PORTRAIT

Thomas Hengelbrock

L'humaniste

Thomas Hengelbrock

SI DANIEL HARDING DIRIGERA LOGIQUEMENT LES SOMPTUEUX CONCERTS DES CINQUANTE ANS DE L’ORCHESTRE DE PARIS DÉBUT NOVEMBRE, CE MOIS APPARTIENDRA CEPENDANT À THOMAS HENGELBROCK, CHEF ASSOCIÉ DE LA FORMATION, À L’IMAGINATION DÉBORDANTE. RENCONTRE AVEC UN VÉRITABLE HUMANISTE DES TEMPS MODERNES.

En s’assurant la présence de Daniel Harding comme directeur musical et celle de Thomas Hengelbrock comme chef associé, l’un et l’autre ennemis de la routine, l’Orchestre de Paris manifeste avec éclat sa volonté d’ouverture musicale et son esprit aventurier.

À l’image de son collègue britannique, le chef allemand semble connaître, avec la phalange parisienne, un état de grâce : « J’ai dirigé l’Orchestre pour la première fois il y a maintenant six ans et j’ai tout de suite perçu de très grandes possibilités. C’est une équipe d’artistes incroyablement talentueux, comme on en rencontre rarement ailleurs. En outre, à chacune de mes venues, l’atmosphère de travail s’est toujours révélée très agréable. J’aime travailler et avec cet orchestre, on peut travailler. »

Des dramaturgies sonores

Et du travail, il y en aura : pour les concerts qu’il dirige au mois de novembre et qui s’inscrivent dans les célébrations du cinquantième anniversaire de l’Orchestre, le chef allemand démontre l’audace faisant la réputation de programmes qu’il a érigés, au fil des années, en véritables dramaturgies sonores, quel que soit l’orchestre lui faisant face : « Pour cet anniversaire, je ne voulais pas seulement célébrer la naissance de l’Orchestre de Paris mais aussi évoquer son futur. Nous avons la responsabilité de montrer la voie aux générations à venir et c’est là l’une de mes grandes préoccupations. Depuis nombre d’années, je dirige ma propre académie ; j’aime beaucoup enseigner et, globablement, je passe 30% de mon activité au contact de jeunes artistes. Pour les concerts des 11 et 12 novembre, je suis très heureux que nous ayons pu concrétiser cette collaboration avec les musiciens du Conservatoire National Supérieur de Musique. Nous sommes également très attentifs à faire appel au Chœur de l’Orchestre de Paris car nous avons là un chœur fantastique grâce au travail de Lionel Sow. »

Ce dernier a très certainement contribué à l’élaboration d’une soirée qui s’annonce opulente : « J’ai beaucoup discuté avec Lionel Sow et nous avons convenu que La Nuit de Walpurgis, l’un des grands chefs-d’œuvre de Mendelssohn, était une pièce parfaite : elle est peut-être son œuvre la plus berliozienne, pourtant très rarement donnée à Paris. J’ai opté pour deux autres partitions que l’Orchestre de Paris a véritablement dans le sang : L’Oiseau de feu de Stravinski dont on connaît, bien sûr, les liens avec Paris, et la Bacchanale d’Ibert qui incarnera l’esprit de fête. Enfin, j’avais envie d’une œuvre connectée à la nature et nous interpréterons des extraits de Peer Gynt de Grieg, un drame très moderne, très actuel, qui pourrait concerner aussi bien vous que moi. Il s’agit donc de concerts opulents, longs mais qui célèbrent tout simplement la vie. » Les autres événements du mois reviennent à des recettes plus traditionnelles – si l’on peut utiliser ce qualificatif s’agissant de Thomas Hengelbrock : « Pour la semaine d’après, j’ai choisi la Symphonie n°3 « Eroica » parce qu’il s’agit de la première pièce donnée par l’Orchestre de Paris il y a cinquante ans. Pour sa part, Joseph Haydn, dont nous donnerons la Symphonie n° 104, est très important pour un orchestre et pour le développement de sa connaissance stylistique. »

Un expert en musique contemporaine

Le contenu des programmes de novembre, comme celui des soirées à venir plus tard dans la saison, contredit quelque peu sa réputation de « spécialiste » des instruments d’époque. Certes, Thomas Hengelbrock a été membre du Concentus Musicus de Nikolaus Harnoncourt ; il a participé à la naissance du Freiburger Barockorchester ou, plus récemment, fondé le Chœur et l’Orchestre Balthasar-Neumann. Mais il ne faut nullement oublier qu’il a collaboré avec la quasi-totalité des grands orchestres européens dans tous les répertoires imaginables, occupant par ailleurs la fonction de chef principal de l’Orchestre de la NDR à l’Elbphilharmonie de Hambourg. Fort naturellement, Thomas Hengelbrock revendique des racines musicales bien plus vastes : « J’avoue que cette image d’expert du baroque me surprend un peu parce qu’en Allemagne, je suis avant tout considéré comme un spécialiste du répertoire contemporain. J’ai été l’assistant de Witold Lutoslawski, de Mauricio Kagel ou Antal Doráti. J’ai beaucoup interprété la musique de Jörg Widmann, de Erkki-Sven Tüür ou de Simon Wills. Mon parcours a été très généraliste. J’avoue d’ailleurs ne pas aimer cette notion d’ « interprétation historiquement informée », simplement parce que je recherche avant tout une interprétation moderne. Je veux utiliser les connaissances que je possède, je veux comprendre ce que Haydn par exemple voulait dire, ce qu’il avait à l’esprit, quand il a écrit ses symphonies. Cette démarche est nécessaire pour parvenir à une lecture moderne et vivante de ses dernières symphonies, mais il ne s’agit en aucun cas d’une restauration comme on peut en avoir dans un musée. Les instruments d’époque peuvent nous aider, mais des instruments modernes conviennent tout autant. La chose la plus importante, c’est que nous sommes des musiciens. » Signalons au passage qu’il dirige cette saison pas moins de six symphonies de Mahler à la tête de diverses formations, dont la Symphonie n° 4 avec l’Orchestre de Paris en mars 2018.

L’idéal de la Renaissance

Musicien infatigable d’une curiosité infinie, qui aborde dans la même foulée – et avec la même réussite – Stravinski, Mahler ou Monteverdi, Thomas Hengelbrock refuse avec conviction toute cloison : « Toute ma vie, je me suis opposé aux catégorisations. Mon bureau a récemment fait le compte des partitions à mon répertoire et il a dénombré plus de trois mille œuvres couvrant le Moyen-Âge, la Renaissance, l’époque baroque, le classicisme, le romantisme ou le xxe siècle. Je travaille également à des mises en scène : j’ai déjà abordé dix opéras et j’ai deux projets dans ce domaine au Festival de Salzbourg. Je m’intéresse aussi aux costumes et aux lumières, sans compter que j’écris des poèmes. Je me sens très proche du vieil idéal de la Renaissance : quand vous avez l’art dans le sang, peu importe qu’il s’agisse de musique, de poésie, de danse ou d’architecture. Toutes ces formes artistiques représentent pour moi une seule et même chose : c’est tout simplement l’illustration de la pression qui parcourt la vie humaine. »

Yutha Tep

DU TAC AU TAC

Bruit préféré ? Celui de la mer qui déferle.
Votre compositeur préféré ? Bathomoschuler (Bach-Beethoven-Mozart-Schumann-Mahler).
L’œuvre que vous auriez voulu créer ?
Le Nozze di Figaro.
Le compositeur que vous avez envie de défendre ? Simon Wills.
Le métier que vous auriez voulu faire si vous n’aviez pas été musicien ? Entraineur de foot.
Votre livre de chevet ? L’Ancien Testament.
En quoi voudriez-vous vous réincarner ? En albatros, qui vole au dessus de la mer.
 

     

Mendelssohn 
Elias 
Balthasar-Neumann Ensemble & Chor. Avec Genua Kühmeier, Ann Hallenberg, Lothar Odinius, Michael Nagy. 
2 CD Deutsche Harmonia Mundi
Dvořák
Symphonie n° 4, Suite tchèque 
NDR Sinfonieorchester 
1 CD Sony Classical
N°308
NOVEMBRE 2017

21, rue Bergère
75009 Paris
01 48 24 16 97
contact@cadences.fr

Cadences est le magazine sur l’actualité des concerts de musique classique, opéra, musique baroque, musique contemporaine à Paris et en Ile-de-France diffusé gratuitement chaque mois à 50000 exemplaires aux entrées de concerts et en dépôt dans les lieux fréquentés des mélomanes. Il est aujourd’hui l’outil préféré des mélomanes parisiens avec son agenda des concerts, ses dossiers musicologiques et ses interviews d’artistes.

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