Portraits - Voix

Emmanuelle de Negri artiste florissante

Emmanuelle de Negri
Après des études à Nîmes et à Paris, la soprano Emmanuelle de Negri entre dans la troupe du Jardin des Voix des Arts Florissants en 2009.
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Maillon fort de la « famille » Christie, Emmanuelle de Negri revient à l’Opéra Comique entourée de la même équipe qui avait brillé l’année dernière dans Platée, cette fois pour remettre sur le devant de la scène un autre compositeur baroque français : André Campra.

Alors qu’elle vient d’interpréter le rôle de Télaïre dans deux productions très remarquées de Castor et Pollux, Emmanuelle de Negri participe en ce début d’année 2015 à la redécouverte d’une pièce essentielle du répertoire baroque Les Fêtes vénitiennes, rareté musicale aussi légère que divertissante. La jeune femme qui a déjà abordé l’oeuvre d’André Campra par le passé ne tarit pas d’éloges sur cette musique que la postérité a un peu sous-estimée : « C’est un trait d’union dans l’histoire de la musique. Un style typiquement français, mais qui cite la musique italienne de manière parodique. On n’est déjà plus tout à fait du côté d’un Lully mais pas encore chez un Rameau qui a absorbé le style italien. C’est une musique très enlevée, très agréable à chanter. »

Dans cette Venise de carnaval décrite par Campra, la soprano retrouve le canadien Robert Carsen qui l’avait déjà mise en scène l’année dernière dans Platée : « C’est une production très spectaculaire. Il a choisi de garder le folklore que l’on imagine avec les gondoles, les masques sublimes et les robes à corsets, mais de manière très stylisée. » Elle qui s’est rêvée actrice avant de devenir chanteuse « par hasard » admire beaucoup le travail du metteur en scène : « Il a le goût du détail qui fait sens pour que l’image soit la plus efficace possible. Ses mises en scènes sont si précises qu’elles sont presque chorégraphiées. Le couple avec William Christie fonctionne d’ailleurs très bien car ils partagent cette même exigence. »

Pour cette production le maestro américain, à l’origine du projet, a naturellement réuni un plateau de chanteurs familiers du « style Arts Florissants ». Un « vocabulaire Christie » que cette ancienne du Jardin des Voix maîtrise à la perfection : « Il envisage la musique comme un langage, et il fait d’ailleurs travailler tout l’orchestre comme des chanteurs. La tenue, les silences… tout est maitrîsé et il tire ainsi toute l’essence dramatique de la musique. » Mais si elle s’avoue flattée que celui, qu’elle considère comme un Pygmalion, lui renouvèle toujours sa confiance, Emmanuelle de Negri se dit plus prête que jamais à quitter le répertoire baroque : « J’aime ce répertoire depuis toujours, je trouve cette musique pleine de grâce et j’ai une voix qui se prête bien à ces sons droits et à ces ornementations, mais j’ai énormément évolué depuis quelques années. Je me sens prête à chanter les grandes héroïnes mozartiennes ou une Mélisande. Mais cela demande peut-être trop d’imagination aux programmateurs de me voir dans un autre répertoire… »

Pleine d’enthousiasme à la perspective de chanter sa première Susanne l’année prochaine, la soprano sent que des choses vont se passer dans les années qui viennent, mais évidemment jamais loin d’une scène d’opéra : « J’ai une fascination pour cet instant T entre le public et l’interprète, cette situation de représentation. Ce moment, où on est là tout en s’oubliant, reste magique. »

Albina Belabiod