retour à la liste des articles de Cadences N° 304 - Mai 2017
PIANO

Cédric Pescia

Le grand écart

Cédric Pescia peut se prévaloir d’une brillante carrière internationale. Il joue régulièrement en Europe mais aussi aux Etats-Unis, en Chine, en Amérique du Sud…

LE PIANISTE FRANCO-SUISSE CÉDRIC PESCIA PARCOURT LE MONDE MAIS 
SE PRODUIT PEU DANS L’HEXAGONE. 
SA VENUE À L’AUDITORIUM DU LOUVRE A DONC VALEUR D’ÉVÉNEMENT DANS UN PROGRAMME EXIGEANT QUI MET EN RÉSONANCE DEUX ŒUVRES ULTIMES DE BEETHOVEN AVEC CELLES NON MOINS EXPÉRIMENTALES 
DE JOHN CAGE.

Le public parisien connaît peu Cédric Pescia. Il s’est pourtant produit à plusieurs reprises dans notre pays et a participé à l’émission « Les notes du traducteur » sur France Musique, invité par Philippe Cassard qui le tient en haute estime au point de l’associer en 2014 à l’enregistrement d’un CD autour du piano à quatre mains de Schubert. Ce disciple de Dominique Merlet au Conservatoire de Genève (où il enseigne maintenant), né à Lausanne en 1976, a étudié également à l’Université des Arts de Berlin et fréquenté l’Académie du Lac de Côme auprès de Bashkirov, Fleischer, Staier ou Fou Ts’ong. Moins porté à la compétition que profondément musicien (même s’il a remporté en 2002 la Médaille d’Or Gina Bachauer à Salt Lake City), cet artiste serein, sans cesse à la recherche de nouveaux continents, aborde les plus hautes cimes (un premier disque le verra se confronter aux Variations Goldberg) et son répertoire parle de lui-même ; outre Bach, il s’étend de Couperin, Beethoven, Schubert, Schumann à Debussy, Cage, Gubaidulina ou Messiaen. La critique loue l’élégance, la lumière d’un jeu pictural où l’intelligence du cœur le dispute à une tête bien faite sachant déceler tous les secrets enfouis dans les partitions les plus complexes. Ses références en matière d’interprétation (Kempff, Schnabel, Samson François ou Dino Ciani) prouvent un attachement tout autant à l’art de la construction qu’à la liberté d’expression.

Une curiosité sans cesse en éveil

Cédric Pescia vit depuis presque vingt ans à Berlin qu’il considère comme une capitale culturelle de l’Europe et où il peut mettre à profit des projets alternatifs avec tout un réseau de musiciens. Non content de mener avec sagesse une carrière de soliste, sa passion de la musique de chambre n’a pas de limite et il s’associe volontiers à son épouse, la violoniste et altiste Nurit Stark, pour explorer des œuvres peu fréquentées de Busoni, Enesco, Clara Schumann et prochainement Ernest Bloch. Après avoir bouclé le sixième et dernier volume d’une intégrale Schumann (chez Claves) entreprise en commun avec Finghin Collins et Francesco Piemontesi, il vient de mettre la dernière touche à un enregistrement du Clavier bien tempéré de Bach pour le label La Dolce Volta : « Après les Goldberg et L’Art de la fugue, c’était une évidence de m’atteler à ce monument de l’Histoire de la musique auquel je réfléchis depuis presque un quart de siècle. J’ai été ravi de faire connaissance avec la salle du Reitstadel à Neumarkt à proximité de Bayreuth dont l’acoustique est idéale. Voilà plus de vingt ans que je remets en chantier ce monument de l’Histoire de la musique, et j’ai vécu une expérience unique pendant ces cinq jours. »

Des correspondances électives

À l’Auditorium du Louvre, il se livre à un exercice des plus captivants dans un récital intitulé « Dans l’atelier de John Cage », compositeur qui lui est familier et qu’il confronte ici à Beethoven, grand novateur devant l’Eternel : « Rien ne paraît de prime abord relier le langage de Beethoven à celui volontiers iconoclaste de Cage. J’ai eu l’occasion, plus d’une dizaine de fois, de réaliser ce rapprochement qui peut sembler osé. Je dois à Antoine Pecqueur, bassoniste et journaliste, d’avoir imaginé ce programme pour un concert à la MC2 de Grenoble. Au départ, cela me laissait assez dubitatif, mais plus le temps passe et plus je me rends compte de l’évidence de cette proposition. Avec les Bagatelles de Beethoven en apparence anodines, on est continuellement dans l’expérimental. Ces pièces courtes, lyriques et fantasques prennent du coup des perspectives nouvelles en regard du piano préparé de John Cage avec boulons, écrous, vis, gommes et divers objets. En première partie, j’alternerai les Onze Bagatelles opus 119 de l’un et les Seize Sonates et Quatre Interludes de l’autre datant des années 1946-1948 qui ont été influencés par la musique indienne. Il n’y aura pas d’applaudissements entre chaque pièce de façon à créer une atmosphère particulière et une continuité où transparaissent le caractère ludique et l’humour de chacun des compositeurs dans ces formes brèves. J’emploierai deux pianos et un piano-jouet pour la Suite for Toy Piano de 1948 en référence au petit piano à queue de l’enfance de Cage. Cela débutera la seconde partie avant l’exécution de l’opus 111 de Beethoven. La soirée s’achèvera par la pièce énigmatique intitulée 4’33’’ (de 1952), une façon de maintenir le silence après la conclusion étouffée de l’Arietta de l’opus 111 de Beethoven ».

Pour cet amoureux du jazz admiratif de Monk, Jarrett, Corea, une manière également de faire oublier l’espace d’un instant le bruit et la fureur du quotidien.

 

Michel Le Naour

  

N°309
DÉCEMBRE 2017

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75009 Paris
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Cadences est le magazine sur l’actualité des concerts de musique classique, opéra, musique baroque, musique contemporaine à Paris et en Ile-de-France diffusé gratuitement chaque mois à 50000 exemplaires aux entrées de concerts et en dépôt dans les lieux fréquentés des mélomanes. Il est aujourd’hui l’outil préféré des mélomanes parisiens avec son agenda des concerts, ses dossiers musicologiques et ses interviews d’artistes.

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