Portraits - Cordes

Sol Gabetta Authentique

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Le public français connaît bien la violoncelliste Sol Gabetta dont il apprécie la spontanéité et la générosité. À radio france, elle sera la soliste du concerto de Mieczyslaw Weinberg, une œuvre rarement donnée qu’elle interprètera avec Mikko Franck et le Philar.

Communicative et diserte, en parfaite possession de la langue de Molière, Sol Gabetta suscite d’emblée la sympathie. Franco-russe par ses parents mais née à Cordoba en Argentine, elle séduit par une spontanéité et une gentillesse ainsi que par un naturel qui abolit toutes les frontières. Sa compréhension de l’autre se conjugue à un optimisme chevillé au corps mais aussi à une détermination sans faille. Soliste internationale et adulée, elle sait faire la part des choses entre une vie personnelle bien protégée et une activité itinérante qui est la part commune de tous les artistes, a fortiori quand ils ont comme elle un statut de star : « En fait, je suis très casanière et pas seulement parce que je dois m’occuper de mon bébé. J’ai toujours eu beaucoup de plaisir à rester chez moi entourée de mes livres, de la musique, et à mille lieues de toute agitation. »

Sol aurait pu vivre sur ses lauriers et faire fructifier ses dons couronnés par de nombreux Prix dont le Tchaïkovski à Moscou, l’ARD à Munich et le Concours Rostropovitch à Paris… De son apprentissage auprès des plus grands maîtres proches de Rostropovitch (Ivan Monighetti à l’École Reine Sophie de Madrid, David Geringas à la Hochschule Hanns Eisler de Berlin), elle a acquis une autorité, une technique miraculeuse et un sens de l’expression unique. 

Une quête d’authenticité

Elle a pourtant choisi de se différencier d’un parcours classique bien qu’elle fréquente le gotha des chefs d’orchestre (Sir Simon Rattle, Thomas Hengelbrook, Valery Gergiev…) pour aborder des territoires plus aventureux, loin d’un long fleuve balisé de concertiste de haut vol : « Mon dernier CD qui vient de paraître chez Sony est entièrement consacré à l’œuvre pour violoncelle de Schumann dont seules ont été écartées les Fantasiestücke composées à l’origine pour des instruments à vent. Nous avons, avec Bertrand Chamayou, opté pour le duo entre un pianoforte et un violoncelle monté sur cordes en boyau afin de retrouver une palette de couleurs spécifique de l’époque de la création de ces partitions. Pour le célèbreConcerto enregistré avec l’Orchestre de Chambre de Bâle sous la direction de Giovanni Antonini – avec lequel j’entretiens une profonde amitié musicale –, nous avons travaillé à renouveler les coups d’archet, à éliminer le vibrato, à réfléchir aux articulations. Avec Giovanni qui vient de la mouvance baroque, j’ai découvert une autre logique que celle transmise par Monighetti, héritier de l’École russe, même si je lui dois beaucoup (il m’a en particulier ouvert les yeux d’adolescente sur tout un pan de la culture, me faisant visiter les musées). Aujourd’hui, j’ai considérablement différencié mon approche de la musique. Par exemple, j’emploie tantôt un Guadagnini de 1759 pour les musiques qui se situent au confluent du classicisme et du romantisme, tantôt un Matteo Goffriller pour les grandes œuvres du répertoire qui demandent une sonorité plus large et plus ample. Giovanni est infatigable et impressionnant par son professionnalisme et sa recherche de la perfection. Il peut, lorsqu’on enregistre, travailler huit heures durant sans donner l’impression de lassitude. »

Sol Gabetta a toujours privilégié l’échange avec des partenaires venus d’horizons variés. On sait l’amitié qui la lie à Bertrand Chamayou avec lequel elle forme un duo de réputation internationale, mais l’on pourrait aussi citer des étoiles telles que Hélène Grimaud, Patricia Kopatchinskaja et bien d’autres. À Olsberg en Suisse (où elle habite), elle est la directrice artistique d’un festival de musique de chambre portant le nom de SOLsberg. Bien évidemment, cette manifestation facilite la communion entre de nombreux musiciens chambristes. Avec son frère Andrès, elle a fondé la Cappella Gabetta, une formation baroque qui interprète la musique du xviiie siècle de Vivaldi à Haydn, et sa rencontre improbable avec Cecilia Bartoli a été pour elle un moment privilégié : « Je pense que nous avons ensemble des points communs, une même volonté de sincérité, et notre compréhension a été immédiate. D’ailleurs, notre enregistrement qui unit la voix et le violoncelle est l’un de ceux qui m’est le plus cher. » 

La redécouverte du Concerto de Weinberg

Avec le Philharmonique de Radio, ce sera un tout autre monde : « Le Concerto de Weinberg est une partition que je connais depuis deux ans et qui m’a tout de suite attirée. Au départ, je voulais mettre à mon programme celui de Boris Tchaïkovsky (un homonyme du compositeur de la Symphonie « Pathétique ») mais il s’agit d’une partition aux très vastes dimensions. J’ai donc décidé de proposer le Concerto de Weinberg, une œuvre très intéressante datant de 1958. Elle est proche de l’univers de Chostakovitch dont Weinberg était le grand ami, mais recèle un côté plus romantique avec une véritable signature folklorique et des attaches avec la musique juive à l’instar de ce que composait Ernest Bloch à la même époque. Les responsables de Radio France et en particulier ceux de l’Orchestre Philharmonique possèdent une grande ouverture d’esprit, ce qui laisse aux artistes la possibilité d’aborder des répertoires sortant des sentiers battus. Le Concerto de Weinberg est à la fois virtuose et comporte quatre grands moments contrastés : un Adagio très expressif suivi d’un Allegro presto. Quant au final en forme de rétrospective, il est précédé d’une grande cadence comme le Concerto n° 1 de Chostakovitch, mais sans sa démesure. »

Une tournée organisée ce mois-ci avec cette œuvre la conduira dans plusieurs villes européennes en compagnie de l’Orchestre Philharmonique de Radio France et Mikko Franck : à Cologne, Düsseldorf, Hambourg, Vienne, Berlin (où le 18 décembre elle jouera le Concert d’Elgar à la Philharmonie), Munich et Hanovre pour s’achever à Paris, capitale « lumière » dont Sol Gabetta se sent proche et qu’elle apprécie pour son effervescence artistique.

 Michel Le Naour

Du Tac au Tac

  • Quel compositeur vous semble sous-estimé ?

    Martinu, même s’il est mieux connu aujourd’hui.
  • Quelle œuvre auriez-vous aimé créer ?

    L’Oiseau de feu de Stravinski
  • Votre auteur favori ?

    Stefan Zweig
  • Vos peintres favoris ?

    Monet et Gauguin
  • Votre héros favori ?

    Einstein
  • La qualité que vous préférez chez un homme ?

    Le charisme et la générosité
  • La qualité que vous préférez chez une femme ?

    Les mêmes que pour les hommes
  • Qu’auriez-vous pu devenir si vous n’étiez pas musicienne ?

    Archéologue

3 CD

  • Dolce Duello - Airs d’opéra & concertos de Vivaldi, Händel, Porpora, Boccherini…

    Dolce Duello - Airs d’opéra & concertos de Vivaldi, Händel, Porpora, Boccherini…

    Cecilia Bartoli (mezzo), Cappella Gabetta, Andrés Gabetta (violon & direction). 1 CD Decca Universal
  • Robert Schumann - Concerto pour violoncelle ; pièces pour violoncelle & piano.

    Robert Schumann - Concerto pour violoncelle ; pièces pour violoncelle & piano.

    Bertrand Chamayou (pianoforte), Kammerorchester Basel, Giovanni Antonini (direction). 1 CD Sony Classical
  • Sol Gabetta Live - Elgar, Concerto ; Martinu, Concerto n° 1.

    Sol Gabetta Live - Elgar, Concerto ; Martinu, Concerto n° 1.

    Berliner Philharmoniker, Simon Rattle & Krzystof Urbanski (direction). 1 CD Sony Classical