Portraits - Piano

Denis Mastuev Grand piano russe

Denis Mastuev
Né en 1975, Denis Matsuev fait irruption sur la scène internationale en remportant brillamment le Concours Tchaïkovski en 1998.
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Il fait partie des colosses du piano. Denis Matsuev compte parmi les techniques pianistiques les plus époustouflantes du moment, véritable démiurge de son instrument, déclenchant des paroxysmes sonores au service d’interprétations souvent fulgurantes.

l est évident que ses nombreux admirateurs attendent avec impatience les rutilances sonores que Denis Matsuev déploiera dans les partitions de Rachmaninov et Tchaikovski, mais il conviendra d’accorder une oreille attentive à sa vision du jeune Beethoven, dont les premières sonates constituent un défi redoutable pour tout pianiste : « À mes yeux, chaque sonate de Beethoven représente un sommet de l’art pianistique. La troisième sonate est très difficile, elle est grandiose dans sa forme mais aussi son intensité ; elle n’est pas tragique et possède au contraire beaucoup de vie et d’optimisme. Sa seconde partie, notamment, est emplie d’une mélancolie délicieuse, mais dans leur ensemble, les autres parties s’avèrent festives, voire ludiques. Et, bien sûr, du point de vue de la technique, il s’agit de l’une des sonates les plus exigeantes de Beethoven. »

Rien qui n’effraie, très certainement, le pianiste russe. Ce désir de défendre des partitions qu’il juge mésestimées s’applique naturellement aux œuvres de son patrimoine musical. Ardent champion de Tchaïkovski, Denis Matsuev entend promouvoir la Grande Sonate : « Il s’agit d’une immense tapisserie, qui n’est pas interprétée aussi souvent qu’elle le mériterait. Je dirais qu’elle est un concerto sans orchestre, une pièce de grande échelle, d’une extrême richesse formelle, avec une variété thématique stupéfiante. Mais ce que j’aime le plus en elle, c’est qu’à la fin, la vie l’emporte, même si le second mouvement est tragique, ce qui est tellement typique de Tchaïkovski. La promouvoir est pour moi une mission, comme je l’ai fait avec Les Saisons et le Concerto pour piano n° 2. Je ne sais pas si ce sont mes efforts qui ont porté leurs fruits ou s’il s’agit simplement d’un effet de mode, mais quand j’ai commencé à jouer cette musique vingt ans auparavant, presque personne ne la donnait en concert. Je constate maintenant que ces pièces sont à l’affiche partout. Ce travail de promotion requiert beaucoup d’énergie et de force spirituelle, et j’espère que je réussirai à faire de même avec laGrande Sonate. »

Les Variations sur un thème de Corelli n’ont plus besoin, certes, de la même ferveur prosélyte mais, curieusement, pour Denis Matsuev, son histoire d’amour avec ces Variations s’est avérée singulière : « J’ai joué cette partition, l’une des plus brillantes de Rachmaninov, pour la première fois il y a dix ans, j’entretiens donc avec elle une relation très ancienne. Mais après l’avoir jouée, je l’ai mise de côté. Ce genre de chose peut arriver : quand vous apprenez une musique, vous la comprenez progressivement au fur et à mesure que vous la pratiquez, mais en même temps, vous pouvez avoir le sentiment que vous avez besoin de plus de temps. Je la retrouve maintenant, et j’ai bon espoir de créer entre nous une alchimie magique qui m’aidera à lui rendre justice. Je prévois de la donner dans une quinzaine de capitales à travers le monde et ce concert à Paris sera l’une des premières étapes. »

On ne peut que s’incliner devant cette volonté de comprendre les secrets les plus intimes d’un chef-d’œuvre. Il ne faut manquer pour rien au monde une soirée qui s’annonce mémorable.

Yutha Tep