Portraits - Cordes

Sergey Khachatryan L’exigence

Sergey Khachatryan
Né en 1985, le violoniste Sergey Khachatryan a réussi l’exploit de remporter le Concours Sibelius à l’âge de quinze ans puis le non moins prestigieux Concours Reine Elisabeth de Bruxelles à vingt ans.
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Dire qu’on avait perdu de vue le prodigieux violoniste d’origine arménienne serait aller un peu vite en besogne : Sergey Khachatryan mûrissait, depuis francfort où il habite, un art à nul autre pareil. Musicien propulsé dès son plus jeune âge sous les feux des projecteurs, le violoniste a préféré garder une hygiène de vie et une conscience musicale scrupuleuses afin de déployer ses interprétations incandescentes du répertoire romantique.

Si l’on jette un regard sur l’agenda de Sergey Khachatryan, une évidence s’impose : le violoniste arménien donne peu de concerts. Sa venue à Paris constitue donc un authentique – et formidable – événement : « Cela a toujours été ma manière de fonctionner. C’est évidemment un luxe que de pouvoir donner des concerts avec de très grands orchestres, comme l’Orchestre de Paris. De nos jours, on a tendance à préférer la quantité à la qualité. Je donne beaucoup d’énergie et d’émotion pour chaque concert et je considère qu’un musicien doit avoir une connexion profonde avec la musique, dès lors qu’il se retrouve sur une scène. Lorsque j’interprète une œuvre que j’aime, je ne tiens pas à économiser mes forces lors des premières répétitions. Jouer n’est pas seulement une expérience physique mais l’afflux émotionnel est tel qu’il me faut parfois plusieurs jours pour récupérer. C’est pour cette raison que je ne donne qu’une trentaine de concerts par an, soit deux ou trois fois moins que certains de mes collègues. Mais chacun suit le rythme qui lui convient ». La carrière de Sergey Khachatryan est l’une des plus étonnantes d’aujourd’hui. Lauréats des prestigieux Concours Sibelius et Reine Elisabeth, le violoniste arménien n’a en réalité jamais quitté les sommets : « Les choses se sont enchaînées naturellement. Participer à ces compétitions était pour moi le seul moyen pour espérer rencontrer une reconnaissance internationale. Les prix m’ont rendu plus résistant et exigeant en terme de carrière. Je ne joue aujourd’hui que les œuvres qui me tiennent à cœur ».

 

L’œuvre qu’il donne à Paris possède ainsi une importance toute particulière à ses yeux : « Je suis très heureux de jouer le concerto de Bruch. C’est l’un des premiers concertos que j’ai étudié, avec celui de Mendelssohn, même si ma conception a bien évidemment évolué. On a longtemps parlé de Bruch comme d’un petit Brahms. C’est un concerto très romantique et dramatique. Mon mouvement préféré est le deuxième mouvement où la musique est si passionnée. Le public adore ce concerto, notamment en Angleterre où il est très régulièrement joué ». Quand on lui rétorque que le concerto de Bruch ne jouit pas d’une telle popularité en France, le violoniste répond tout de go : « Si vous aimez Brahms, vous aimerez ce concerto ! ».

 

Quant à l’avenir, Sergey Khachatryan fourmille d’enregistrements : « Je vais enregistrer les sonates de Beethoven avec ma sœur pianiste, Lusine. Mais je souhaite avant tout faire un disque de musique arménienne. Je donne régulièrement des mélodies populaires au moment des bis et le public adore ça. J’estime qu’enregistrer un disque de musique arménienne en 2015 pour l’année du centenaire du génocide arménien est important. J’ai le devoir de partager cette musique avec mon public ». Khachatryan ou l’exigence faite homme.

 

Laurent Vilarem