retour à la liste des articles de Cadences N° 304 - Mai 2017
DOSSIER

George Gershwin

Concerto en Fa

George Gershwin, photographie de Alfredo Valente.

À MI-CHEMIN ENTRE MUSIQUE « CLASSIQUE » ET JAZZ, GEORGE GERSHWIN EST INCONTESTABLEMENT L’UN DES PLUS GRANDS COMPOSITEURS AMÉRICAINS DU XXE SIÈCLE. CAPABLE D’ÉCRIRE AUSSI BIEN DES CHANSONS POPULAIRES POUR LA SCÈNE 
DE BROADWAY QUE DE LA MUSIQUE SYMPHONIQUE DESTINÉE 
AUX PLUS GRANDES SALLES DE CONCERT, IL A SU S’IMPOSER EN TANT QUE COMPOSITEUR « SÉRIEUX », NOTAMMENT GRÂCE 
AU SUCCÈS DE DEUX ŒUVRES EMBLÉMATIQUES : 
RHAPSODY IN BLUE ET LE CONCERTO EN FA.

New York, 1925. Auteur de chansons à succès, George Gershwin règne en maître incontesté sur Broadway. Désormais, il aspire à montrer qu’il n’est pas seulement un compositeur de musique légère, mais qu’il peut également réussir dans le genre « sérieux ». En composant sa Rhapsody in blue (1924), Gershwin a déjà mis un pied dans la musique symphonique en réalisant l’un de ses rêves : sortir le jazz des boîtes de nuit pour le faire entrer dans les salles de concert. Paul Whiteman, commanditaire de l’œuvre, dira qu’« il aura appartenu à Gershwin d’avoir anobli cette musique que l’on tenait insignifiante avant lui ». Impressionné par cette audacieuse Rhapsody, Walter Damrosch, chef de l’orchestre symphonique de New York, fait pression pour qu’on commande au compositeur un concerto pour piano. Grâce à cette nouvelle pièce, Gershwin espère obtenir la reconnaissance du public et de ses pairs en tant que grand compositeur symphonique. Car en effet, ses connaissances en matière d’orchestration ne lui avaient pas permis d’assurer celle de Rhapsoy in blue, qu’il avait confiée à Ferde Grofé. Le Concerto en Fa est donc véritablement la première œuvre pour grand orchestre qu’il compose entièrement seul, l’occasion pour lui de faire ses preuves dans l’univers exigeant de la musique symphonique. L’occasion également de faire taire les mauvaises langues insinuant que le succès de sa Rhapsody n’était qu’un coup de chance…

Une forme classique mêlée d’influences jazz

Gershwin conserve le découpage du concerto classique en trois mouvements qu’il décrit comme « Rhythm, Melody (blues), Rhythm again ». À l’intérieur de ce découpage, il bouscule néanmoins les formes traditionnelles (respectivement forme sonate – forme A B A – rondo), et insère des éléments évoquant le jazz et la musique populaire new-yorkaise. D’où un premier mouvement dont la « pulsation exprime l’esprit jeune et enthousiaste de la vie américaine » selon le compositeur. Quatre coups de timbales inaugurent avec éclat l’introduction orchestrale. Celle-ci contient tout le matériau musical, éminemment influencé par le jazz, qui servira par la suite : un rythme de charleston, suivi, au basson, d’un motif mélodique au rythme pointé construit sur une échelle pentatonique. Puis l’orchestre cède la place au piano seul, pour un thème principal plus langoureux au rythme syncopé. Tout le mouvement ne sera que reprises et variations de ces quelques éléments moteurs.

Le deuxième mouvement, « d’une ambiance poétique nocturne qui fait référence au blues américain », s’éloigne de la forme A B A pour un découpage en deux parties, chacune construite sur un thème de blues. La fameuse blue note (3ce, 5te ou 7e abaissée d’un demi-ton dans l’échelle pentatonique), qui apporte ce caractère si particulier au blues, est utilisée dès les premières mesures. Au début du mouvement, les accords pizzicato des cordes, à jouer « en grattant », rappellent la sonorité du banjo, instrument phare des jazz bands de l’époque Dixieland.

Le troisième mouvement, « une orgie rythmique, qui commence avec force et qui doit conserver la même cadence jusqu’au bout », est dédié à la virtuosité pianistique. La cadence soutenue est imposée par le rythme perpétuel de doubles croches au thème principal, ainsi qu’aux contretemps pressants du second thème. Dans une forme qui s’apparente à un rondo très libre, le thème principal revient régulièrement, dans différentes tonalités, entrecoupé de passages émanant directement des autres mouvements : on entend ainsi le deuxième puis le premier blues de l’Andante, et enfin le thème principal de l’Allegro repris en guise de coda.

Un succès populaire et international

Le 3 décembre 1925, le Carnegie Hall fait salle comble pour la première du Concerto en Fa. La Symphonie n° 5 de Glazounov, ainsi que les Suites anglaises de Henri Rabaud viennent compléter le programme de la soirée. Installé au piano, Gershwin défend lui-même son œuvre avec une telle énergie que le public est immédiatement conquis, entraîné dans les tourbillons du concerto. Moins enthousiastes, sans être sévères pour autant, les critiques seront plus réservées que pour la Rhapsody. Qu’importe ! Selon Damrosch, emballé, « George Gershwin a accompli le miracle de faire de la forme jazz une lady du grand monde ! C’est une réussite courageuse que d’habiller cette jeune femme indépendante et si contemporaine avec les vêtements peu décontractés d’un concerto classique ».

Afin d’asseoir totalement son statut de compositeur symphonique, Gershwin sait qu’il doit à présent conquérir l’Europe. Le concerto est donné à Paris le 29 mai 1928 au Palais Garnier. C’est un véritable succès et la critique ne tarit pas d’éloges : « Cette œuvre a souligné que le jazz peut parfaitement exercer une influence profonde et bénéfique dans les sphères musicales les plus élevées ». Pari réussi donc, pour Gershwin, qui rejoint désormais sans conteste le rang des grands compositeurs américains.

 

Floriane Goubault

   

N°305
JUIN 2017

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