Portraits - Piano

Franck Braley Éternelle jeunesse

Franck Braley
Côté Beethoven, Frank Braley a enregistré les intégrales des Sonates pour violon et piano et des Sonates pour violoncelle et piano.
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Poète de la musique, Frank Braley joue dans le monde entier et avec les plus grands artistes depuis qu’il a remporté le célèbre concours Reine Elisabeth en 1991. Au musée de l’armée en janvier, il jouera avec l’orchestre de Picardie l’œuvre qui l’a propulsé sur les scènes internationales : le concerto n° 4 de Beethoven.

« C’est une œuvre fétiche pour moi parce qu’elle a changé ma vie. Je pense que j’ai gagné le concours Reine Elisabeth grâce à elle. Quand j’ai passé ce concours, mes professeurs m’avaient averti que je n’avais pas le profil pour gagner. Au lieu de choisir un programme de concours dans l’objectif de gagner un prix, j’avais donc choisi des œuvres que j’aimais. Je n’avais joué que deux ou trois fois avec orchestre dans ma vie, et je me suis dis que si j’avais une infime chance d’aller en finale et de jouer un grand concerto avec orchestre, ce serait le Concerto n° 4 de Beethoven. On tient tous un petit carnet des choses qu’on rêve de faire avant de mourir, et pour moi part, jouer ce concerto figurait dessus. Finalement ce choix a joué en ma faveur même si je ne le savais pas à l’époque, car pour avoir fait le jury moi-même 20 ans plus tard, je comprends qu’après avoir entendu des candidats jouer du grand piano russe pendant des heures, entendre les premières mesures du Concerto n° 4 de Beethoven est un immense soulagement ! » Depuis cette époque, Frank Braley ne s’est jamais lassé de ce concerto et continue d’en parler avec passion : « Dans ce concerto, on découvre un Beethoven plus secret que celui qu’on a l’habitude d’entendre. Quand on pense à lui on a son portrait en mémoire avec le regard de braise, le front conquérant, les cheveux en bataille, on pense au Beethoven de la Symphonie n° 5. Mais dans certaines pièces, comme ce concerto, on voit plutôt son côté féminin. Le ton est celui de la confidence, de l’intimité et on entrevoit un Beethoven très lumineux et très tendre. » Et même après avoir joué le Concerto n° 4 un nombre incalculable de fois aux quatres coins du monde, le pianiste retrouve toujours la même sensation d’atemporalité quand il réitère l’expérience : « Je crois que ma manière de le jouer n’a pas vraiment changé, même si la première fois est toujours à part, comme un moment de grâce. Quand je rejoue ce concerto, c’est un peu comme une fontaine de jouvence, je retombe dans la lumière très douce d’un retour aux sources. J’ai l’impression de revenir sur une terre d’enfance, posant mes pieds sur mes anciennes traces de pas, et rien n’a changé même si je vois les arbres grandir. » 

Indétrônable Beethoven 

Au-delà du Concerto n° 4, Frank Braley considère Beethoven comme une des pierres angulaires de la carrière de tout pianiste : « Beethoven est absolument incontournable. Je pense qu’on peut être un très grand pianiste et ne pas jouer de musique française par exemple, ou même ne pas bien jouer Mozart, mais je crois qu’il n’y a aucun exemple de grand pianiste qui ne sache pas jouer Beethoven. L’immense œuvre que sont les 32 sonates pourrait se comparer en littérature à la Comédie humaine de Balzac : on peut s’y plonger toute sa vie. » Au musée de l’Armée, le pianiste jouera avec l’Orchestre de Picardie : « Je crois avoir joué avec eux il y a très longtemps, mais jamais depuis. Ce sera donc l’occasion pour moi de le redécouvrir et peut-être que je retrouverai des musiciens qui étaient déjà là à l’époque. » 

Surfer sur l’orchestre

Jouer une œuvre avec orchestre est une expérience bien différente d’un récital en soliste ou d’un concert de musique de chambre. Frank Braley, rompu à ces trois exercices, expose sa vision des choses : « La musique de chambre est pour moi ce qu’il y a de plus évident. Quand un enfant joue dans un bac à sable, il va voir naturellement les autres et leur demande « est-ce que tu veux jouer avec moi ? »La musique de chambre c’est un peu pareil je trouve. Elle est la chose la plus naturelle et la plus ludique du monde. Parfois je suis même étonné de voir qu’on me paye pour ce type de concert ! Jouer en solo peut être plus éprouvant car on ne peut compter que sur soi-même mais c’est merveilleux quand on se sent bien. Certains marathoniens disent qu’ils courent les quinze premiers kilomètres et qu’après ils volent. Un récital solo me fait souvent cet effet-là. Jouer avec un orchestre est quelque chose d’encore différent. On arrive avec une pièce qu’on a travaillée pendant des mois et on doit la mettre en place en quelques heures avec l’orchestre. Mais bien sûr il y a un plaisir physique à jouer avec l’orchestre, de sentir sa masse sonore. On se sent comme un surfeur sur une vague immense, porté, voire emporté, par une puissance naturelle énorme. Souvent par contre on ne joue qu’une petite demi-heure, ce qui est très frustrant. » L’année 2019 sera une année de séparation et de retrouvailles pour Frank Braley : « Je suis directeur depuis cinq ans de l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie et ce sera la dernière année. Ce fut un chapitre très important de ma vie. 2019 verra aussi mes retrouvailles avec Renaud et Gautier Capuçon. Nous allons enregistrer un disque de trio de Beethoven qui sortira en 2020 pour l’année Beethoven. Faire de la musique avec d’extraordinaires artistes qui sont aussi de grands amis… Que demander de plus ? »

Élise Guignard