Portraits - Cordes

Edgar Moreau L'école française

Edgar Moreau Partager sur facebook

L’école française du violoncelle vit des temps assurément bénis, avec une génération de musiciens exceptionnels présents sur toutes les scènes internationales. Edgar Moreau en est sans conteste l’un des plus brillants représentants.

Bardé de prix remportés dans des concours prestigieux tels que le Concours Rostropovitch ou ke Concours Tchaïkovski, Edgar Moreau s’est installé au firmament de la scène instrumentale avec une telle fermeté qu’il est facile d’oublier son jeune âge. À l’heure où nombre de ses confrères et consœurs entament réellement leur carrière, lui a déjà franchi la plupart des étapes menant vers la consécration. Edgar Moreau a indiscutablement appartenu au groupe si complexe des «  jeunes prodiges  », étiquette dont on sait les dangers mais que notre violoncelliste assume avec une authentique modestie  : « J’ai commencé à vraiment faire des concerts, et donc à vivre de mon violoncelle, à l’âge de dix-sept ans. Je ne pouvais alors qu’être considéré comme un jeune prodige et cela ne m’a pas particulièrement posé problème. J’ai maintenant presque huit ans de carrière derrière moi et je suis complètement engagé dans une vie d’artiste avec ce qu’elle implique de contraintes. Mais j’ai vingt-quatre ans et de ce fait je suis encore jeune. En France, on me considère comme un artiste confirmé mais ce n’est pas forcément le cas ailleurs. Par exemple, je ne joue aux États-Unis que depuis deux ans : j’y ai fait beaucoup de récitals mais la saison prochaine, je vais commencer à collaborer avec les grands orchestres tels que le Los Angeles Philharmonic ou le Philadelphia Orchestra – il y aura aussi l’Orchestre Symphonique de Montréal au Canada. Pour le moment, fort logiquement, j’y suis encore perçu comme un jeune prodige ou, du moins, on me classe dans la catégorie des “rising stars”. »

Un musicien boulimique

Cette jeunesse de la personne a très tôt fait contraste avec l’étonnante maturité du musicien, comme le grand public mélomane a pu le constater dès 2013 lorsqu’il décrocha la distinction de Révélation soliste instrumental aux Victoires de la musique classique (il avait alors dix-neuf ans), la même institution le couronnant Soliste de l’année deux ans plus tard. Un calendrier fort chargé – voire hystérique pour certaines périodes – ne l’empêche nullement d’envisager l’avenir avec une calme lucidité, en particulier sur le plan artistique. Sa maîtrise technique et un incroyable instinct musical lui permettent certes d’aborder toutes les époques et tous les styles, ce dont il ne se prive nullement : « J’avoue que je suis un musicien boulimique. J’ai fait dix ans de piano parce que cela me permettait de lire beaucoup de partitions. Néanmoins, je suis encore inscrit dans le projet de constituer mon répertoire et, de ce fait, une vraie discographie. Nous, violoncellistes, avons un éventail de partitions qui est certes très vaste mais qui n’est pas infini, contrairement aux violonistes. Nous pouvons avoir l’ambition d’aborder l’ensemble de notre répertoire durant notre vie. Il y a des œuvres que nous sommes amenés à jouer très régulièrement : dans mon cas, les Variations Roccoco de Tchaïkovski, que je joue depuis le début de ma carrière, ou les Suites pour violoncelle seul de Bach. Ce qui est m’intéresse au plus haut point, c’est de constater l’évolution de mon interprétation de ces œuvres. Toute la beauté de notre métier est là : les années passent, les œuvres évoluent parce que nous évoluons de notre côté et que nos idées musicales changent. »

La quête de l’excellence

D’un rigueur irréprochable dans le travail musical, Edgar Moreau ne perd cependant pas de vue l’époque dans laquelle il vit et ne se formalise nullement, bien au contraire, du surnom de « rock star du violoncelle » qu’on a pu lui attribuer : « C’est une formule fort sympathique et je suis convaincu qu’un musicien peut projeter une image un plus décontractée sans se détourner de sa quête d’excellence. Qu’on le veuille ou non, nous vivons dans un monde influencé par la pop culture et il est important de vivre dans notre époque. Je n’apprécie pas beaucoup les barrières et les contraintes. Il faut que nous puissions simplement nous dire que, si nous aimons quelque chose, nous pouvons le faire, à condition naturellement de garder la plus grande rigueur ».

Le récital qu’il donne en ce mois de mai à la Philharmonie se fera aux côtés d’un vieux complice, le pianiste David Kadouch, dans un programme français ayant fait l’objet d’une parution discographique récente sous étiquette Erato : « Je connais David depuis le début ma carrière et nous jouons très régulièrement ensemble. Outre notre entente sur le plan humain, il nous est très facile de collaborer parce que nous nous comprenons musicalement très rapidement. Nous avons enregistré ce programme parce que nous en avions l’envie depuis quelques temps et que nous sentions que c’était le bon moment. Les œuvres de Franck et Poulenc résument magnifiquement ce que peut être la sonate française. Elles sont des passages obligés pour un musicien français et je les joue depuis toujours, ce qui ne diminue en rien mon désir de les défendre du mieux possible ». Le public de la Cité de la musique pourra goûter une rareté absolue : « La Sonate dramatique ‘Titus et Bérénice’ de Rita Strohl a été un véritable coup de cœur lorsque je l’ai déchiffrée pour la première fois. C’est le Palazetto Bru Zane, le Centre de musique romantique française, qui m’a suggéré cette partition. David et moi la jouons de plus en plus fréquemment et je crois que nous l’aimons toujours plus au fil des concerts. Le public la reçoit avec beaucoup d’enthousiasme car elle raconte véritablement une histoire et lui parle très directement. La sonate tire évidemment son nom de la pièce de Racine mais malgré cette origine tragique, il y a des moments passionnés et joyeux et, à la fin de la pièce, un vrai sentiment d’espoir. On sort de cette partition avec un grand sourire ».

Ce grand sourire, à vrai dire, est celui qui illumine souvent le visage de ses admirateurs après la plupart des concerts d’Edgar Moreau.

Yutha Tep

DU TAC AU TAC

  • Mon bruit préféré ?

    Tout bruit lié à l’eau, y compris la mer déchaînée.
  • Votre compositeur préféré ?

    Les trois B : Bach, Beethoven et Brahms.
  • La partition que vous auriez voulu créer ?

    Le concerto de Dvořák, qui m’a fait aimer le violoncelle.
  • Mon héros préféré ?

    L’astronaute Thomas Pesquet.
  • Le métier que vous auriez fait si vous n’aviez pas été musicien ?

    Cuisinier, car la cuisine est si proche de la musique.
  • En quoi voudriez-vous vous réincarner ?

    Un être humain du futur, pour savoir ce que le monde est devenu.

CD

  • Giovincello

    Giovincello

    Concertos de Haydn, Vivaldi, Boccherini, Piatti… Il Pomo d’Oro, Riccardo Minasi (direction). 1 CD Erato - Warner Classics
  • Sonates françaises

    Sonates françaises

    Franck, Poulenc, Strohl, La Tombelle David Kadouch, piano 1 CD Erato - Warner Classics
  • Play

    Play

    Œuvres de Paganini, Offenbach, Fauré, Elgar, Rostropowitsch… Pierre-Yves Hodique, piano 1 CD Erato - Warner Classics