retour à la liste des articles de Cadences N° 305 - Juin 2017
VIOLON

Daniel Lozakovitch

violon prodige

Impressionant de virtuosité, Daniel Lozakovitch a été surnommé « le nouveau Menuhin ».

LE TERME DE PRODIGE PEUT SEMBLER GALVAUDÉ MAIS C’EST POURTANT CELUI QUI VIENT À L’ESPRIT S’AGISSANT DU VIOLONISTE DANIEL LOZAKOVITCH. HABITUÉ À ACCUEILLIR LES MUSICIENS LES PLUS FAMEUX, LE FESTIVAL D’AUVERS-SUR-OISE S’APPRÊTE À FÊTER POUR SON ÉDITION 2017 UN ARTISTE QUI DEVRAIT MARQUER DURABLEMENT LA SCÈNE INTERNATIONALE.

L’annonce en juin 2016 de son contrat d’exclusivité signé avec Deutsche Grammophon avait fait grand bruit : à l’âge tout juste de quinze ans, Daniel Lozakovtich marchait sur les traces d’Anne Sofie Mutter (premier disque avec DGG à quinze ans également) ou de David Garrett (encore plus précoce puisqu’il signa avec le label à l’âge de treize ans). Certes, une certaine perplexité accompagne toujours un tel phénomène mais il est rapidement apparu que le jeune violoniste suédois n’avait rien d’un feu de paille, et son visage de chérubin allait de pair avec des capacités musicales éclatantes. Daniel Lozakovitch n’avait guère attendu cette signature pour s’assurer un solide début de carrière, se produisant avec de prestigieuses phalanges et sidérant des publics tels que celui du Verbier Festival pourtant habitué à l’éclosion des plus grandes étoiles.

Une vie avec le Concerto de Beethoven

Le premier enregistrement pour DGG sera consacré à l’un des Himalaya du violon : rien de moins que le concerto de Beethoven. Il pourra compter pour l’occasion sur le génie de Valery Gergiev lui-même : « Il m’a beaucoup aidé et nous avons fait une tournée au Japon ensemble en décembre 2016. Valery Gergiev a une écoute incroyable et jouer avec lui est absolument unique. » Le chef-d’œuvre du Maître de Bonn n’est-il pas prématuré pour un aussi jeune musicien ? Daniel Lozakovitch ne se laisse pas facilement intimider : « Tout d’abord, cette œuvre est nettement mon concerto favori et je me vois parfaitement passer ma vie entière avec elle. Il contient tout, notamment à travers sa structure. La partition semble à de nombreux endroits tout à fait normale, avec simplement des gammes, mais on atteint cependant une musique sublime avec elles, et là réside le génie de Beethoven. » La profondeur musicale dont il sait faire preuve, selon tous les témoins, dans une partition aussi complexe que la Chaconne de la Partita n° 2 de Bach présage d’une interprétation singulière.

À Auvers-sur-Oise, il abordera toutefois le violon mozartien, avec le Concerto n°3 K. 216 : « Les concertos de Mozart sont plus athlétiques, ils possèdent plus de fantaisie alors que celui de Beethoven impose sa structure, et peut-être un surcroît de profondeur philosophique. Dans Mozart, on entend tellement d’éléments opératiques, avec presque de vrais personnages. » La spontanéité exubérante de Mozart pourrait sembler, a priori, mieux convenir à la jeunesse de l’interprète qui pourrait, oserons-nous dire, se livrer avec plus de sincérité. Les choses ne sont pas aussi simples : « Je ne dirais pas que je peux essayer d’être moi-même dans Mozart ; j’essaie simplement de rendre la musique vivante, de faire ressortir toute sa fantaisie, de l’humour à l’émotion tragique. » On serait tenté d’évoquer l’insouciance de la jeunesse, si Daniel Lozakovitch ne manifestait une prudence évidente : « Il y a des concertos que j’aimerais vraiment jouer mais pour lesquels je dois attendre un peu, ce sont ceux de Chostakovitch, qui est pour moi le Beethoven du xxe siècle. J’ai besoin de grandir et de mieux les comprendre. »

Ne pas en faire trop

Le concert francilien sera pour lui l’occasion de retrouver l’un de ses mentors de la première heure, Vladimir Spivakov : « Il a été le premier à me faire confiance et à me diriger. Même maintenant, il me prodigue un soutien incroyable et il m’a même permis par exemple de trouver mes professeurs. Les Virtuoses de Moscou figurent parmi les formations avec lesquelles j’ai le plus joué. Nous avons fait maints concerts en Russie ou en Israël. Chaque membre de cet orchestre est impressionnant, et la qualité générale est exceptionnelle. »

Très sollicité en concerto, il entend se consacrer davantage à l’exercice fort différent de la musique de chambre. Dans cette perspective, sa rencontre avec le pianiste Alexander Romanovsky constitue une étape importante : « Je l’ai entendu la première fois dans un concerto de Chostakovitch en Suède, sous la direction de Valery Gergiev – je jouais la veille. J’ai tout de suite admiré son jeu car Alexander est un pianiste incroyable. » Paris aura l’heur de découvrir ce tandem à la Salle Gaveau en mars 2018.

Le développement fulgurant de sa carrière l’effaie-t-il ? De nouveau, c’est un calme et une lucidité à louer sans réserve qui prévalent : « L’évolution de ma carrière me semble parfaite, le principal souci étant bien sûr de ne pas en faire trop. Je reçois naturellement un grand nombre d’invitations, mais de concert avec mes professeurs et mes parents, j’essaie de ne pas dépasser les deux à quatre concerts par mois. Cela étant dit, je ne peux pas ne pas jouer, jouer est une nécessité profonde. »

 

Yutha Tep

N°306
SEPTEMBRE - OCTOBRE 2017

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