Portraits - Cordes

Quatuor Modigliani La maturité

Quatuor Modigliani
Créé en 2003, le Quatuor Modigliani réunit quatre solistes devenus fusionnels en 15 années.
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Les quatuors français font preuve, depuis une décennie, d’une vitalité exceptionnelle, se produisant brillamment aux quatre coins du monde. Invités par les plus hauts lieux musicaux de la planète, les Modigliani ont amplement contribué à ce dynamisme. Rencontre avec le violoniste Loïc Rio, membre-fondateur du quatuor.

Le quatuor fondé en 2003 campe solidement sur les plus hautes marches de leur discipline, en dignes représentants d’une école française du quatuor actuellement incomparable. Le départ du violoniste Philippe Bernhard en 2016 aurait pu s’avérer un moment périlleux mais l’archet d’Amaury Coeytaux n’a pas tremblé, se mettant immédiatement au diapason de Loïc Rio (violon), Laurent Marfaing (alto) et François Kieffer (violoncelle). Quinze ans de succès constants n’ont en rien entamé leur sagesse dans les orientations musicales, avec un attachement évident aux compositeurs essentiels. Leur nouvelle apparition dans le cadre des Concerts du Dimanche matin de Jeanine Roze confirme cette volonté, tout en offrant un écart stylistique qu’évoque Loïc Rio : « J’espère que nous ne produisons pas le même son dans le Quatuor « Les Dissonances » de Mozart et dans le Quatuor n° 2 de Brahms, parce qu’il est essentiel de créer un univers spécifique à chaque fois que l’on aborde une œuvre ! Les écritures sont différentes mais il y a dans les deux cas une démarche musicale que je qualifierais d’extrême, si ce mot n’était aussi excessif. Mozart montre dans cette œuvre un soin extrême et va très loin dans le travail sur les dissonances, les frottements harmoniques. Brahms se situe, pourrait-on dire, à l’autre bout du chemin et opère une synthèse de tout ce qui a pu se faire. Beethoven est passé par là, sans oublier Schubert. ».

La littérature pour quatuor contient des richesses infinies : « Notre répertoire est jalonné de chefs-d’œuvre et même les compositeurs qui n’ont pas écrit de grands chefs-d’œuvre – Rachmaninov, Korngold ou Verdi –, ont du moins livré un quatuor intéressant. Quand on quitte l’autoroute pour prendre un itinéraire bis, on découvre telle colline qu’on avait négligée, tel petit restaurant formidable. C’est un peu ce qui se passe avec ces compositeurs, qui font d’ailleurs l’objet de notre prochain disque ».

Cette inventivité s’épanouit pleinement grâce à l’explosion glorieuse du quatuor français depuis vingt ans. Rendons à César ce qui est à César : « Il est évident que le Quatuor Ysaÿe a été à l’origine du renouveau du quatuor en France, avec la classe de quatuor qu’il a créée [ndlr : ce fut en 1993, au Conservatoire National de Région de Paris]. Ensuite, l’émergence d’un ou deux quatuors a suffi pour créer une véritable dynamique. Et c’est la même chose du côté du public, on remarque une vraie demande. Les gens n’ont plus peur d’aller écouter un quatuor et ça, c’est formidable ».

Les Modigliani semblent avoir une conscience aiguë des nécessités de la transmission et leur position éminente leur permet de s’y consacrer avec profit : « Au Conservatoire Supérieur de Paris, Bruno Mantovani nous a demandé, ainsi qu’aux Ébène, de donner des master-class plusieurs fois dans l’année, avec de vrais échanges avec les étudiants. Aux Rencontres Musicales d’Évian, dont nous assurons la direction artistique, nous invitons maintenant pour chaque édition deux ou trois quatuors à passer l’intégralité du festival avec nous. On nous a beaucoup donné et c’est à notre tour d’accompagner les jeunes talents ».

Yutha Tep