Portraits - Voix

Stanislas de Barbeyrac Nouvel horizon

Stanislas de Barbeyrac
Stanislas de Barbeyrac commença le chant chez les Petits Chanteurs de Bordeaux.
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Révélation du chant français, Stanislas de Barbeyrac mène une carrière toujours plus florissante, remportant l’adhésion totale du public par la puissance et la souplesse de sa voix, et par une authenticité évidente dans l’incarnation de ses personnages. Il aborde ce mois-ci le rôle de Gonzalve dans l’Heure espagnole de Ravel.

Si la beauté naturelle et l’ampleur de la voix de Stanislas de Barbeyrac peuvent donner à penser qu’il était prédestiné à ce métier, le ténor nuance cette idée : « Le goût du chant lyrique m’est venu complètement par hasard, parce qu’au départ je ne voulais pas du tout en faire mon métier, c’était un passe-temps. Je ne connaissais pas du tout l’opéra, j’aimais la musique polyphonique et la musique sacrée. Quand je suis rentré en classe de chant au conservatoire de Bordeaux j’ai eu alors un coup de foudre. A ma première heure de cours j’étais très surpris de ce qu’on me faisait faire, je n’avais pas du tout l’habitude de chanter de cette manière, avec cette puissance et cette conscience du corps. » Seulement deux ans après ses premiers pas, le ténor intègre l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris, une expérience marquante : « Les deux années que j’ai passé là-bas ont été très formatrices, d’autant plus que je n’avais pas d’expérience. On avait énormément de coaching, de concerts, et j’assistais aussi aux répétitions et aux spectacles de l’Opéra de Paris pour regarder comment travaillaient les solistes. Il y avait beaucoup de choses à prendre, mais aussi des choses à laisser : chaque chanteur a son identité vocale et il ne faut pas tout absorber sous prétexte qu’on est à l’Opéra de Paris. »

Si aujourd’hui les conditions d’entrée dans le métier sont de plus en plus difficiles et la compétition de plus en plus forte, le chanteur reste optimiste sur la situation : « Le contexte économique a beaucoup évolué bien sûr, et l’étau se resserre, mais je crois malgré tout qu’il y a de la place pour tout le monde, il faut simplement faire son trou. Avant d’avoir des premiers rôles, j’ai chanté dans une foule de petits projets un peu partout, j’ai fait beaucoup de chœurs supplémentaires pour découvrir le métier, j’ai aussi passé plein de concours pour me faire entendre, avoir des avis, rencontrer des professionnels. »

Pourtant, très peu de temps après avoir commencé à chanter, Stanislas de Barbyerac put voir sa carrière se développer à une vitesse fulgurante. Être jeté dans le métier si rapidement réserve bien sûr des surprises : « Je ne m’attendais pas du tout au mode de vie qu’on a, parce qu’on ne nous l’apprend pas. Bien entendu les chanteurs sont tous différents les uns des autres, moi je suis plutôt adepte de vivre comme un moine quand je suis en production parce que je sais que ma voix me le demande. Mais il faut surtout apprendre à gérer la solitude. Se déplacer avec sa famille est compliqué, coûteux, et ma femme et mes enfants ont une vie eux aussi, donc on ne le fait pas. Il faut aussi gérer le paramètre humain sur les productions, il y a des caractères très exacerbés dans ce métier. » 

Un vent de légèreté

LHeure espagnole est un répertoire relativement nouveau pour le chanteur, habitué aux rôles plus dramatiques : « Je n’avais jamais pensé qu’on me proposerait ce type de rôle un jour. L’écriture est génialissime, je trouve très moderne la façon dont le texte est traité, il y a une vraie gouaille. Gonzalve a, cela dit, des lignes très lyriques et j’ai beaucoup de plaisir à les chanter. C’est un poète un peu naïf, un peu raté, qui essaie de faire des belles rimes. J’ai hâte de travailler avec le metteur en scène Laurent Pelly pour chercher à être à la fois drôle et juste. Même si le personnage est caricatural, je pense qu’il a un vrai amour pour Concepcion. » Le répertoire léger est pourtant loin d’être plus facile à chanter que le répertoire dramatique, et Stanislas de Barbeyrac y voit un travail technique intéressant : « Il faut trouver un point d’équilibre entre la qualité du texte et le lyrisme vocal. Je dois trouver aussi la couleur de Gonzalve, qui est peut-être un peu plus légère que ma nature vocale. »

Cette production de l’Heure espagnole semble donc ravir le ténor, et lui donner de nouvelles envies pour l’avenir : « Je voudrais faire plus de rôles comiques. Dans une veine un peu similaire, même si ce n’est pas du comique pur, j’aimerais beaucoup chanter Nemorino dans L’Elisir d’amor de Donizetti. Si les rôles dramatiques, sérieux, me plaisent et correspondent à ma nature, aller dans le sens inverse de temps en temps me fait beaucoup de bien. Par ailleurs je découvre de plus en plus la musique du xxe siècle qui me plait énormément et je pense qu’elle est aussi l’avenir de mon répertoire. J’ai abordé Pelléas cette année qui fut une grande révélation pour moi. » Et les projets ne manquent pas pour les mois et les années qui viennent : « Je vais chanter La Flûte enchantée à Aix cet été et puis à Amsterdam, une reprise de Pelléas et Mélisande au Japon, une Traviata en Allemagne en décembre prochain… Je vais aussi faire mes premiers pas à New-York avec Don Giovanni. Il y a beaucoup de rôles que j’aimerais aborder plus tard comme Don José dans Carmen ou Werther. Lohengrin est aussi un rêve fou. Je pourrai le faire quand j’aurais 40 ans peut-être ! Mais je ne prends jamais de risques inconsidérés. Il est difficile parfois de savoir à l’avance, quand on nous propose un rôle à chanter dans 3 ou 4 ans, si on sera prêt ou non vocalement. J’essaie de suivre mon instinct, mon ressenti. » Une stratégie qui a payé jusque-là !

Élise Guignard

CD

  • Schubert : Nacht Und Träume

    Schubert : Nacht Und Träume

    Lieder avec orchestre. Accentus, Insula Orchestra. Dir. : Laurence Equilbey. Stanislas de Barbeyrac, ténor ; Wiebke Lehmkuhl, contralto. 1 CD Erato