Portraits - Piano

Murray Perahia histoires de piano

Murray Perahia
© Felix Broede Murray Perahia remporte le prestigieux concours de Leeds en 1972. Il est par ailleurs le premier chef invité de l'Academy St Martin in the Fields.
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Poète du clavier, Murray Perahia est un fidèle de la série Piano ****. Il offre pour son premier récital à la Philharmonie de Paris un programme avec les compositeurs qui lui sont chers (Bach, Beethoven, Chopin) mais également quelques surprises.

Il y a quelques mois, la maison de disques Sony faisait paraître un coffret de près de 70 CD intitulé « Murray Perahia: The first 40 years ». Manière de témoigner de l'héritage discographique considérable du pianiste américain mais également d'ouvrir en grand les portes d'une carrière en perpétuelle recherche. Ainsi du Prélude, Choral et Fugue que Murray Perahia jouera pour la première fois à Paris lors de son récital le 8 juin : « Cette pièce de Franck m'a toujours intrigué. Je l'ai jouée pour la première fois il y a vingt-cinq ans, mais je n'en étais pas du tout satisfait. Le problème venait du fait que je n'arrivais pas à trouver mon chemin à l'intérieur des trois pièces car le Choral et la Fugue semblaient dire des choses exactement contraires. Je me suis donc penché sur la partition durant plusieurs mois. La solution est venue lorsque j'ai compris que le Choral était religieux et que la Fugue était une illustration musicale de la souffrance humaine. C'est donc la première saison où je joue le Prélude, Choral et Fugue de Franck ! »

Il faut voir dans cette approche fiévreuse une conviction profondément ancrée chez Perahia. La musique possède un message qui touche à l'essence même de l'humanité: « Il est très important de raconter une histoire quand on joue. Une histoire n'est pas seulement faite de mots, elle est faite de couleurs et de voix qui s'entremêlent. Je pense cependant que les métaphores aident. Par exemple, ma perception de la Sonate « Clair de Lune » de Beethoven a beaucoup changé depuis que j'ai lu un article où l'auteur raconte que Beethoven aurait en réalité imaginé une allégorie d'amoureux malheureux, comme Roméo et Juliette, contraints d'aller vers une île uniquement baignée par la lumière de la lune. Là, bercés par le son de la harpe éolienne, ils échangeraient leurs chagrins et leur douleur se transformerait en musique... »

De même, Perahia traque les partitions originales pour établir des liens entre des compositeurs qu'on n'associe généralement pas ou peu : « Je jouerai également Chopin. Je sais qu'il n'a pas toujours été tendre avec Beethoven, mais je crois en réalité qu'il était obsédé par ce dernier ! Le premier mouvement de la Sonate « Clair de Lune » est, pour moi, le premier nocturne jamais écrit par Chopin à cause de l'usage de la pédale et de sa dimension de lamentation. De même, on sait que sa Fantaisie- Impromptu a été calée note pour note sur le troisième mouvement de la Sonate Clair de Lune ! ».

Passionnant Murray Perahia qui raconte enfin comment Haydn a tenté dans ses Variations Hob.XVII:6 d'évoquer le jeu de Mozart au piano. Et quand on lui demande s'il compte continuer dans les quarante prochaines années, il répond d'un ton amusé: « Jouer le Clavier bien tempéré de Bach et l'ensemble des Sonates de Beethoven serait mon rêve. Mais je ne pourrais pas non plus vivre sans les concertos de Mozart. Il y a tant à faire ! »

Laurent Vilarem