Portraits - Cordes

Antoine Tamestit L'Ambassadeur

Antoine Tamestit
© José Lavezzi/NaïveAntoine Tamestit est un élève de Jean Sulem et Tabea Zimmermann. Il joue sur l'un des rares altos de Stradivarius, le "Mahler" de 1672.
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Parallèlement à un disque avec le chef Valery Gergiev et l'Orchestre Symphoniques de Londres (Label LSO Live), Antoine Tamestit offre au Louvre Harold en Italie de Berlioz dans la superbe transcription pour alto et piano qu'en a fait Liszt.

Prévu le 17 septembre, le récital d'Antoine Tamestit a finalement été annulé : « La raison en est simple : Cédric Tiberghien était souffrant. Nous avions fait un long travail ensemble et on ne pouvait tout simplement pas changer de pianiste. La pièce principale du programme, Harold en Italie, est une pièce qu'assez peu de pianistes maîtrisent. Avec tout ce qu'on avait construit en amont, je ne me voyais pas travailler avec un pianiste au dernier moment, et on a obtenu très gracieusement que l'Auditorium du Louvre reporte le concert dans la saison, ce qui est rarissime. » Un tel partenariat s'explique par une forte entente musicale mais aussi amicale : « On est amis depuis très longtemps. Notre lien de collègues musiciens s'est renforcé tout récemment grâce à nos paternités respectives. On a partagé beaucoup de choses, ce qui fait qu'on s'est beaucoup appréciés humainement d'abord et musicalement ensuite. C'est d'autant plus inspirant de jouer en duo. »

Clou de leur récital, Harold en Italie de Berlioz s'impose donc comme un sommet de virtuosité : « C'est une vraie transcription de Liszt, comme il l'a fait avec la Symphonie Fantastique. La pièce est assez monstrueuse, dans le sens où Liszt réduit au maximum l'orchestre sur les deux portées du piano. Il a fait quelques petits changements dans la partie d'alto, tout en gardant l'identité de l'instrument de la partition de Berlioz, qui est moins présent que dans une sonate ou un concerto. L'alto représente Harold qui est tantôt le héros de l'histoire, tantôt un observateur qui prend de la distance par rapport à la musique. »

Pour son concert au Louvre, Antoine Tamestit n'en oublie pas pour autant le répertoire de son instrument, notamment français : « Je suis très heureux de jouer des pièces de Henri Vieuxtemps, car il y a un rapport entre Berlioz et Vieuxtemps qui me touche beaucoup. Ce sont deux très grands promoteurs de l'alto, en tant qu'instrument soliste, à part entière, séparé du violon. Ils défendaient dès 1848 une classe d'alto proprement dite au Conservatoire de Paris (elle ne sera créée que 50 ans plus tard !). Plus qu'à la musique française, ces pièces appartiennent donc à la scène parisienne de l'époque et je me réjouis de les défendre car elles sont d'authentiques chefs-d'oeuvre. J'ai la chance de pouvoir donner des concerts dans le monde entier mais il est encore difficile de promouvoir l'alto en tant que tel. Des pays sont plus faciles que d'autres pour des récitals, notamment l'Allemagne, l'Angleterre où on n'a pas besoin de se justifier à l'alto. Les États-Unis, l'Italie et parfois la France sont plus difficiles car ce sont des pays où le violon, le piano et la voix sont plus connus du grand public. »

Mais pas d'inquiétude cependant, Antoine Tamestit est le meilleur ambassadeur dont pouvait rêver l'alto, en France comme à l'étranger.

Laurent Vilarem