Dossiers - Romantique

Adolphe Adam Le postillon de Longjumeau

Adolphe Adam
Adolphe Adam contribua à figer définitivement les caractéristiques de l’opéra-comique.
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Adolphe Adam construisit toute sa carrière sur un talent de mélodiste inné. Capable de composer une profusion d’œuvres avec une rapidité stupéfiante, il plut au public de son époque par l’efficacité immédiate de sa musique. Le Postillon de Lonjumeau est aujourd’hui le titre principal que l’on a retenu de ses nombreux opéras-comiques.

De nos jours, Adolphe Adam est un nom presque oublié. On l’évoque pour parler de son ballet romantique Giselle, de son cantique Noël, Chrétiens, et éventuellement du Postillon de Lonjumeau. Auber, Hérold et quelques autres l’éclipsèrent dans la postérité et le milieu musical ne fut pas tendre avec lui : la critique aussi bien que les compositeurs (Debussy par exemple) qualifièrent souvent sa musique de « facile ». Pourtant, Adam fut un compositeur majeur dans le domaine de l’opéra-comique et s’avéra un maître dans l’art de distraire sans se prétendre génial pour autant.

Né le 24 juillet 1803 à Paris (la même année que Berlioz), Adolphe Adam doit s’opposer à son père musicien pour imposer sa volonté de faire carrière dans le même domaine que lui. Adam étudie d’abord la composition avec Boieldieu. Ses études lui donnent le goût de composer pour la scène. C’est en 1829 que l’une de ses œuvres est pour la première fois à l’affiche de l’Opéra Comique : Pierre et Catherine. Il devient alors l’un des compositeurs les plus en vue de Paris et mène une vie mondaine. Il compose Le Chalet en 1834 qui connait un succès fulgurant et sera joué régulièrement à l’Opéra Comique (il connaîtra même sa 1000e représentation en 1873). Le Postillon de Lonjumeau voit le jour en 1836 et le ballet Giselle en 1841. Mais le triomphe d’Adam à l’Opéra Comique connait un tournant en 1844 lorsqu’il se brouille avec le directeur. Adolphe Adam achète alors le cirque du Temple qui devient l’Opéra-National, où il souhaite monter ses propres œuvres. Malheureusement la Révolution de 1848 le coupe dans son élan et le théâtre fait faillite. Adam, tout en continuant à composer, se fait critique musical pour Le Constitutionnel et L’Assemblée nationale et devient professeur pour rembourser ses dettes. Dans ses articles, Adam souligne son admiration pour Meyerbeer et Verdi, mais apprécie moins Berlioz (qui lui rendra bien son inimitié). Apres un nouveau changement de direction à l’Opéra Comique, il connait de nouveau le succès avec Le Toréador (1849) et Giralda (1850). En 1852, Adam n’est plus endetté. Il continue néanmoins son activité de journaliste et compose Si j’étais roi qui devient également très populaire. Le compositeur décède en 1856 dans son sommeil, juste après la création aux Bouffes-Parisiens de son opérette Les Pantins de Violette. Au total, il composa près de 80 opéras-comiques, presque tous créés à Paris. Outre ceux-ci, Adam écrivit trois ouvrages pour l’Opéra de Paris : Richard en Palestine (1844), La bouquetière (1847) et Le Fanal (1849) mais il prit avant tout du plaisir à composer des ballets, comme Le Corsaire (1856) et Giselle (1841) qui reste indéniablement son œuvre la plus connue depuis que Diaghilev l’a exhumée. Adam fut entièrement dédié à son art comme il l’affirma lui-même : « Je n’ai malheureusement aucune manie, je n’aime ni la campagne, ni le jeu ni aucune distraction. Le travail musical est ma seule passion et mon seul plaisir. »

Plaire avant tout

Les opéras-comiques d’Adam respectent parfaitement les normes du genre. Les livrets font se succéder scènes parlées et chantées, et la verve comique reste polie et bienséante. Le compositeur s’attache avant tout à inventer des lignes mélodiques qui restent dans l’oreille. Il se révèle incomparable de justesse et de charme, aussi bien dans les mélodies enjouées que dans les plus nostalgiques. La fluidité les caractérise, ainsi qu’un grand naturel. C’est cette facilité apparente d’Adam à composer des mélodies à succès qui agaça d’ailleurs nombre de ses contemporains. Sa musique a pour objectif assumé de plaire, sans chercher à révolutionner un genre ou à fonder une nouvelle esthétique. L’invention mélodique est seule reine et le compositeur se montre incroyablement doué à ce jeu-là. La société bourgeoise de l’époque n’attend d’ailleurs que cela car sous Louis-Philippe, le public est friand de plaisirs simples et accessibles. La musique d’Adam, tout en visant l’efficacité, est également élégante, avec une écriture profondément théâtrale. Le compositeur fait varier les procédés expressifs et s’affirme aussi comme un orchestrateur de talent, jouant avec les couleurs pour créer toutes les atmosphères nécessaires aux intrigues. Par ailleurs, on trouve bien des airs de bravoure dans les partitions d’Adam, qui n’hésite pas à exiger une grande virtuosité de la part des interprètes, pour les sopranos avant tout mais également pour les autres voix (comme le ténor dans Le Postillon de Lonjumeau). 

Une partition efficace

Le Postillon de Lonjumeau est créé en 1836 à l’Opéra Comique, au moment où Adam a le vent en poupe : son ballet La Fille du Danube est créé trois semaines avant à l’Opéra de Paris. Mais les répétitions du Postillon sont perturbées par des querelles de vedettes : le ténor Chollet qui interprète le rôle principal s’affiche publiquement avec la cantatrice Jenny Colon, alors que sa compagne Mme Prévost interprète Madeleine… Adam raconte lui-même l’anecdote : « Jenny Colon ne quittait pas Chollet et arrivait aux répétitions avec lui. Prévost avait une attaque de nerfs en voyant sa rivale ! C’était presque tous les jours la même scène (…) » Malgré ces déboires, la première du Postillon est un franc succès. L’œuvre voyagera, ne convainquant pas du tout le public de la Scala de Milan mais connaissant un triomphe en Allemagne où elle sera donnée régulièrement. 

L’ouvrage met un scène un postillon, c’est-à-dire un conducteur de chevaux de poste, s’enfuyant le soir même de son mariage pour tenter sa chance en tant que chanteur. Dix ans plus tard il tente de reconquérir sa femme sans même la reconnaître… Sur cette intrigue cocasse, Adam compose une musique pleine de bonne humeur et de grâce. La scène du mariage au premier acte est particulièrement pétillante, accompagnée d’un orchestre léger. Un chœur intéressant conclut le premier acte, avec une fugue illustrant l’effervescence de la foule introduite par l’émouvante plainte de Madeleine. L’air de celle-ci qui ouvre le second acte est virtuose, mais peut-être pas tant que celui de Chapelou au premier acte qui a fait la renommée de l’ouvrage avec son contre-ré (« Mes amis, écoutez l’histoire ») et qui a attiré bien des ténors désireux de prouver leurs aptitudes vocales. L’air bouffe de Biju (« Oui, des choristes du théâtre ») est typique du genre, comique et plein d’entrain. Au troisième acte le trio « Pendu ! Pendu ! Pendu ! Pendu ! » est efficace et vif, Adam trouvant le bon équilibre dans l’accompagnement orchestral qui soutient solidement les voix sans les noyer. Le finale clôt l’opéra sur des pages variées et très vivantes.

Le Postillon de Lonjumeau répondit parfaitement aux attentes de son public comme en témoigna l’écrivain Charles Monselet quelque temps après : « Oh ! Ce Postillon de Lonjumeau ! Quelle place il tient dans nos oreilles et dans nos souvenirs d’enfance ! (…) Toute la France d’alors a fredonné ses fredons grivois, absous par une élégance moyenne. C’était bien la littérature et la musique qui convenaient au gouvernement bon enfant de Louis-Philippe 1er. »Nul doute que l’œuvre mérite bien qu’on la réentende aujourd’hui.

Elise Guignard

Repères

  • 1803

    Naissance d’Adolphe Adam à Paris
  • 1829

    Pierre et Catherine
  • 1834

    Le Chalet
  • 1836

    Le Postillon de Lonjumeau
  • 1841

    Giselle
  • 1844

    Richard en Palestine
  • 1847

    Adam achète le cirque du Temple
  • 1848

    Son entreprise fait faillite
  • 1850

    Giralda
  • 1856

    Décès à Paris