retour à la liste des articles de Cadences N° 305 - Juin 2017
CHEF

Ottavio Dantone

ancien et moderne

Claviériste et chef d’orchestre, Ottavio Dantone s’est illustré dans le répertoire baroque mais également la musique rossiniennne.

ON CONNAÎT OTTAVIO DANTONE COMME CHEF DE L’ORCHESTRE BAROQUE ACCADEMIA BIZANTINA. ON OUBLIE PARFOIS QU’IL EST UN CHEF INVITÉ PAR LES PLUS GRANDS OPÉRAS INTERNATIONAUX, SOLLICITÉ NOTAMMENT POUR SA PROFONDE CONNAISSANCE DE ROSSINI.

La disparition d’Alberto Zedda le 6 mars 2017 plongea les rossiniens invétérés dans une profonde tristesse. Ses héritiers sont cependant loin d’être rares : Paris a le privilège d’entendre les interprétations d’Enrique Mazzola, le directeur musical de l’Orchestre National d’Île-de-France, et le Palais Garnier accueille, en ce mois de mars, Ottavio Dantone dans La Cenerentola pour ses débuts in loco. Il a régulièrement fréquenté le maître : « Nous étions très amis. C’était une source de savoir inépuisable. Quand il venait écouter mes concerts, il me disait toujours qu’il était content, avec une immense gentillesse. Pour ma part, j’ai toujours ressenti à son égard la plus grande reconnaissance et le plus grand respect pour tout ce qu’il donnait au monde musical. »

Cette admiration n’a nullement empêché Ottavio Dantone d’ouvrir ses propres perspectives, ce qui ne surprend guère venant du directeur musical de l’Accademia Bizantina, formidable formation sur instruments d’époque abordant aussi bien Bach que Rossini. Sa très florissante carrière de chef invité ménage au « Cygne de Pesaro » une place de choix, sa Cenerentola à Paris revêtant de ce fait une légitimité encore renforcée par les échanges toujours passionnants auxquels il se livre avec les orchestres « modernes » : « Il est très important qu’un orchestre adhère à la réflexion sur les particularités musicales. Pendant les répétitions, je m’efforce donc de ne pas me contenter de lui demander de jouer plus vite ou plus fort, de faire staccato ou legato, etc, j’aime expliquer ce que je demande. Ce n’est pas un vrai travail de chef d’orchestre mais celui d’un « concertatore » qui tente de lancer une discussion pour que tous, à la fin, parlent la même langue. »

Les raffinements de Rossini

Cette manière qu’on serait tenté de qualifier de démocratique va de pair avec des idées musicales très précises : « Je dois dire d’abord que l’orchestre de l’Opéra est d’une qualité incroyable. J’ai beaucoup parlé avec le premier violon qui sait que je viens de la musique baroque, que je suis claveciniste. J’ai fait part de mon affection pour les contrastes dynamiques et les articulations très claires, une sonorité jamais agressive, une attaque sur la corde profonde et très souple, etc. Je recherche aussi des tempi pas trop lourds. La musique de Rossini contient beaucoup de coloratures, mais ces dernières ne doivent pas conditionner les tempi et on ne doit pas s’arrêter pour simplement écouter ces ornements. »

La rutilance orchestrale rossinienne puise ses sources dans le passé : « Sa culture orchestrale contient encore bien des éléments de la fin de la période classique. La première chose qu’il me semble judicieux de demander à un orchestre, avant même la question du vibrato, c’est de travailler sur l’articulation ou le legato, sur l’attaque de l’archet sur la corde. Et il y a un élément qui me semble primordial : l’attention aux parties intermédiaires, notamment aux altos. L’orchestre de Rossini contient d’innombrables raffinements, en particulier les petites dynamiques intérieures. Bien sûr, on travaille aussi sur le vibrato, mais il y a une foule de petits détails sur lesquels il faut se pencher, comme pour Mozart ou Beethoven sur instruments d’époque, et comprendre leurs effets expressifs. Il faut trouver un langage pour obtenir l’expression la plus émouvante possible de la musique.. »

La nécessité d’émouvoir

Lui-même passionné par la voix, Ottavio Dantone se montre toutefois prudent quant à une primauté absolue accordé à un chant excessivement musculaire, même dans Rossini : « Je travaille exactement comme je le fais avec de la musique plus ancienne, même si l’esthétique est évidemment différente. Les chanteurs ne doivent pas seulement penser au chant mais aussi à ce qu’ils disent. Il faut soigner la prononciation, viser une émission vocale très recherchée pour non pas montrer une technique mais pour atteindre une sorte de vérité. Il est toujours nécessaire d’émouvoir. » Il manifeste la plus grande prudence quant à notre connaissance des chanteurs de Rossini : « Nous n’avons pas de certitude sur la manière dont on chantait alors. Mais l’on sait par exemple qu’un ténor de l’époque passait fréquemment en voix de tête. J’ai dirigé un opéra de Donizetti, Marin Faliero : or, lorsque le héro meurt, Donizetti écrit « chante en falsetto ». On rend peut-être Rossini plus difficile à chanter que cela ne l’était à l’époque. De nos jours, le public attend des chanteurs une performance très précise mais je suis convaincu qu’à son époque, l’auditoire voulait être ému par autre chose que la seule émission vocale. »

Émouvoir, être ému : ce paradigme revient inlassablement dans la bouche d’Ottavio Dantone. Certes minutieux dans sa démarche musicale, le chef italien n’en oublie jamais l’essentiel et c’est ce qui fait sans doute le prix de ses interprétations.

 

Yutha Tep

N°309
DÉCEMBRE 2017

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