retour à la liste des articles de Cadences N° 301 - Février 2017
PORTRAIT

Kaija Saariaho

le génie des couleurs

Kaija Saariaho

FIGURE INCONTOURNABLE DE LA CRÉATION CONTEMPORAINE, LA FINLANDAISE KAIJA SAARIAHO A CHOISI DEPUIS VINGT-CINQ ANS LA FRANCE COMME PORT D’ATTACHE. LE FESTIVAL PRÉSENCES DE RADIO FRANCE PROPOSE DURANT DIX JOURS UN REGARD SUR UNE ŒUVRE FÉCONDE AUX MULTIPLES FACETTES QUI S’EST IMPOSÉE AU-DELÀ MÊME DES FRONTIÈRES DE L’EUROPE.

Bien connue dans l’Hexagone, souvent récompensée par la critique française, la compositrice Kaija Saariaho est en ce moment au cœur de l’actualité musicale. En ce mois de janvier, l’Orchestre Philharmonique des Pays de la Loire où elle est en résidence pour deux ans vient de donner, sous la direction de Pascal Rophé, sa vaste fresque symphonique Orion (2002) aux contrastes saisissants entre recherche de timbres, expression lyrique et puissance orchestrale. À Paris, le Festival Présences programme dix-huit concerts ainsi qu’une rencontre le 11 février animée par le journaliste Arnaud Merlin dans le cadre d’un « Portrait » où sa création sera mêlée à des œuvres de compositeurs étrangers et français qui partagent avec elle des valeurs artistiques communes.

 

Une rétrospective à large spectre

 

« Ce Festival couvre en effet tout un pan de ma carrière. Lors du concert d’ouverture, le public pourra entendre mon concerto pour violon et orchestre Graal théâtre qui date de 1994, ou encore Lichtbogen, ma première commande française en 1986, mais il y aura aussi des pièces plus récentes comme le concerto pour harpe et orchestre intitulé Transes joué par Xavier De Maistre, une commande à laquelle a participé Radio France et qui a été créée au Japon l’an dernier. Au programme également une œuvre nouvelle pour flûte et kantele (un instrument finlandais). En revanche, les contraintes logistiques imposées par cette manifestation ne permettent pas que l’on représente mes opéras. » On pourra entendre à l’Auditorium et dans les studios de Radio France les musiciens qui ont contribué à propager son corpus à travers le monde : « Depuis le début, j’ai été accompagnée par des amis fidèles et j’ai tenu à ce qu’ils soient invités parce qu’ils me sont proches et connaissent à la perfection le style de ma musique qui demande beaucoup d’expérience pour être bien comprise. Par exemple, le violoncelliste Anssi Karttunen interprètera Sept papillons en même temps que Trois strophes sur le nom de Sacher de Dutilleux, et il y aura aussi la première en France d’un duo de Pascal Dusapin intitulé Slackline, composé tout spécialement pour Anssi. Parmi les chefs d’orchestre, on retrouvera Ernest Martinez-Izquierdo ou Clément Mao-Takacs et beaucoup d’autres comme la flûtiste Camilla Hoitenga, ou le baryton américain Davóne Tines pour True Fire, ma dernière œuvre vocale avec orchestre en première audition française. D’autre part, le temps me manque actuellement pour enseigner, mais je reste proche des jeunes compositeurs auxquels je m’efforce de transmettre mon expérience lors de master class et de favoriser leur éclosion. Le 14 février, seront proposées en création mondiale des pages de Florent Motsch, Juha T. Koskinen, Davor Branimir Vincze, des créateurs dont j’ai suivi et suit encore le parcours. »

 

Une œuvre forte et indépendante

 

À mille lieues du déferlement médiatique, la compositrice Kaija Saariaho a construit une œuvre somptueuse qui s’exprime à travers la musique symphonique, concertante, la musique de chambre, les chœurs, les ensembles vocaux, l’opéra, le ballet, et trouve le plus souvent sa source dans l’univers poétique (Saint-John Perse, Amin Maalouf, Jacques Roubaud…). Kaija Saariaho explore aussi bien le tréfonds de la conscience, la magnificence des mythes que la lumière irradiante de la nature. Sans doute doit-elle à son goût pour les arts visuels (elle a suivi à Helsinki un enseignement à l’Ecole des Beaux-Arts) sa quête insatiable de la couleur. De son enfance en Finlande, elle a gardé cette retenue nordique que sa venue à Paris n’a pas complètement effacée : « Solitaire, j’ai beaucoup fréquenté les forêts et me suis familiarisée avec les sons. Sibelius a fait bien sûr partie de mon paysage ; en Finlande il est considéré comme le compositeur national et il est difficile de faire l’impasse sur lui durant la scolarité où on le chante et le joue sans cesse. Depuis une vingtaine d’années, je comprends mieux son importance, tout ce que sa musique représente de modernité même s’il reste dans la tonalité. On l’a jugé appartenant à un « vieux style », mais aujourd’hui il inspire beaucoup de musiciens et sa Septième Symphonie offre un exemple d’innovation tant au niveau de la forme que de l’orchestration qui a marqué Tristan Murail comme Pascal Dusapin. Bien sûr, je connaissais déjà la musique française quand je vivais dans mon pays, aussi bien les musiciens du xviiie siècle que Berlioz ou Debussy. Ma fréquentation de Henri Dutilleux ou de la musique spectrale a joué un rôle important, mais à présent, ce sont des réminiscences par rapport à mon évolution créatrice. »

 

Les couleurs et les sons se répondent

 

« Kaija est habitée par les couleurs. Ce n’est pas un hasard si elle a commencé par faire les Beaux-Arts… Sa musique s’organise autour d’une palette de couleurs et Kaija n’a pas son pareil pour maîtriser les timbres. » Ces propos du chef d’orchestre Esa-Pekka Salonen, fin connaisseur de l’œuvre de sa compatriote, définissent à merveille l’esthétique d’une compositrice qui puise son inspiration dans toutes les formes artistiques et pluridisciplinaires : « À vrai dire, je n’ai pas le sentiment d’avoir modifié profondément mon style qui s’est allégé au fil des années et est devenu plus lyrique en s’attachant davantage au rythme. Mon passage à l’Ircam, ma familiarité avec l’électronique ont été déterminants ; je continue d’ailleurs d’employer cette dimension électroacoustique, y compris dans mon dernier opéra, Only the sound remains, créé en mars 2016 à l’Opéra d’Amsterdam et qui sera programmé à l’Opéra Garnier en janvier et février 2018 ». Le titre tient quasiment d’une profession de foi : à la fin de l’ouvrage, toute trace humaine s’évanouit et ne subsiste que la délicatesse des sons telle une infinie méditation poétique, référence revendiquée au théâtre Nô japonais.

 

Michel Le Naour

DU TAC AU TAC 

Votre bruit préféré ? Le vent.

Votre compositeur préféré ? Johann Sebastian Bach.

Votre livre préféré ? Amers de Saint-John Perse.

Quel métier si vous n’aviez pas été musicien ? Compositeur.

Votre objet fétiche ? Le prisme que je tourne régulièrement sur mon bureau.

Le compositeur qui n’est pas reconnu à sa juste valeur ? Le compositeur norvégien Olav Fartein Valen (1887-1952).

La pièce musicale que vous emportez sur une île déserte ? Les Variations Goldberg.

 

CDs


Orion

Orchestre symphonique de la BBC, Jukka-Pekka Saraste (dir.)

1 CD Warner Classics

 

L’Amour de loin

Daniel Belcher (ténor), Ekatarina Lekhina (soprano), Marie-Ange Todorovitch (mezzo-soprano)

Deutsches Symphonie Orchestra, Kent Nagano (dir.)

2 SACD Harmonia Mundi

 

Trios

Pia Freund (soprano), Ernst Kovacic (violon), Steven Dann (alto), Tuinja Hakkila (piano), Mikael Helasvuo (flute alto), Florent Jodelet (percussion), Anssi Karttunen (violoncelle)

1 CD Ondine

 

N°313
AVRIL 2018

21, rue Bergère
75009 Paris
01 48 24 16 97
contact@cadences.fr

Cadences est le magazine sur l’actualité des concerts de musique classique, opéra, musique baroque, musique contemporaine à Paris et en Ile-de-France diffusé gratuitement chaque mois à 50000 exemplaires aux entrées de concerts et en dépôt dans les lieux fréquentés des mélomanes. Il est aujourd’hui l’outil préféré des mélomanes parisiens avec son agenda des concerts, ses dossiers musicologiques et ses interviews d’artistes.

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