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Bach

Magnificat

Portrait de Johann Sebastian Bach, par Elias Gottlob Haussmann, 1746.

C’EST AU COURS DES ANNÉES PASSÉES À LEIPZIG (DE 1723 JUSQU’À SA MORT EN 1750), ALORS QU’IL OCCUPE LE POSTE DE KANTOR À LA THOMASKIRCHE, QUE BACH COMPOSE SES PRINCIPALES ŒUVRES DE MUSIQUE SACRÉE COMME SES PASSIONS ET SON ORATORIO DE NOËL, SANS OUBLIER LE MAGNIFICAT. SA RELATIVE BRIÈVETÉ, SES AIRS SUPERBES ET SES CHŒURS EXALTÉS ONT FAIT DE CETTE ŒUVRE DU MAÎTRE ALLEMAND L’UNE DES PLUS POPULAIRES DE SON CATALOGUE.

Le Magnificat est le cantique de louange chanté par la Vierge Marie, alors enceinte de Jésus, lors de sa visite à sa cousine Élisabeth, elle-même enceinte de Jean-Baptiste. L’épisode est évoqué dans L’Évangile selon saint Luc (chapitre 1, versets 46-56). Interprété à la fin des vêpres, le Magnificat est à l’origine chanté en plain-chant, avant de connaître des arrangements polyphoniques. À partir du xviie siècle, il devient progressivement un genre musical à part entière se rapprochant du motet ou de la cantate. À l’époque de Bach, au sein de la communauté luthérienne de Leipzig, ce cantique pouvait être donné sous deux versions différentes : l’une dans la traduction allemande de Luther (« Meine Seel erhebt den Herren »), pour les vêpres ordinaires du samedi et du dimanche, et l’autre en latin, autorisée par les ordonnances de Leipzig uniquement pour les grandes fêtes (Noël, Pâques et la Pentecôte).

Deux versions pour un chef-d’œuvre 

Il existe deux versions autographes du Magnificat de Bach. La première en mi bémol majeur (BWV 243a) aurait été composée en 1723 et donnée à l’occasion du premier Noël de Bach à Leipzig. Le compositeur y a inséré quatre hymnes se rapportant à la célébration de Noël, sur des textes en allemand ou en latin : Von Himmel hoch (chanté après le n° 2), un choral luthérien évoquant l’apparition des anges aux bergers ; Freut euch und jubiliert (après le n° 5), annonçant le message de Noël ; Gloria in excelsis Deo (après le n° 7), louant Dieu ; Virga Jesse floruit (après le n° 9), un hymne exprimant la joie de Marie et Joseph à la naissance du Sauveur. Ces interpolations, placées par Bach lui-même en appendice à la fin de la partition, étaient sans doute destinées à être interprétées par un ensemble de chanteurs détachés du groupe principal. À Leipzig, l’insertion d’hymnes entre les versets du Magnificat à la période de Noël n’était pas quelque chose de nouveau. Ainsi, on trouve déjà ces quatre mêmes hymnes dans le Magnificat en ut composé par Johann Kuhnau. Peut-être Bach a-t-il voulu rendre hommage à celui qui, décédé l’année précédente, fut son prédécesseur au poste de Thomaskantor. Le tonus peregrinus(9e ton de récitation dans le chant grégorien), donné en cantus firmus aux hautbois dans le n° 10, rappelle quant à lui le Magnificat allemand de Luther, dont la mélodie est issue de ce même ton. Par ailleurs, pour la fête de la Visitation de 1724, Bach composera la cantate BWV 10 Meine Seel erhebt den Herren, utilisant également le ton pérégrin. 

La seconde version en ré majeur (BWV 243, actuellement la version la plus souvent jouée du Magnificat) est une révision de la BWV 243a. Elle aurait été réalisée entre 1728 et 1731, et vraisemblablement exécutée le 2 juillet 1733 à l’occasion de la fête de la Visitation. Mise à part sa tonalité (qui sied mieux à une œuvre de réjouissance ainsi qu’aux trompettes naturelles, généralement accordées en ré), la deuxième version diffère de la première par la suppression des interpolations relatives à Noël : le texte se recentre autour du cantique latin original (conclu comme dans la première version par la doxologie « Gloria Patri »), permettant ainsi une utilisation plus large de l’œuvre. 

Il est fort probable que Bach ait composé plusieurs Magnificat. Mais aucun ne nous est parvenu à l’exception des deux versions du BWV 243. À sa mort, son fils, Carl Philipp Emanuel, hérite de ses manuscrits. Après avoir lui-même composé un Magnificat en ré majeur en 1749, C. P. E. Bach fait représenter le Magnificat de son père en 1786 à Hambourg. Il faudra ensuite attendre le xixe siècle pour que les partitions soient publiées et rejouées, notamment grâce au rôle primordial de Mendelssohn dans la redécouverte de Bach.

Le cantique mis en musique 

Le Magnificat est la première œuvre importante de Bach sur un texte latin. Sa forme et sa durée s’apparentent à celles d’une cantate. Cependant, avec un total de douze numéros, les mouvements sont de ce fait plus courts que dans ses cantates religieuses qui n’en contiennent en général que 6 ou 7. Sans aucun récitatif, le Magnificat alterne des arias (dont aucun n’est da capo) et des chœurs écrits à cinq parties (SSATB). Bach utilisera à nouveau cinq voix dans sa Messe en si. Grand adepte des nombres et des justes proportions, Bach compose une œuvre de forme symétrique construite autour du n° 7 qui, avec les numéros extrêmes, forment les piliers du Magnificat : chacun de ces mouvements est un chœur à cinq parties, dans la tonalité principale, soutenu par un orchestre tutti (avec trompettes et timbales). 

Tantôt douce et intime, tantôt exultante, la musique de Bach évoque admirablement les versets du cantique. Alors que l’œuvre démarre en fanfare sur une ritournelle instrumentale brillamment menée par les trompettes, introduisant les paroles « Magnificat anima mea Dominum » (Mon âme exalte le seigneur), toute l’humilité de Marie transparaît dans le n° 3, un tendre duo adagio entre la soprano et le hautbois. Ici, Bach scinde le verset en deux parties, attribuant la deuxième au chœur pour un effet plus dramatique : sur les mots « Omnes generationes », les entrées en imitations très rapprochées figurent la foule et la multitude des générations. Toute la force du chœur tutti est à nouveau sollicitée pour évoquer la puissance de Dieu dans le n° 7. Et si les rapides gammes descendantes du ténor traduisent la chute des puissants dans le n° 8, les vocalises ascendantes évoquent à l’opposé l’élévation des humbles. Après une grande fugue à cinq voix (n° 11), le Magnificat se termine à nouveau en fanfare avec, sur les paroles de la doxologie « Sicut erat in principio » (Comme il était au commencement), le retour de la ritournelle des trompettes, refermant ainsi la boucle ouverte avec le premier numéro. 

La révision de l’œuvre induit une nouvelle instrumentation légèrement différente dans la version en ré, notamment les deux traversos remplaçant les flûtes à bec dans l’aria n° 9, ou les deux hautbois à l’unisson à la place de la trompette dans le n° 10. Soucieux du rendu sonore, Bach choisit soigneusement les combinaisons de timbres, parfois originales, entre les voix et les instruments, à l’image de l’utilisation des hautbois d’amour dans les n° 3 et 4, ou l’inhabituel trio vocal (SSA) dans le n° 10.

Depuis la redécouverte des œuvres de Bach, le Magnificat a été joué et enregistré à de nombreuses reprises. Et même si la seconde version est encore privilégiée, les interprètes n’hésitent plus désormais à s’emparer de celle en mi bémol, tout aussi flamboyante que sa jumelle en ré.

Floriane Goubault

REPÈRES :

31 mars 1685 : naissance de Johann Sebastian Bach à Eisenach

1723 : installation de Bach à Leipzig, 
au poste de Thomaskantor

1723 : composition de la version en mi b majeur BWV 243a du Magnificat

Noël 1723 : probable représentation du Magnificat BWV 243a

1724 : création de la Passion selon saint Jean

1727 : création de la Passion selon saint Matthieu

1728-1731 : révision du Magnificat (version en ré majeur BWV 243)

2 juillet 1733 : probable représentation du Magnificat BWV 243

1734 : création de l’Oratorio de Noël

1750 : décès de Johann Sebastian Bach

1786 : C. P. E. Bach fait représenter le Magnificat à Hambourg

N°309
DÉCEMBRE 2017

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