Dossiers - Romantique

Hector Berlioz Les Nuits d’été

Hector Berlioz
Malgré la notoriété de sa Symphonie fantastique, Berlioz laisse une production essentiellement vocale, marquée par une originalité hors du commun.
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Les nuits d’été de Berlioz figurent parmi les cycles de mélodies les plus chantés du répertoire. Si leur genèse demeure assez incertaine, le compositeur se montre fort explicite sur l’esthétique qu’il requiert pour leur interprétation, avec un penchant pour l’intime auquel on ne l’associe pas toujours.

Le cycle des Nuits d’été de Berlioz est habituellement confié à une même voix, les six mélodies qui le constituent étant ainsi appréhendées comme les éléments d’un même édifice. Cependant, leur composition ne suivit pas une trajectoire bien définie et leur genèse demeure obscure, Berlioz lui-même ne donnant aucune information réelle. De même, la prééminence de la version avec orchestre fait oublier que le cycle fut d’abord publié en 1841 dans une édition piano-chant, laquelle d’ailleurs mentionne bien que ces mélodies peuvent être confiées soit à un mezzo-soprano, soit à un ténor – Au cimetière est même spécifiquement destiné au ténor. Berlioz n’effectua l’orchestration d’Absence que deux ans plus tard, la destinant à la mezzo-soprano Marie Recio (avec laquelle il avait « une affaire » et qu’il finit par épouser en 1854). En 1856, il s’attela à la même tâche pour les autres mélodies, les créant à Gotha (il était fort admiré en Allemagne), mais en les confiant à 5 chanteuses et chanteurs différents. Toutefois, il ne donna jamais l’intégralité du cycle de son vivant. Guère friand des cocottes de soprano, le compositeur aimait les voix féminines plus graves, pour peu qu’elles aient des ressources suffisantes dans l’aigu, et les ténors (lui-même chantait dans cette tessiture et admirait grandement Adolphe Nourrit) qui, à l’inverse, doivent posséder un registre grave assez sonore s’ils veulent s’attaquer au cycle. Outre les mezzo-sopranos, un baryton aigu, ou du moins doté d’une étendue vocale très large, peut à juste titre aborder Les Nuits d’été.

Berlioz utilisa des poèmes venants d’un recueil de son ami Théophile Gautier, La Comédie de la mort, publié en 1838. Il en isola six extraits, modifiant au passage certains titres : la Villanelle rythmique devint ainsi Villanelle tout court, La Chanson du pêcheur se métamorphosant en Sur les lagunes et, enfin, Barcarolle laissant la place à L’Île inconnue. Le titre du cycle, selon d’aucuns, provient probablement des Nuits d’Alfred de Musset.

Berlioz lui-même indique la manière d’aborder son cycle : « Six morceaux de chant de divers caractères. C’est curieux, mais cela exige une bien grande délicatesse d’exécution. C’est pour petit orchestre, avec très peu d’instruments à vent ». De fait, le génie des grandes masses orchestrales déploie dans Les Nuits d’été ses sortilèges orchestraux par le biais d’un orchestre quasi-mozartien. Il est impossible de détailler ici les trésors que recèlent les Nuits, mais l’on peut du moins résumer le climat fascinant que Berlioz parvient à conférer à chacune d’entre elle : légèreté presque primesautière pour Villanelle ; tendresse éperdue pour Le Spectre de la rose ; ténèbres du deuil pour Sur les lagunes ; douleur de l’éloignement amoureux pour Absence ; mélancolie lugubre pour Au Cimetière ; et, enfin, retour à la lumière dans L’Île inconnue. Il est incontestable que Berlioz ouvre ici la glorieuse histoire de la mélodie française ou, du moins, initie la vogue de la mélodie avec orchestre : sans lui, Le Poème de l’amour et de la mer de Chausson ou la Shéhérazade de Ravel auraient peut-être connu un destin différent.

Yutha Tep