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Gustavo Dudamel

Le conquérant

Gustavo Dudamel

EN 2005, L’ANNONCE DE SON CONTRAT D’EXCLUSIVITÉ AVEC DEUTSCHE GRAMMOPHON CONSACRAIT GUSTAVO DUDAMEL, ALORS ÂGÉ DE VINGT-QUATRE ANS, COMME L’UN DES PRODIGES DE LA DIRECTION D’ORCHESTRE. DOUZE ANS APRÈS, C’EST UN CHEF TOUJOURS JEUNE MAIS DANS UNE GLORIEUSE MATURITÉ QUI FAIT SES DÉBUTS À L’OPÉRA BASTILLE. RENCONTRE.

Il n’est pas lieu ici de détailler El Sistema, ce si célèbre programme d’éducation musical qui a pour objectif de sensibiliser à la musique classique les couches les plus défavorisées de la population vénézuélienne. Son élément le plus brillant est sans doute Gustavo Dudamel qui, à l’âge de dix ans, se mettait dans ce cadre à l’apprentissage du violon avant d’aborder plus tard la direction d’orchestre. Fort logiquement, après avoir été adoubé par Sir Simon Rattle, Claudio Abbado ou Daniel Barenboim, le jeune chef prodige prenait en 1999 la direction musicale de l’émanation la plus populaire de cette organisation, l’Orchestre symphonique des Jeunes du Venezuela Simón Bolívar.

Nulle question de nier l’importance autant musicale qu’humaine de cette fonction mais Gustavo Dudamel a, depuis, developpé une carrière de chef figurant parmi les plus éclatantes de ces dernières années. Maintenant âgé de trente-six ans, Gustavo Dudamel est l’invité des phalanges les plus respectées du monde et effectue, en ce mois de décembre, ses débuts à l’Opéra de Paris dans La Bohème de Puccini : « C’est en premier lieu un honneur de faire mes débuts ici. Tout le monde est très chaleureux à mon égard et même si l’Opéra de Paris connaît parfaitement ce répertoire, il me laisse travailler selon mes idées et de cela je suis infiniment reconnaissant. »

Lyrique autant que symphonique

Le nom du chef vénézuélien n’est pas toujours associé au monde lyrique. À tort : « On pense souvent que je suis surtout un chef symphonique, mais la réalité est que j’ai dirigé de nombreux opéras. J’ai fait mes débuts à La Scala de Milan quand j’avais vingt-trois ans, avec Don Giovanni. J’ai déjà à mon actif plus d’une vingtaine d’ouvrages qui comptent Carmen, Don Giovanni, Le Nozze di Figaro, Così fan tutte, La Traviata, Turandot, La Bohème, Tosca ou Tannhäuser, sans parler des opéras contemporains que j’ai créés. Pour quelqu’un de mon âge, c’est beaucoup. »

Puccini et particulièrement cette « tranche de vie » qu’est La Bohème occupe une place spéciale dans le cœur de Gustavo Dudamel : « J’avoue volontiers une affinité particulière avec cette œuvre. Même si le dénoument est tragique, cet opéra et ses personnages possèdent une lumière irrésistible. Tout est contenu dans la musique de Puccini : chaque détail, chaque dynamique sont indiqués, on lit dans la partition une foule de notations telles que « dolcemente » ou « appassionato ma piano ». Tout cela montre son immense sens des couleurs et contribue à créer ce que j’appelle le son de la beauté, un son tour à tour délicat et puissant. Tout est tellement connecté, chaque mot devient une belle mélodie et une belle harmonie et, à l’inverse, chaque mélodie et chaque harmonie forment un mot magnifique. »

Après cette production à l’Opéra Bastille, Gustavo Dudamel revêtira ses habits de chef symphonique pour retrouver l’une de ses phalanges de prédilection, l’illustre Philharmonique de Vienne : « J’aime tellement cet orchestre, sa tradition, sa beauté sonore et, tout simplement, ses musiciens qui possèdent une telle connaissance musicale. Il s’agit d’une véritable famille et je me sens béni de travailler avec eux, de faire cette énorme tournée d’hiver lors de laquelle nous allons parcourir l’Europe, mais aussi les États-Unis, l’Argentine, le Chili, le Mexique ou la Colombie, etc. » Signe de l’entente cordiale régnant entre Vienne et Gustavo Dudamel, le chef vénézuelien a été convié à diriger, cet hiver, le mythique Concert du Nouvel An dont Sony Classical a conservé une trace discographique. Une complicité tout aussi manifeste le lie à « l’autre Philharmonique », celui de Berlin : la carrière européenne de Gustavo Dudamel ne souffre donc aucune contestation.

Une seule règle, le plaisir

« Sa maison » demeure toutefois Los Angeles où son action en tant que directeur musical depuis 2009 (il prenait la succession d’Esa-Pekka Salonen) s’affirme exemplaire et explique sans doute la prolongation de son contrat californien jusqu’à la saison 2021/2022. Le « LA Philharmonic » s’avère le partenaire idéal pour un musicien qui ne rêve que d’ouverture du monde classique : « Aux États-Unis, il y a bien sûr des villes relativement conservatrices mais ce n’est pas le cas de Los Angeles où, au contraire, règne la tradition de la nouveauté. Par exemple, nous passons grosso modo cinquante commandes d’œuvres nouvelles et le LA Philharmonic crée en première mondiale vingt-cinq à trente partitions par saison. C’est énorme. L’orchestre se produit aussi au Hollywood Bowl qui est une salle de plein air et accueille 55 000 auditeurs pour nos concerts d’été étalés sur presque deux mois ! Quant au Walt Disney Concert Hall, la salle attitrée de l’orchestre, il s’agit d’une merveille achitecturale qui attire nombre de gens et ces derniers en profitent pour écouter de la musique. La seule règle qu’ils doivent suivre, c’est de prendre plaisir à la musique, de s’amuser ! »

Du fait certainement de ses propres racines musicales, le chef vénézuélien possède une conscience aiguë du travail à accomplir pour offrir au plus grand nombre l’accès à la musique qu’il aime : « Si la communauté, si la société se sent étreinte par l’art, par la culture, les choses seront complètement différentes. Bien sûr, il faut accorder aux coutumes propres à chaque salle de concert la considération qu’elles méritent, mais ce respect ne doit pas se transformer en impossibilités. Je me souviens très bien que, dans une maison d’opéra que j’aime par ailleurs immensément, je me suis rendu à un concert habillé d’une veste et d’un jean. Tout simplement, je sortais de répétitions et que je n’avais pas le temps de rentrer me changer. J’ai reçu une lettre qui, très gentiment, me demandait de respecter une certaine tenue vestimentaire. Je comprends une telle démarche, mais je suis persuadé qu’il faut évoluer sur des points semblables. Les habits que l’on porte à un concert ne sont pas obligatoirement liés à l’amour que l’on éprouve pour la musique. Il faut changer les choses, avec le plus grand respect mais avec résolution. Mais je suis très optimiste à cet égard car l’évolution est réelle. »

Yutha Tep

DU TAC AU TAC :

Quel est votre bruit préféré ? Celui de la beauté, comme dans La Bohème de Puccini.

Votre compositeur favori. Cette semaine, Puccini. Mais Beethoven est ma référence.

L’œuvre que vous auriez voulu créer. Peut-être la Symphonie « Eroica » ou la Neuvième de Beethoven. Ou aussi la Trilogie Da Ponte de Mozart.

Le compositeur que vous aimeriez défendre. Peut-être Max Reger mais aussi les Russes comme Borodine ou Rimski-Korsakov.

Le métier si vous n’aviez pas été musicien. Musicien !

Votre livre préféré. Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez pour son enseignement sur la vie, Don Quichotte pour son universalité.

En quoi voudriez-vous vous réincarner ? En moi-même pour finir tout ce que j’ai à faire !

CD & DVD :

Ludwig van Beethoven
Orquesta Sinfónica Simón Bolívar de Venezuela.
1 Cd DGG-Universal


Gustav Mahler
Symphonie n°8
Coro Sinfónico juvenil Simón Bolívar, Los Angeles Philharmonic, Orquesta Sinfónica Simón Bolívar de Venezuela.
Avec Manuela Uhl, Julianna Di Giacomo, Kiera Duffy, Anna Larsson, Charlotte Hellekant, Burkhard Fritz, Brian Mulligan, Alexander Vinogradov.
1 Blu-ray DGG-Universal


Concert du Nouvel An à Vienne
Philharmonique de Vienne. 
1 CD Sony Classical

N°309
DÉCEMBRE 2017

21, rue Bergère
75009 Paris
01 48 24 16 97
contact@cadences.fr

Cadences est le magazine sur l’actualité des concerts de musique classique, opéra, musique baroque, musique contemporaine à Paris et en Ile-de-France diffusé gratuitement chaque mois à 50000 exemplaires aux entrées de concerts et en dépôt dans les lieux fréquentés des mélomanes. Il est aujourd’hui l’outil préféré des mélomanes parisiens avec son agenda des concerts, ses dossiers musicologiques et ses interviews d’artistes.

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