Dossiers - Musique ancienne

François Couperin L'esprit Français

François Couperin
François Couperin est le membre le plus illustre d’une grande dynastie de musiciens.
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De l’homme on sait peu de choses : discret dans sa carrière, moins prolifique que certains de ses contemporains, François Couperin n’en est pas moins un compositeur de talent, reconnu et admiré de son vivant. Auteur d’un important corpus de pièces pour clavecin, il aspire, dans sa musique de chambre surtout, à l’union des styles français et italien.

François Couperin naît en 1668, dans une famille de musiciens dont il sera le plus illustre représentant : son père est organiste à Saint-Gervais et son oncle, Louis Couperin (décédé en 1661), laisse de nombreuses compositions. À la mort de son père en 1679, le jeune François est désigné pour le remplacer à l’orgue de Saint-Gervais (trop jeune, et malgré son indéniable talent au clavier, il attendra cependant sa majorité pour succéder à son père, tandis qu’un jeune musicien du nom de Richard Delalande assure l’intérim). Bientôt, il publie ses premières compositions (deux messes d’orgue, curieusement les seules œuvres destinées à cet instrument dont il jouera toute sa vie) et se fait rapidement une réputation en tant que musicien : en 1693, il est nommé organiste de la Chapelle de Versailles ; l’année suivante, il est choisi pour enseigner le clavecin à plusieurs membres de la famille royale. C’est à cette époque qu’il compose l’essentiel de sa musique sacrée, en particulier les sublimes Leçons de ténèbres. Pourtant, mises à part sa charge d’organiste et sa fonction de maître de clavecin, et malgré les faveurs dont il jouit à la cour, Couperin n’accèdera jamais aux hautes charges de Versailles. La faute en incombe-t-elle à l’ambitieux Delalande qui accapare une grande majorité des postes vacants ? Ou au caractère réservé et peu mondain de Couperin qui néglige de les solliciter pour lui-même ? Quoi qu’il en soit, il mènera une carrière discrète à la cour jusqu’à la mort de Louis XIV en 1715 : il donne des concerts, occupe le poste de claveciniste pour la musique de chambre du roi (à titre de remplaçant puis officiellement au décès du titulaire) et publie de nombreuses œuvres, s’imposant comme un compositeur majeur de son époque. Après 1715, l’insouciante légèreté de la Régence lui convenant probablement moins que le sérieux des dernières années de règne de Louis XIV, Couperin s’implique de moins en moins dans les activités musicales de la cour. Il continue à enseigner le clavecin mais, sachant sa santé fragile, prépare déjà sa succession en confiant ses charges à des membres de sa famille (sa charge d’organiste de Saint-Gervais à son cousin Nicolas Couperin, le poste de claveciniste du roi à sa fille Marguerite-Antoinette). Usé, Couperin cesse progressivement de composer durant ses dernières années et s’éteint le 12 septembre 1733.

Couperin, maître du clavecin

C’est incontestablement la musique pour clavecin qui participe à la grande renommée de Couperin. Excellent claveciniste, professeur apprécié, il a pourtant déjà plus de quarante ans lorsqu’il publie, en 1713, le premier de ses Quatre livres de clavecin dédiés à cet instrument (au total 27 suites, soit plus de 200 pièces). Ses nombreuses occupations, ainsi qu’une santé fragile, sont les raisons invoquées par Couperin dans la préface pour expliquer le retard de sa publication : « J’aurais voulu pouvoir m’appliquer il y a longtemps à l’impression de mes pièces, quelques-unes de mes occupations qui m’en ont détourné sont trop glorieuses pour moi pour m’en plaindre. […] ces occupations, celles de Paris, et plusieurs maladies, doivent être des raisons suffisantes pour persuader que je n’ai pu trouver au plus que le temps de composer un aussi grand nombre de pièces ». Ce Premier Livre contient donc des pièces composées depuis quelques années déjà, tandis que d’autres paraissent vraisemblablement contemporaines de l’année de publication. Couperin s’émancipe déjà de la coupe classique des suites pour instrument seul de l’époque, dont le noyau principal est la traditionnelle succession « allemande, courante, sarabande, gigue ». Ses suites, qu’il appelle « ordres », comprennent de nombreuses pièces intercalées entre les pièces habituelles (allant parfois jusqu’à près de vingt morceaux) : des danses mais aussi des pièces de caractère, parfois de forme libre, uniquement liées par une tonalité commune. Avec le Second Livre (1717), Couperin commence à stabiliser la forme de ses ordres : le nombre de pièces dans chaque, moins nombreuses mais plus longues et réunies par une même atmosphère, se fixe entre six et douze. Couperin accorde de plus en plus d’importance aux pièces descriptives dont les titres, souvent explicites (des portraits, des évocations de la nature…), reflètent l’imagination du compositeur. Il n’est certes pas le premier à doter ses pièces de titres, mais il va plus loin que quiconque dans la caractérisation musicale de ses sujets. Tantôt tendres et charmants, tantôt burlesques voire satiriques, les portraits des personnages qu’il dépeint sont facilement identifiables grâce à l’ingéniosité du compositeur à traduire en musique les qualités personnelles de chacun. Couperin use d’une variété infinie d’ornements, les enchaine, les superpose, et surtout les note consciencieusement sur la partition (habituellement, les ornements étaient laissés à la libre interprétation des musiciens). Dans la préface de son Troisième Livre (1722), il insiste d’ailleurs sur l’importance de ces ornements et déplore les trop nombreuses interprétations qui n’en tiennent pas compte : « C’est une négligence qui n’est pas pardonnable, d’autant qu’il n’est point arbitraire d’y mettre tels agréments qu’on veut. Je déclare donc que mes pièces doivent être exécutées comme je les ai marquées ». Si le ton des pièces s’allège dans ce Troisième Livre, il retrouve un peu de gravité au fil du Quatrième Livre, publié en 1730, soit trois ans avant la mort de Couperin.

En 1716, entre le Premier et le Second Livre, Couperin publie L’Art de toucher le clavecin dans lequel il s’adresse à quiconque souhaite aborder son œuvre. Dans la préface de son Second Livre, il indique que ce traité est « absolument indispensable pour exécuter mes pièces dans le goût qui leur convient ». Riche d’informations sur le jeu du clavecin (sur la position à adopter au clavier, sur les doigtés, les ornements…), il témoigne des exigences de Couperin quant à l’interprétation de ses pièces.

La musique de chambre ou l’union des styles

Le titre explicite du recueil Les Goûts réunis (1724) affiche sans équivoque le souhait de Couperin de conjuguer les styles français et italien. Mais cette volonté émerge dès les années 1690 avec la composition de ses premières sonates en trio. Celles-ci s’inspirent ostensiblement de Corelli, « dont j’aimerai les œuvres tant que je vivrai » déclare Couperin (préface du recueil de sonates Les Nations). Avec ces premières sonates en trio, Couperin est l’un des premiers à mettre en avant le violon dans des pièces de musique de chambre (jusque-là cantonné au répertoire de danse, on lui préfère, en France, le luth ou la viole considérés comme « plus nobles »). Il revendiquera d’ailleurs plus tard le caractère inédit de ces œuvres : « La Première sonade de ce recueil fut aussi la première que je composais, et qui ait été composée en France » (préface des Nations). Si la forme de ces sonates est calquée sur le style italien (écriture en trio, structure da chiesa avec une succession de mouvements plutôt qu’une suite de danses, sans compter l’utilisation de retards expressifs tels qu’on en trouve fréquemment chez Corelli), Couperin insuffle à ses pièces un esprit typiquement français avec des mélodies gracieuses et élégantes, et des airs tendres dans le style de Lully. Chaque pièce est dotée d’un titre qui reflète son caractère principal : La Pucelle (pour la première sonate), La Superbe… Les Concerts royaux (joués entre 1714 et 1715) sont « d’une autre espèce » comme le souligne Couperin dans sa préface : composées pour un petit ensemble dont l’orchestration n’est pas définie, destinées au divertissement du roi, les pièces sont très françaises dans leur écriture. Mais l’union des styles revient dans le recueil suivant, les fameux Goûts réunis ou Nouveaux Concerts : « Le goût italien et le goût français ont partagé depuis longtemps (en France) la République de la Musique ; à mon égard, j’ai toujours estimé les choses qui le méritaient, sans acception d’auteurs, ni de nation » (préface). Encore très proches du style français, ces pièces possèdent néanmoins quelques accents italiens. Mais surtout, Couperin clôt son recueil avec une « grande Sonade en Trio » intitulée Le Parnasse ou l’Apothéose de Corelli, sonate à l’italienne donc, et dans le plus pur esprit corellien. L’œuvre trouvera son pendant dans L’Apothéose à la mémoire de l’incomparable M. de Lully : presque œuvre de théâtre à programme (chacun des mouvements étant doté d’un titre), ce trio grandiose se fait le défenseur des idées de Couperin lorsque « Apollon persuade Lully et Corelli que la réunion des goûts français et italiens doit faire la perfection de la musique ». Enfin, dans son recueil Les Nations (1726), Couperin poursuit son but ultime de fusion des styles : quatre suites de danses à la française, chacune associée, en prélude, à une sonate en trio à l’italienne (dont trois appartiennent aux premières sonates du compositeur mais dont les titres ont été changés pour l’occasion).

Les dernières œuvres de musique de chambre de Couperin seront des pièces pour viole (1728), deux suites réunissant une dernière fois les nations : la première est une suite de danses à la française tandis que la seconde, une suite de pièces libres, rappelle la coupe d’une sonate italienne. Graves de caractère, elles seront publiées l’année même de la mort de Marin Marais, illustre maître de la viole de gambe.

Floriane Goubault

Repères

  • 1668

    Naissance de François Couperin
  • 1693

    Organiste de la Chapelle du roi
  • 1694

    Maître de clavecin à Versailles
  • 1696

    Est fait chevalier par le roi
  • 1713

    Publication du Premier Livre de clavecin
  • 1714

    Publication des Leçons de ténèbres du mercredi saint
  • 1716

    Obtient la survivance de la charge de claveciniste royal
  • 1722

    Publication des Concerts royaux
  • 1724

    Publication des Goûts réunis
  • 1726

    Publication des Nations
  • 12 septembre 1733

    Mort de Couperin