Portraits - Chef

Fabien Gabel Paris-Québec

Fabien Gabel
Né en 1975, le chef Fabien Gabel est actuellement directeur musical de l'Orchestre Symphonique de Québec.
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C'est l'un des chefs français qui montent : Fabien Gabel dirige l'Orchestre de Paris dans un superbe programme au tour des amours interdites. A l'honneur, Tristan et Isolde mais aussi les célèbres héros amoureux de Debussy et Strauss.

 

À l’heure des bébés chefs, ces enfants prodiges et autres adolescents à peine pubères qui, à l’instar d’un Gustavo Dudamel ou d’un Lionel Bringuier devenus grands à moins de trente ans, manient la baguette avec maestria avant de savoir tenir un crayon, la vocation de Fabien Gabel pourrait sembler tardive – quand bien même il n’aurait pas encore quarante ans. L’ex-trompettiste est pourtant tombé dans la musique quand il était petit : un grand-père violoncelliste et un père trompettiste, tous deux à l’Opéra de Paris, une mère harpiste, un frère violoniste, une dynastie en somme : « Bien que j’aie toujours baigné dans le son de l’orchestre, je n’ai éprouvé le désir de diriger qu’autour de la vingtaine, mais sans oser franchir le pas. à vingt-sept ans, j’ai fini par me dire que c’était maintenant ou jamais ! J’ai donc tenté ma chance à Aspen auprès de David Zinman, qui m’a initié à la direction, sur les recommandations de James Conlon. Puis les choses se sont enchaînées : j’ai obtenu un poste de chef assistant à l’Orchestre National de France (ONF), avant de remporter le Concours Donatella Flick à Londres en 2004. La rencontre avec mon agent a été décisive, de même que la confiance que m’ont accordée des personnes comme Didier de Cottignies, qui, lorsqu’il était à l’ONF, m’a donné mes premières chances. Je n’en étais pas moins tétanisé par le trac à l’idée de diriger l’un des orchestres avec lesquels il m’arrivait de jouer. Mais les musiciens ont fait preuve d’un formidable élan de solidarité, et l’expérience m’a convaincu de continuer dans cette voie. Deux mois plus tard, j’ai repris la baguette pour remplacer Emmanuel Krivine. Après quoi il a fallu que je me mette vraiment à travailler ! »

La passion de la musique française

Si Fabien Gabel a été profondément marqué par des géants tels que Riccardo Muti, Bernard Haitink, et plus récemment Thomas Hengelbrock, il a bénéficié trois années durant de l’expérience du vénérable Kurt Masur, directeur musical alors encore vert de l’ONF : « Découvrir les symphonies de Bruckner et de Chostakovitch avec lui a été un choc. Il était extrêmement rigoureux et exigeant. Dès que nous abordions le répertoire germanique, nous l’interrogions, les autres assistants et moi, sur l’articulation, la sonorité, et, jamais avare d’explications, il nous décrivait la façon de jouer du Gewandhaus de Leipzig, dont il a essayé de transmettre la tradition aux musiciens de l’ONF. Une tradition non moins fondatrice dans mon parcours est celle qu’incarne David Zinman, dans la mesure où il a tout reçu des mains de Pierre Monteux. C’est pourquoi je n’hésite pas à lui demander conseil dès que j’aborde une partition de Debussy ou Ravel »

À l’étranger, le lointain successeur de Pierre Dervaux à la tête de l’Orchestre symphonique de Québec s’est ainsi fait l’ambassadeur du répertoire français : « Parce qu’il est en train de mourir. Qui s’intéresse à la musique d’Ernest Chausson, d’Albert Roussel – à part Stéphane Denève, qui se bat pour la diriger –, ou encore de Poulenc ? Je n’en suis que plus heureux de pouvoir faire la saison prochaine les Animaux modèles à plusieurs reprises en France et à l’étranger. Mais Debussy et Ravel ne sont pas bien mieux lotis : qui, aujourd’hui, joue Jeux, les Images, ou les Nocturnes, sans parler des petites pièces comme la Berceuse héroïque ou Une Barque sur l’océan, qui devraient s’imposer comme autant de merveilleux compléments de programme ? Il s’agit certes d’œuvres difficiles à interpréter, et qui mobilisent de grands effectifs pour des durées relativement brèves, mais, de même que pour la musique contemporaine, moins le public y est exposé, moins l’oreille a le temps de s’y accoutumer. »

Hymne à l'amour

Être invité par les différents orchestres parisiens – et il est l’un des rares, sinon le seul à avoir le privilège de lever sa baguette aussi bien sur les orchestres de Radio France que sur l’Orchestre de Paris et l’Orchestre national d’Île-de-France, qu’il retrouvera le 7 avril à la Philharmonie – à interpréter tant Strauss et Wagner que Borodine et Moussorgski est pour Fabien Gabel une belle marque de confiance. Concocté par Didier de Cottignies autour du thème de l’amour interdit, Saint-Valentin oblige, le programme de son prochain concert avec l’Orchestre de Paris en est la meilleure preuve : « Moins wagnérienne, peut-être, que Rienzi, la Défense d’aimer n’en présente pas moins les prémices du génie du compositeur, avec une ouverture moins pompeuse que fraîche et brillante. Dans Don Quichotte de Strauss, j’aurai la chance inouïe de travailler pour la première fois avec Antonio Meneses, violoncelliste légendaire qui a enregistré l’ œuvre avec Karajan, et dont j’espère qu’il me transmettra ce qu’il a reçu de lui. Quant à la deuxième partie, il s’agira d’un véritable hymne à l’amour, avec d’abord la Suite de Pelléas et Mélisande assemblée par Erich Leinsdorf, que j’ai préférée à celle de Marius Constant, peut-être plus fidèle à la trame originale, mais moins digeste sans les voix, puis le Prélude et la mort d’Isolde, sans doute le chef-d’œuvre absolu de la musique. Je ne pouvais décidément pas rêver d’un plus beau programme ! »

Mehdi Mahdavi

 

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