Portraits - Piano

Henri Barda En quête d’absolu

Henri Barda
Pianiste hors pair, Henri Barda s’est aussi beaucoup consacré à l’enseignement.
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Le pianiste Henri Barda est un artiste rare, dépositaire d’une tradition qui le relie aux glorieux maîtres du passé. Pour la nouvelle série « les concerts de monsieur croche », il se produit Salle Gaveau dans un récital Chopin, l’un de ses compositeurs de prédilection.

Les fées se sont penchées très tôt sur la destinée d’Henri Barda né au Caire en 1941, dans un pays, l’Égypte, qui ne disposait pas d’un grand héritage dans le domaine de la musique classique : « C’est en se rendant compte de ma capacité à reproduire le thème central du ballet Le Lac des Cygnes de Tchaïkovski dès l’âge de quatre ans que mes parents ont décidé de me présenter à un professeur de piano. Il y en avait peu, mais la chance m’a souri lorsque Ignaz Tiegerman, venu de Pologne (un disciple de Theodor Leschetizsky, élève de Czerny), m’a pris en charge deux ans plus tard. » La nationalisation du Canal de Suez en 1956 et ses conséquences ont contraint la famille Barda à rejoindre Paris : « J’ai reçu l’enseignement de pédagogues de renom dont les excellents Lazare Lévy, Joseph Benvenuti, Jean Hubeau…, mais mon expérience à New York quelques années plus tard en tant que boursier à la Julliard School aura sur moi une influence déterminante. J’ai eu l’occasion d’entendre Horowitz à plusieurs reprises et ai toujours éprouvé à son égard la même dévotion pour sa fantaisie, ses fabuleuses capacités techniques et son oreille hors pair. » Pour Henri Barda, l’oreille est capitale dans la formation et dans le développement d’un musicien : « J’ai l’oreille absolue, mais cela ne constitue pas un élément déterminant. Ce qui compte, c’est de savoir mémoriser les intervalles et improviser dans tous les tons. » D’ailleurs, en apprenant au cours de l’entretien la mort de Charles Aznavour, il se met à décliner des airs du chanteur dont il relève la qualité mélodique et harmonique juste après avoir démontré paradoxalement combien l’œuvre de Johan-Sebastian Bach (il joue en public les deux Cahiers du Clavier bien tempéré) convient mieux à son Clavinova qu’à un piano moderne plus éloigné de la sonorité de l’orgue ou du clavecin. Pendant ses études aux États-Unis entre 1967 et 1971, il a eu l’occasion de travailler avec Jérôme Robbins et sa compagnie de ballets en accompagnant par cœur les danseurs : « Cela n’était pas toujours facile, il fallait que je me plie au caractère de Robbins, mais j’ai quand même réussi à imposer ma manière de concevoir mon interprétation de Chopin. Cela m’a en tout cas valu d’être engagé par Robbins pour l’intégralité des ballets donnés sur la même musique au Palais Garnier, tout en conservant bien entendu la liberté d’interprétation à laquelle j’étais attaché. » Ses activités de professeur au CNSM de Paris pendant douze ans ou aujourd’hui l’enseignement qu’il dispense lors de ses voyages au Japon témoignent du même enthousiasme : « Les échanges fructueux avec les élèves me permettent de me remettre continuellement en question ». Et il conserve la mémoire toujours vive de sa collaboration avec le compositeur Olivier Greif si tôt disparu : « J’ai été tout de suite attiré par son inventivité toujours en éveil et eu le plaisir entre autres de jouer son chef-d’œuvre, les Chants de l’âme avec sa créatrice la soprano Jennifer Smith. » Le dense programme qu’il propose avec les Quatre Impromptus, la Barcarolle, 4 Mazurkas, les Ballades n°1 et 4 ainsi que les Sonates n°2 « Funèbre » et n°3 en si mineur de Chopin ne laissera personne indifférent tant le Polonais, atteint comme lui du désir d’absolu, lui est consubstantiel. Il faut découvrir sans tarder ce pianiste humble et secret si peu sensible aux sirènes de la carrière mais dont l’art quintessencié intense et passionné plonge sans aucune concession au plus profond de la musique pure.

Michel Le Naour

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