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Robin Pharo la relève

Robin Pharo
Robin Pharo commence la viole de gambe dès l’âge de 5 ans auprès de Jean-Louis Charbonnier
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Fondé en 2017 par le jeune violiste Robin Pharo, l’ensemble près de votre oreille s’attache à défendre un répertoire intimiste. La sortie de leur prochain disque come sorrow, abordant la chanson anglaise de l’époque élisabéthaine, est l’occasion pour l’ensemble de présenter ce programme en concert le 1er avril au théâtre de l’athénée

À l’origine une association destinée à soutenir les projets de Robin Pharo (notamment l’enregistrement de son premier disque L’Anonyme Parisien), Près de votre oreille est devenue quelque temps plus tard un ensemble original à l’effectif variable. Un nom poétique qui fait écho à la volonté de proposer une musique intime et délicate, essentiellement baroque mais également contemporaine lorsque l’occasion le permet. Accompagné d’Anaïs Bertrand (mezzo-soprano), Nicolas Brooymans (basse) et Thibaut Roussel (luth), Robin Pharo s’attaque au répertoire vocal anglais datant du début du xviie siècle : « C’est la première fois que je m’intéresse aussi profondément à la musique anglaise, qui est extrêmement riche à l’époque élisabéthaine et assez peu connue et peu jouée en France ». En effet, si le programme de Come Sorrow inclut des pièces de John Dowland et Tobias Hume, il fait la part belle à un autre compositeur de la même époque presque entièrement tombé dans l’oubli, Robert Jones : « En réalité, Robert Jones était assez connu de son vivant. Il a publié quatre livres de chansons, ce qui n’est pas négligeable. Il collaborait également avec des auteurs de théâtre et était très intégré à la vie londonienne. » 

Répertoires oubliés

Initialement, le programme du disque était centré autour des pièces vocales de Hume. Présentant la rare particularité d’avoir une tablature écrite spécifiquement pour la viole de gambe (dans un répertoire où le luth est d’ordinaire privilégié), elles suscitent inévitablement l’intérêt des violistes : « À cette époque, beaucoup de recueils de chansons sont édités avec une tablature de luth accompagnant les voix. Dans leurs préfaces, la présence de la viole est toujours suggérée mais son rôle n’est jamais précisé (doit-elle par exemple soutenir la basse ?). Il est très rare d’avoir une tablature entièrement écrite comme pour le luth. À part chez Tobias Hume et l’un de ses contemporains Thomas Ford, il n’y a que très peu d’exemples. » En cherchant un complément aux pièces de Hume, Robin Pharo découvre, par l’entremise du violiste et musicologue Jonathan Dunford, les pièces de Robert Jones. Publiées avant celle de Hume, elles proposent également des parties polyphoniques entièrement écrites pour la viole : « Ces pièces sont, jusqu’à preuve du contraire, les premières pièces éditées avec tablature pour viole. C’est un recueil historique. » Robin Pharo découvre alors le vrai noyau de ce qu’allait être le disque et recentre le programme autour de l’œuvre de Jones. Après avoir consacré l’album L’Anonyme Parisien au mystérieux Charles Dollé, élève très peu connu de Marin Marais, le violiste poursuit l’exhumation des compositeurs oubliés : « C’est passionnant de s’intéresser à la musique de compositeurs peu connus. Quand on tombe sur une pièce peu jouée, il est fascinant de se l’approprier. La musique de Robert Jones, aujourd’hui tombée dans l’oubli, n’a rien à envier à celle de Dowland. Les textes utilisés dans ses chansons sont très beaux et les mélodies assez surprenantes. Come Sorrow (qui donne son titre au disque) est une pièce magnifique, harmoniquement très étonnante, avec de belles dissonances. » 

Une acoustique idéale

Le disque est enregistré dans le théâtre élisabéthain du château d’Hardelot, dans le Pas-de-Calais : « C’est une grande fierté d’avoir enregistré dans ce lieu magique qui dispose d’une très belle acoustique, parfaitement adaptée à notre répertoire. C’est également le fruit d’un très long travail de diffusion, difficile à mettre en place du fait des changements de direction à Hardelot. Chacune d’entre elles a néanmoins fortement soutenu notre projet et rendu possible sa réalisation. » Entièrement construit en bois, ce théâtre était donc l’écrin idéal : « Ce choix n’est pas une volonté de restitution historique car ces pièces étaient sans doute jouées dans un espace plus petit. C’est avant tout un choix esthétique. Les acoustiques en bois me plaisent beaucoup : elles permettent un peu de résonance mais restent assez sèches. Cette musique est tellement délicate, complexe, elle nécessite une acoustique qui permette de tout entendre. Je n’aime pas les espaces trop réverbérants, j’aime qu’on soit très proche des musiciens. Nous n’aurions pas obtenu le même rendu dans une église par exemple. » Pour parfaire le tout, Robin Pharo interprète ce répertoire sur une viole à six cordes d’après le modèle anglais de l’époque, fabriquée par la luthière Judith Kraft. Enthousiasmé par cette expérience, le jeune violiste envisage déjà une suite à Come Sorrow : « C’était tellement passionnant de s’intéresser à la musique élisabéthaine que j’ai nourri d’autres envies de projet. Il est difficile de se détacher de ce monde une fois qu’on y a mis les pieds. » Cette suite s’intitulerait Blessed Echoes, d’après un vers de Robert Jones : réunissant huit musiciens (quatre chanteurs, deux violes de gambe, un luth et un virginal), elle s’attacherait à faire découvrir des songs inconnues pour 4 voix. En parallèle, Robin Pharo prévoit l’enregistrement de la Suite d’un goût étranger de Marais ainsi qu’un nouveau disque avec le Quatuor Nevermind autour de Carl Philip Emanuel Bach.

Floriane Goubault

CD

  • Come sorrow

    Come sorrow

    Songs de Jones, Dowland, Hume. Ensemble Près de votre oreille A. Bertrand, mezzo ; N. Brooymans, basse ; T. Roussel, théorbe ; R. Pharo, viole de gambe. 1 CD Paraty

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