Portraits - Cordes

Sol Gabetta Vers la lumière

Sol Gabetta
© Uwe Arens/Sony Née en 1981 en Argentine de parents franco-russes, Sol Gabetta a fait ses études à Madrid, Bâle et Berlin.
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A la tête d'une impressionnante discographie en soliste ou avec La Capella Gabetta dirigée par son frère, Sol Gabetta est une violoncelliste trop rare à Paris. L'occasion est donc unique pour venir l'écouter à la Philharmonie.

On la dit bavarde, chaleureuse, souriante. Pourtant quand on interroge Sol Gabetta, ce qui frappe, c'est la franchise. Ainsi de son prénom, Sol, qu'on associe maladroitement à son caractère lumineux: « En réalité, ma mère m'a appelée Sol, car elle a perdu deux jumeaux avant ma naissance. Avec moi, c'est le soleil qui rentrait de nouveau dans la maison. »

De même pour son rapport à la France – elle possède la double nationalité française et argentine : « Je n'ai en réalité gardé que très peu de liens avec la France. Aujourd'hui, je vis en Suisse même si je suis très heureuse de renouer avec mes contacts français, notamment au travers de mes récitals avec Bertrand Chamayou. » Quand elle évoque la vie de soliste, elle n'est pas des plus tendres, disant préférer aujourd'hui l'intimité de la musique de chambre alors qu'elle est supposée parler de son concert avec l'Orchestre Philharmonique de Munich ! Un paradoxe résolu par un sourire : « Je préfère être franche dans mes réponses. Je ne suis probablement pas très diplomate, mais il ne faut pas avoir peur de dire ses envies ! »

En réalité, celle que d'aucuns considèrent comme la meilleure violoncelliste de sa génération est une artiste à l'exigence réjouissante. Elle s'enthousiasme pour sa récente rencontre avec le chef d'orchestre Vladimir Jurowski et parle en des termes tout aussi laudatifs de Valery Gergiev, le chef qui dirige son premier concert à la Philharmonie : « J'adore jouer avec lui, car même s'il répète peu, il vit la musique à 200 %. Il emmène tous les musiciens dans son idéal musical. » Ce programme prévu de longue date a dû malheureusement être modifié en raison des circonstances : « Le concert devait être dirigé par Lorin Maazel pour son 85e anniversaire. C'était un honneur d'autant plus grand pour moi qu'il m'avait choisie pour interpréter son propre Concerto pour violoncelle. À la place, nous jouerons en son hommage le Concerto pour violoncelle de Dvorák, qui, soit dit en passant, n'est pas mon concerto préféré ! »

Il ne faudrait pas voir en cette dernière phrase, la confidence d'une enfant trop gâtée de la musique – au contraire, Sol est la gentillesse même – mais bien celle d'une artiste investie dans son art qui reste éblouie par le langage baroque découvert récemment en compagnie du chef Giovanni Antonini : « Avec lui, j'ai découvert une approche qui m'a énormément enrichie. J'aspire maintenant à un son moins crémeux et plus intime, y compris dans un concerto aussi symphonique que celui de Dvorák. Je rêverai de jouer le concerto de Schumann sur des cordes en boyau, même si je ne me sens pas prête, car maîtriser le boyau reste un défi dans un tel répertoire. » Il y a chez Sol Gabetta une irrésistible recherche de lumière.

Laurent Vilarem