Portraits - Cordes

Ophélie Gaillard Vivaldissime !

Ophélie Gaillard
Élève aussi bien de Philippe Muller que de Christophe Coin, Ophélie Gaillard est l’une des rares violoncellistes à pratiquer brillamment la double pratique ancien/moderne.
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Au sein de la très riche école française du violoncelle, Ophélie Gaillard occupe certainement une place à part. Il y a d’abord la maîtrise instrumentale et musicale indiscutée ; il y a aussi une curiosité infinie, qui la pousse à explorer tout le répertoire, des maîtres anciens à ceux du siècle passé et qui l’a incitée à créer pulcinella.

Née en 2005, la formation d’Ophélie Gaillard est fermement inscrite dans la vie musicale française : « Pulcinella est devenu, depuis quelques années maintenant, le Pulcinella Orchestra. Nos recherches et nos expériences multiples en formation de chambre, autour des Bach père et fils, autant que Boccherini ou Haydn, notre travail sur l’école napolitaine et sur l’oratorio händelien, ont façonné notre son, notre articulation, notre sens de la dramaturgie du discours. L’ensemble connaît aussi une évolution permanente car il intègre régulièrement les musiciens de la nouvelle génération, grâce au travail de pédagogue de plusieurs de ses membres – moi-même, Brice Sailly, Francesco Corti, Pablo Valetti, etc. Ce croisement des générations est bénéfique pour chacun et permet une stimulante remise en question ».

En ce mois de mars, c’est avec le Pulcinella Orchestra qu’Ophélie Gaillard crée l’événement, avec notamment la parution d’un nouvel album chez Aparté répondant au titre si poétique de I colori dell’ombra et consacré à une passion de toujours, la musique d’Antonio Vivaldi : « Je fréquente assidûment la musique du Prêtre Roux depuis l’âge de 10 ans ! Et l’opus inaugural de Pulcinella a été une intégrale de ses sonates. Son œuvre instrumentale aussi bien que vocale, sacrée et profane, est aux programmes de nos concerts très régulièrement depuis bientôt 15 ans. J’aime sa joie de vivre, l’irrésistible virtuosité, la générosité, une sensation délicieuse que ma cheville se met en mouvement de façon irrépressible. J’aime aussi son sens du théâtre, sa vocalité comme une évidence, cette façon de dire des choses si profondes avec tant de simplicité et de légèreté, la grâce d’une ligne mélodique, la spiritualité très charnelle de certains mouvements lents, son amour évident de la matière sonore ». Croyez bien que cette passion pour Vivaldi transparaît dans la moindre note de cette nouveauté discographique et le concert du 19 mars au Musée de l’Armée s’en fera le brillant écho.

Soliste aussi souveraine dans Vivaldi ou Boccherini que dans Britten ou Piazzolla, Ophélie Gaillard milite avec ardeur pour une « réunion des goûts » : « Pour notre dernier enregistrement, j’ai travaillé au plus près des sources, et surtout des pratiques historiques en terme d’ornementation, de technique, de style, notamment avec le musicologue Olivier Fourès. Mais pour autant, je me demande bien qui, aujourd’hui, pourrait se targuer de jouer de façon “purement” et “absolument authentique” en plein xxie siècle. Je pense que la fracture entre “ancien” et “moderne” est trop binaire, totalement artificielle et caduque. Je milite en tant que musicienne et en tant que pédagogue pour une pratique décloisonnée, éclairée, comme se doivent de l’être des artistes inspirés par l’esprit de Renaissance. Mais ces apprentissages multiples prennent du temps, cette maîtrise des outils demande de l’humilité et s’accommode mal du fast-food ambiant ! »

Nulle parole creuse : Ophélie Gaillard s’applique, avec un succès constant, à éviter toute routine trop confortable.

 

Yutha Tep