Portraits - Chef

Leonardo García Alarcón

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Après l’aventure des indes galantes à bastille qui enflamma le milieu musical parisien, Leonardo García Alarcón vient d’entamer sa résidence à la maison de 
la radio. Entre direction, orgue et clavecin, le chef argentin déploiera toute sa palette d’artiste.

S’il y a bien un événement que les mélomanes parisiens n’ont pu manquer cet automne, c’est bien la nouvelle production des Indes Galantes. Le projet a suscité aussi bien un triomphe du public qu’un raz-de-marée médiatique, les critiques se déchirant entre apologie et désapprobation de la production : « C’est un succès immense auprès du public, comme il y en a peu eu à Bastille. Chaque soir, nous avons vu 2 700 personnes se lever pour nous applaudir à tout rompre. La production a suscité une effervescence immense, une énergie incroyable, et c’est le plus important pour moi. Les critiques et nous-même n’avons pas toujours compris ce qu’il se passait. » Il faut dire que les innovations n’étaient pas des moindres. Pour la première fois, on a pu entendre un opéra baroque sur instruments anciens dans l’immense salle de Bastille, la Cappella Mediterranea pouvant se féliciter d’avoir été le premier ensemble à réaliser ce challenge : « Le plus grand défi était de faire entrer la musique ancienne à Bastille. Et à ce niveau-là, les Indes galantes ont été un pari gagné, que personne n’a remis en cause d’ailleurs. » La mise en scène de Clément Cogitore a pu également en ébouriffer plus d’un, les scènes de l’opéra ayant été transposées dans une cité de banlieue, avec pour costumes des joggings et pour ballets des numéros de krump, voguing et autres danses de rue : « J’ai adoré la collaboration avec Clément Cogitore. Ce fut une aventure extraordinaire car nous avons vu Rameau ressusciter dans cette vision moderne des Indes galantes. Sa musique s’incarne de manière très cohérente dans les corps de ces danseurs d’aujourd’hui. Cela montre bien qu’il est un compositeur universel et intemporel. » Un choix qui a divisé les esprits mais que le chef assume pleinement : « Je pense que lorsque l’on est un musicien classique, jouant de la musique écrite par des compositeurs morts depuis des lustres, il faut avoir conscience qu’on fait de la science-fiction. On aura beau lire tous les traités du monde, il est impossible de jouer leur musique comme eux la jouaient car nous n’avons pas été témoins de cette époque. Ce qui est merveilleux en revanche c’est de faire revivre cette musique dans le monde d’aujourd’hui comme nous l’avons fait. »

Nouvelle résidence

Après cette production qui sans nul doute marquera pour longtemps les esprits, Leonardo García Alarcón continue sa passionnante route musicale, initiant notamment sa résidence à la Maison de la Radio : « Je connais cette salle et son orgue car j’y ai déjà donné un programme de musique catalane et un programme Händel avec l’Orchestre Philharmonique de la Maison de la Radio. Je l’aime beaucoup car même si elle est grande, son excellente acoustique permet de faire de la musique intimiste. » Le 23 octobre on a pu entendre le musicien dans un programme intitulé « Canto all’improviso ». Mêlant pièces vocales et musique pour orgue, le concert s’est articulé autour d’improvisations : « Je trouve passionnant de se mettre dans la peau des compositeurs qui à leur époque, improvisaient beaucoup eux-mêmes. L’improvisation était un procédé très courant, qui faisait partie de la pratique musicale. » Changeant de casquette, l’organiste redeviendra chef d’orchestre pour le concert suivant, que l’on pourra entendre ce mois-ci. Il s’agit d’une Messe en si Bach, un chef-d’œuvre absolu qui a des résonances particulières pour Leonardo García Alarcón : « Pour moi il s’agit de la plus grande œuvre de l’histoire de la musique ! Elle fait partie de mon histoire personnelle car j’écoutais Bach sur les cassettes de ma grand-mère. Ce compositeur représente mon enfance en Argentine, et c’est en écoutant sa musique que j’ai su très jeune que j’allais devenir musicien. La Messe en si est d’une richesse infinie, comme les Passions. Je l’ai très peu dirigée jusqu’à présent, car pendant longtemps je n’acceptais pas de le faire, cette œuvre faisant trop partie de mon intimité. Je pense que le temps est venu pour moi de l’offrir au public. » 

Approcher un soleil

Cette nouvelle collaboration avec le Chœur et l’Orchestre Philharmonique de Radio France réjouit d’avance le chef argentin : « Je n’ai pas encore rencontré le chœur mais j’ai vraiment hâte, et l’Orchestre Philharmonique de Radio France est un orchestre magnifique. Cette collaboration est exaltante. Contrairement au travail que l’on doit faire dans le répertoire symphonique où l’on façonne la masse orchestrale, il faut ici ciseler tout le contre-point. C’est presque le travail inverse. Chaque ligne doit être distincte pour rendre la musique de Bach lisible par l’auditeur. On doit chercher des timbres clairs et brillants. Pour le chœur, on doit trouver des dynamiques contrastées entre les différentes lignes chantées. Il faut aussi se pencher sur la question du vibrato, non pas pour le supprimer, mais pour l’utiliser à bon escient. » Avec enthousiasme, le chef précise les enjeux principaux sur lesquels se concentrer pour bien jouer Bach : « Bach est un tel génie qu’il faut savoir l’approcher comme on approcherait un soleil : pas trop près pour ne pas se brûler. Sa musique est extrêmement complexe. Il faut avant tout rendre lisible le mélange de genres sur lequel il joue. Souvent Bach mêle plusieurs styles, par exemple, dans le Credo de la Messe en si, du chant grégorien avec une basse typique de la musique profane dans le style de Corelli. Il faut savoir identifier les différentes strates de sa musique, qui sont la source de sa richesse. Aujourd’hui, si l’on entend une chanson pop superposée à du rap, on distingue sans difficulté cette superposition. À l’époque de Bach c’était aussi simple que cela, et on doit essayer de faire sentir au public d’aujourd’hui ces subtilités qu’il ne perçoit plus. » Des explications qui promettent d’ores et déjà un concert sublime. La résidence du chef à Radio France se poursuivra ensuite en 2020, avec d’autres dates à ne pas manquer. En janvier, il dirigera notamment la Maitrise de Radio-France pour le Codex Martinez Compañon. En juin, il mettra des concertos de Bach à l’honneur. À vos agendas !

 

Élise Guignard

Du Tac au Tac

  • Quel aurait été votre métier si vous n’étiez pas musicien ?

    Paléontologue
  • Quel compositeur auriez-vous aimé rencontrer ?

    Johann Sebastian Bach
  • Quelle est l’œuvre dont vous ne vous lassez jamais ?

    L’Art de la fugue de Bach
  • Quelle est la qualité que vous appréciez le plus chez un musicien ?

    L’imagination
  • Quel est votre livre préféré ?

    Don Quichotte de Cervantes
  • À quelle époque auriez-vous aimé vivre ?

    À mon époque !
  • Quel est votre plus grand rêve ?

    Composer un opéra

3 CD

  • Jean-Baptiste Lully - Motets

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    Chœur de chambre de Namur, Millenium Orchestra. 1 CD Alpha
  • Claudio Monteverdi - Lettera Amorosa

    Claudio Monteverdi - Lettera Amorosa

    Mariana Flores, soprano. Cappella Mediterranea. 1 CD Ricercar
  • Alessandro Scarlatti - Passio Secundum Johannem

    Alessandro Scarlatti - Passio Secundum Johannem

    Chœur de chambre de Namur, Millenium. Giuseppina Bridelli, soprano. 1 CD Ricercar