Portraits - Chef

Eduardo Egüez Ferveur andine

Eduardo Egüez
Né à Buenos Aires et invité par les plus grands ensembles européens, Eduardo Egüez est un spécialiste aussi bien de la tradition sud-américaine que du répertoire baroque.
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Luthiste, théorbiste et guitariste, Eduardo Egüez est l’un des musiciens argentins les plus passionnants d’aujourd’hui. Il illumine aussi bien la musique baroque que la musique folklorique de son pays, mariant même les deux dans des programmes hauts en couleur.

Pour le Festival de Paris qui a lancé sa nouvelle édition au mois d’octobre, Eduardo Egüez dirige La Chimera et le Chœur Mélanges à l’Église Saint-Germain-des-prés. Tous ensemble ils donnent un programme que le musicien argentin connaît sur le bout des doigts : sa Misa de Indios, qui a fait l’objet d’un enregistrement discographique particulièrement acclamé. Il s’agit d’une messe qu’il a conçue lui-même autour d’une œuvre phare du répertoire sud-américain, la Misa Criolla composée par Ariel Ramirez : « C’est le flûtiste et chanteur Luis Rigou, très cher ami argentin de longue date, qui m’a un jour donné l’idée de faire la Misa Criolla d’Ariel Ramirez avec La Chimera. J’ai été très enthousiasmé par cette idée, mais l’œuvre ne fait que 25 minutes de musique et il fallait donc compléter avec autre chose pour en faire un programme de concert. J’ai alors inventé cette « Misa de Indios » en complétant la Misa Criolla avec des pièces issues de répertoires divers, notamment de la musique sacrée baroque sud-américaine, des pièces du baroque colonial, certaines tirées du Codex Martínez Compañón, et des compositions que j’ai faites. La Misa Criolla elle-même est jouée d’une seule traite à la fin de cette Misa de Indios. » 

Un succès indétronable

Avec plus de 70 concerts et plus de 10 000 albums vendus, la Misa de Indios est pour Eduardo Egüez un projet qui apporte toujours autant de bonheur, aussi bien au public qu’à ses musiciens et à lui-même : « La Misa Criolla est une œuvre incontournable pour un Argentin comme moi. Ariel Ramirez l’a composée quand j’étais enfant, et ce fut un succès hallucinant à cette époque. L’œuvre a fait le tour du monde dans les années 1960 et 1970, avec des millions de disques vendus. C’est une œuvre qui a marqué la génération de mes parents mais aussi la mienne. J’y suis très attaché et la jouer m’apporte toujours autant de bonheur même après des dizaines et des dizaines de concerts ». Le rapport au sacré nourrit également l’interprétation de cette messe : « Que l’on soit croyant ou non, il y a dans cette œuvre une sacralité qui inspire un profond respect. La force spirituelle est importante, et elle nous met en contact avec des sentiments particuliers différents de ceux qu’on a en musique profane, aussi bien pour les musiciens athées que les musiciens attachés à une religion ou une autre. » La particularité de l’œuvre vient surtout du riche mélange des genres dont elle est constituée : « La Misa Criolla est une œuvre de fusion, ce qui s’explique par les origines mêmes de son compositeur. Ariel Ramirez était un pianiste classique, mais très attaché au répertoire folklorique argentin. Dans la Misa on trouve des éléments typiques des folklores du nord et du sud de l’Argentine. »

L’œuvre est composée de cinq parties habituelles de la liturgie catholique, musicalement très différentes les unes des autres, qui mettent en valeur les traditions de différentes régions : « On trouve un rythme vidala dans le kyrie, qui est typique du nord de l’Argentine, le Gloria est quant à lui un carnavalito avec un rythme très gai qui vient de la même région, on a ensuite une chacarera dans le Credo qui est typique de Santiago, le Sanctus est lui aussi inspiré du folklore du nord, et pour finir l’Agnus Dei avec son « estilo pampeano » vient de Buenos Aires, c’est-à-dire de ce qu’on appelle le folklore du sud. » Mais Eduardo Egüez a également apporté sa touche personnelle à la partition : « La partition de la Misa ne donne que les parties vocales, et donc la partie instrumentale est un arrangement que j’ai fait. Il faut obligatoirement faire un arrangement si l’on veut jouer cette œuvre avec instruments. J’y ai apporté une teinte baroque car on entend des harmonies anciennes dans la partition malgré la période de composition. J’ai écrit une basse continue et choisi de mélanger des instruments baroques à des instruments folkloriques des Andes. » Le programme qu’on pourra entendre au Festival de Paris sera donc passionnant par ses métissages, croisant à la fois les cultures et les époques. Bien que les temps soient difficiles, Eduardo Egüez se réjouit également des nombreux autres projets de La Chimera en préparation pour les mois à venir : « Nous avons plus de projets que jamais, notamment discographiques, ce qui tombe mal avec la situation actuelle. Nous allons donner en première à Gaveau un programme Bach et Piazzolla intitulé « Fuga y misterio » aux côtés du percussionniste Simone Rubino, qui a déjà joué avec les plus grands orchestres alors qu’il est très jeune. Je le trouve vraiment incroyable. Nous avons également un programme autour de John Dowland qu’on a appelé « Lachrimae », avec le ténor Zachary Wilder, dont le disque sort l’année prochaine. C’est aussi l’année prochaine que sort le programme Parana, qui tire son nom du fleuve, et dont j’ai écrit tous les arrangements. Malgré la pandémie La Chimera reste donc dans une belle dynamique ! » Et on leur souhaite beaucoup de réussite pour la suite !

Élise Guignard

CD

  • Misa de Indios - Misa Criola

    Misa de Indios - Misa Criola

    Luis Rigou, Bárbara Kusa, Coral de Pamplona. La Chimera, Eduardo Egüez. 1CD La Música
  • Gracias a la Vida

    Gracias a la Vida

    Bárbara Kusa, Mariana Rewersik, Luis Rigou. La Chimera, Eduardo Egüez. 1CD La Música
  • Ay Fortuna Cruel

    Ay Fortuna Cruel

    Bárbara Kusa, Eduardo Egüez. 1CD La Música