Portraits - Piano

Mūza Rubackyté Le piano balte

Mūza Rubackyté
Née à Kaunas, formée au Conservatoire de Moscou, Mūza Rubackytė est notamment célébrée dans la musique de Liszt.
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En lien avec les expositions qui se tiennent actuellement aux Invalides et au Musée d’Orsay, la pianiste lituanienne Mūza Rubackytė se produit à Paris dans deux programmes rares et inventifs.

Energie à revendre et curiosité insatiable, Mūza Rubackytė a longtemps choisi la France comme port d’attache après son départ de l’Union Soviétique en 1989. Elle vit désormais entre Genève, Paris et Vilnius où elle vient de commémorer musicalement le Centième anniversaire de l’indépendance des Pays Baltes : « Mon pays d’origine, la Lituanie, occupe une grande place dans mon cœur. Ma mère y vit toujours et j’ai été nommée Ambassadrice culturelle de Vilnius. J’y ai créé un festival au nom prédestiné, “Voyageurs” qui se tient tous les deux ans et a fêté en novembre 2017 sa sixième édition. J’y invite de jeunes artistes rencontrés dans les concours internationaux et en lesquels je crois. » Entre ses concerts sur les cinq continents, les master class, les jurys de concours, elle trouve encore le temps d’écrire son autobiographie qui paraîtra bientôt en français. Reconnue comme une spécialiste de Liszt (elle remporta en 1981 le Concours Liszt-Bartók à Budapest), elle manifeste également un intérêt constant aux répertoires les moins fréquentés (comme par exemple l’œuvre pour clavier de Vierne qu’elle a enregistrée), et ses deux concerts parisiens ne dérogent pas à la règle : « C’est une aubaine de pouvoir jouer dans des lieux d’histoire. Le Musée de l’Armée organise une exposition sur “Napoléon stratège” et m’a demandé d’interpréter des œuvres illustrant cette époque, et le Musée d’Orsay m’a proposé un récital soliste dans le cadre de l’exposition consacrée au symbolisme dans les Pays Baltes. » Aux Invalides, elle se produira avec le Quatuor Mettis, une jeune formation lituanienne remarquée pour son Second Prix au Concours de Quatuor de Bordeaux en 2016 : « Outre le Quatuor de Čiurlionis et “L’Alouette” de Haydn qu’ils donneront ensemble, je serai en leur compagnie pour une version du Concerto n° 4 de Beethoven arrangée par lui pour piano et quintette à cordes (avec un alto supplémentaire) et retrouvée il y a une vingtaine d’années. On éprouve un sentiment différent que celui ressenti en présence d’un orchestre symphonique ; l’atmosphère y est plus proche du Quintette La Truite de Schubert par la délicatesse du dialogue entretenu avec les cordes et j’ai choisi volontairement les deux cadences de Wilhelm Kempff, moins amples que celles originellement écrites par le compositeur. Quant à Malédiction de Liszt, c’est une œuvre étrange et inconfortable pour les doigts qui sera exécutée dans une adaptation pour piano et quintette à cordes avec contrebasse ; il s’en dégage une atmosphère foncièrement hongroise et un climat sombre bien plus moderne que celui de ses deux concertos pour clavier. Au Musée d’Orsay, le récital mettra l’accent sur des pages pour piano seul de musiciens baltes. Se succéderont des pièces de mon compatriote Mikalojus Konstantinas Čiurlionis (également peintre célèbre dont certaines œuvres sont exposées sur les cimaises du Musée), puis celles du letton Jāzeps Vitols qui reçut l’enseignement de Rimski-Korsakov, de l’estonien Heino Eller (mort en 1970) qui fut le professeur d’Arvo Pärt, et pour conclure 4 Études et la Valse op. 38 de Scriabine. » Que de découvertes musicales en perspective !

Michel Le Naour