Portraits - Chef

Pasdeloup les Concerts Populaires

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Le 27 octobre 1861, Jules Pasdeloup bouleversait le monde musical en offrant des concerts à bas prix à un public habituellement exclu des cercles musicaux. Il installa ses concerts populaires au cirque d’hiver, situé sur les grands boulevards alors plus connus pour leurs carnavals échevelés que pour leurs liens avec « la grande musique ».

L’Orchestre Pasdeloup suit le chemin tracé par son fondateur, comme le rappelle Marianne Rivière, Présidente de l’Orchestre : « Jules Pasdeloup a fait jubiler des dizaines de milliers de personnes au Cirque d’Hiver et Hector Berlioz lui-même a fait part de son exaltation devant la ferveur qui se dégageait de ce public. Presque deux cents ans plus tard, nous proposons toujours une saison symphonique accessible au plus grand nombre, accueillant à la Philharmonie des milliers de personnes dans la lignée des Concerts Populaires ». La Philharmonie a véritablement insufflé un surcroît d’énergie à une formation à la vitalité pourtant proverbiale : « Remplir cette salle immense est un défi mais nous jouons systématiquement à guichet fermé depuis son ouverture en 2015. Nous avons énormément ouvert notre public, qui est devenu très diversifié depuis notre installation à la Philharmonie. Cette dernière, il faut le répéter, a réussi à attirer beaucoup plus de jeunes, de familles, une audience qui vient de partout en Île-de-France ». Les autres salles recevant l’Orchestre Pasdeloup – Salle Gaveau ou La Seine Musicale – connaissent cependant une affluence tout aussi nombreuse.

Pour Marianne Rivière, le secret de cette réussite exemplaire n’en est pas vraiment un : « Notre première motivation est notre amour pour notre public. Ce public est celui des amoureux de l’orchestre symphonique mais il n’est évidemment pas uniforme, surtout depuis 2015. Nous aimons jouer le week-end, en après-midi, car il s’agit d’un moment où les gens ont le temps de venir aux concerts. Nous prenons soin de rendre non seulement ces concerts mais aussi les répétitions accessibles à un public venant des quartiers défavorisés, avec notamment des jeunes qui n’ont pas l’habitude de franchir les portes des salles de concert ».

L’ouverture à un auditoire toujours plus protéiforme trouve son pendant dans le vaste éventail des répertoires favorisés par Pasdeloup : « Nous avons envie de partager avec lui de nombreuses découvertes et nous sommes vraiment lassés d’entendre dire, à gauche et à droite, que le public n’aime que les sempiternels cinq grands tubes du répertoire symphonique. Ce n’est pas vrai. Notre public est très curieux et nous accorde une grande confiance, mais il ne faut évidemment pas le conduire n’importe où ». 

L’Orchestre Pasdeloup est le plus ancien orchestre associatif de France et ses membres président aux destinées, notamment artistiques, de leur formation : « Les membres de Pasdeloup sont en charge de leur orchestre : nous sommes 9 musiciens élus au conseil d’administration et je suis moi-même une Présidente élue. Au sein du conseil, ce sont des artistes qui échangent avec d’autres artistes, ce qui nous vaut un vrai brassage d’idées. Des propositions sont faites, qui font ensuite l’objet d’une décision collégiale. Nous sommes habités par beaucoup d’enthousiasme et par un fort esprit d’innovation. ».

La diversité n’est pas un vain mot chez les Pasdeloup : « Nous jouons cette saison la Sym- phonie n° 1 « Titan » de Mahler avec un énorme orchestre ; nous proposons aussi le grand répertoire avec la Symphonie « Du Nouveau Monde » de Dvořák ou Les Tableaux d’une exposition de Moussorgski/Ravel. Mais nous passons également par des projets particuliers, avec des artistes qui ont un répertoire spécifique : Patrick Ayrton, spécialiste du baroque, dans les Quatre Saisons de Vivaldi qu’il a entièrement revisitées, ou Gilles Apap pour un concerto de Mozart mais avec des cadences venant du monde entier. Nous accueillons aussi un orchestre de jazz avec Franck Tortiller nous faisant voyager de Paris et Berlin à Broadway. L’acteur Jacques Gamblin sera le récitant d’un grand concert autour de Picasso. L’innovation est inscrite dans les gènes de l’orchestre : n’oublions pas que Carmen de Bizet a été dédiée à Jules Pasdeloup ». 

Autre objet de fierté, l’égalité homme-femme est une réalité chez Pasdeloup : « Nous menons une politique en ce sens depuis des années. Les choses sont en fait faciles car il y a maintenant beaucoup de cheffes talentueuses, et le public éprouve un grand désir de les voir diriger. Nous prenons soin de ne pas les cantonner à des répertoires spécifiques et leur confions le grand répertoire : Marzena Diakun a ainsi dirigé les Tableaux d’une exposition en ouverture de saison, Elena Schwarz va diriger en décembre la Symphonie n° 3 de Beethoven et Chloé Dufresne Roméo et Juliette et le Concerto pour violon de Tchaïkovski. Je ne parle même pas des nombreuses femmes violonistes, pianistes ou violoncellistes avec lesquelles nous collaborons. Cela vaut aussi pour les femmes compositrices, comme Elzbieta Sikora dont la musique est remarquable ».

La saison 2019/2020 de l’Orchestre a pour motto « Jubilation ». On ne saurait mieux dire.