Portraits - Chef

Louis Lortie Un Québécois à Paris

Louis Lortie
Né à Montréal en 1957, Louis Lortie voit sa carrière prendre son essor après son Premier Prix au Concours Busoni en 1984
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Le pianiste québécois Louis Lortie s’installe en mars à paris et dans la région Île-de-France pour une série de concerts, en soliste tout d’abord avec l’ONDIF, puis en musique de chambre dans un cycle Brahms

À l’orée de ses soixante ans, Louis Lortie est reconnu dans le monde musical comme l’un des meilleurs pianistes actuels. Bien que francophone, il est en définitive assez peu présent dans l’Hexagone. À ses nombreuses activités de concertiste, de chambriste, il joint une passion pour l’enseignement (en octobre 2016, il a succédé à Maria-João Pires à la légendaire Chapelle Musicale Reine Elisabeth de Bruxelles) et pour l’enregistrement (sa cinquantaine de disques pour le label Chandos couvre trois siècles de musique). Ce vainqueur du Concours Ferruccio Busoni à Bolzano en 1984 s’est pris d’affection récemment pour l’œuvre pour clavier de Gabriel Fauré qu’il avait quelque peu laissée en jachère : « Adolescent, j’ai suivi à Montréal l’enseignement d’Yvonne Hubert, une proche d’Alfred Cortot, mais j’étais trop jeune pour assimiler tout ce qu’elle était susceptible de me transmettre. Elle avait connu à Paris Albeniz, Debussy, Fauré, un compositeur qui, à rebours, me captive de plus en plus. J’ai été très surpris par le succès remporté par mon premier CD Fauré qui a eu plus de succès que le disque Chopin enregistré au même moment. On dit que Fauré est peu exportable en dehors de la France, mais les choses à mon avis sont en train de changer. » Peu de compositeurs échappent à la perspicacité de cet artiste qui a déjà gravé les 32 Sonates de Beethoven, achève une intégrale Chopin après s’être confronté à Liszt, Rachmaninov ou Saint-Saëns. Il trouve même le temps de pratiquer avec Hélène Mercier – une amie de longue date – l’exercice si exigeant du quatre mains dont ils ont laissé de remarquables témoignages. Avec l’Orchestre National d’Île-de-France il a mis à son programme le Concerto en fa mineur de Chopin, une partition qui lui est familière : « J’attends avec impatience la rencontre avec Jacek Kaspszyk car je sais pour l’avoir vécu que les chefs polonais en ont une connaissance intime. Je n’ai jamais eu l’occasion de jouer avec lui, mais le fait qu’il soit à la fois Directeur musical de l’Orchestre National et de l’Opéra National de Varsovie constitue en soi une assurance. Ce Concerto n° 2 présente des difficultés pianistiques indéniables mais demande plus encore un dialogue constant dans un respect mutuel du tempo et du rubato. On remet sans cesse en cause les qualités d’orchestrateur de Chopin qui n’a pas toujours bonne réputation dans ce domaine auprès des chefs. C’est négliger la transparence, le sens des couleurs, voire une modernité très en avance sur l’époque. » Cerise sur le gâteau, le public parisien aura également le privilège d’assister à la Philharmonie à trois concerts de musique de chambre intitulés « Le Salon Brahms » regroupant la plupart de ses opus pour piano et cordes : « Au Canada, j’ai déjà vécu une expérience de ce type il y a une vingtaine d’années. C’est un bonheur de me retrouver avec le violoniste Augustin Dumay et l’altiste Miguel Da Silva – qui enseignent aussi à la Chapelle Musicale –, ainsi qu’avec le violoncelliste Jian Wang dans ces pages d’une liberté et d’une inventivité sans cesse renouvelées. » Un moment d’exception où quatre musiciens complices mettront leur idéal au service de la musique pure.

Michel Le Naour