuyer sur un texte d’un tel style ! ». Une œuvre vociférante donc mais utilisée dans une optique résolument cathartique : « La musique à défaut de donner des réponses, apporte une immense consolation. On peut être responsable de ses conflits mais également de ceux du monde. J’essaie d’être au maximum solidaire de mes concitoyens et amis et de les protéger des agressions du monde ».

Quant à son concerto pour accordéon « musette », Karl Koop Konzert, il entre pleinement dans la thématique Guerre et Paix de la Cité de la musique : « Je dois à mon grand-père de faire aujourd’hui de la musique car la Croix-Rouge lui avait donné un accordéon dans les années 30. J’aime utiliser des instruments populaires, comme l’accordéon, la cornemuse ou le cor de chasse. Prenez la cornemuse qui n’a que huit sons, elle m’offre des contraintes qui me poussent à explorer d’autres territoires ». Quant à l’expressivité toujours flamboyante de sa musique, Bernard Cavanna s’affirme clair dans ses intentions : « Je ne veux pas choquer l’auditeur. En même temps, il y a des gens qui sont choqués. Pour ma Messe un jour ordinaire, il y avait des réactions très fortes, avec des gens qui pleuraient parmi les choristes ou dans le public. Cela m’a fait plaisir. C’est dans ces moments-là où on se dit que ce qu’on a fait n’est pas totalement inutile ». Où l’on retrouve toute l’ironie du désespoir des poubelles que nous évoquions au début.

Laurent Vilarem