Portraits - Vents

Raphaël Sévère À pleins poumons

Raphaël Sévère
© Matt Dine Né en 1994, Raphaël Sévère est l'un des rares clarinettistes de sa génération à faire une carrière soliste.
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À 21 ans, gloire montante de l’école française de clarinette, auréolé de prix internationaux et Révélation soliste instrumental aux Victoires de la Musique classique 2009, Raphaël Sévère s’impose comme l’un des instrumentistes-phares de sa génération.

Empathique, Raphaël Sévère flirte avec les nuages : les fées se sont penchées sur le berceau de ce prodige pour qui la musique semble chevillée au corps. Il vient de rentrer d’une tournée de trois semaines aux États-Unis, un pays qui l’a fait sien depuis sa victoire au prestigieux Young Concerts Artists de New York en 2013.

Détenteur de cinq concours internationaux, il entretient une relation naturelle avec la clarinette depuis sa plus tendre enfance, mais il a fallu convaincre ses parents : « Je suis né à Rennes d’un père clarinettiste qui enseigne au Conservatoire de Nantes et d’une mère pianiste d’origine hongroise. Mon père ne tenait pas à ce que j’apprenne son instrument ; j’ai donc commencé par le violon, le violoncelle et le piano qui, en réalité, ne correspondaient pas à mon désir. De guerre lasse, on m’a laissé à 9 ans me familiariser avec la clarinette qui, d’emblée, m’est apparue comme une évidence. Dès que l’ai eue en mains, j’ai senti instinctivement que nous étions faits l’un pour l’autre sur le plan morphologique. »

Au bout de deux ans de pratique, lors d’un stage avec son père à Amboise, il rencontre un hautboïste chinois membre du Macao Youth Symphony Orchestra qui l’invite à venir jouer chez lui : « La chance m’a souri très tôt. À Macao, j’ai interprété le célèbre Concerto pour clarinette de Mozart pour le 250e anniversaire de la naissance du compositeur et suis même passé à la télévision ; puis j’ai remporté le Concours de Tokyo avant d’entrer au CNSM de Paris à 14 ans. » Dès lors, tout s’enchaîne et se présente sous les meilleurs auspices : « Avec ma mère, j’ai enregistré mon premier disque autour de la musique française puis un autre avec des œuvres du xxe siècle qui a été remarqué par la critique. Toutefois, c’est le CD des Trios et Sonates de Brahms gravés en 2014 chez Mirare avec le violoncelliste Victor Julien-Laferrière et le pianiste Adam Laloum qui, à notre grande surprise, a remporté tous les suffrages. »

Salle Gaveau, avec le Trio Les Esprits (formé de Victor Julien-Laferrière, Mi-Sa Yang et Adam Laloum), il abordera les grandes œuvres du répertoire de musique de chambre dont le Trio op. 111 de Beethoven et la Sonate pour clarinette et piano op. 120 n° 2 de Brahms : « Ma rencontre avec Victor Julien-Laferrière allait de soi, puisque son père Jérôme, clarinettiste à l’Opéra de Paris et professeur au CNSM, décédé prématurément, était un ami de la famille. Mon agent m’a ensuite mis en contact avec les autres membres du Trio Les Esprits fondé en 2012. » À la fin du mois de décembre, Raphaël Sévère partira en Chine pour une tournée avec l’Ensemble Messiaen. L’avenir s’annonce assurément radieux pour cet artiste à l’étonnante maturité.

Michel Le Naour