Portraits - Cordes

Virgil Boutellis-Taft Violon mystique

Virgil Boutellis-Taft
Le violoniste Virgil Boutellis-Taft est très présent à l’international.
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Le violoniste français est acclamé sur les plus grandes scènes du monde pour son jeu intense et virtuose qu’il tire d’un tempérament naturellement passionné. On pourra découvrir ce mois-ci son nouvel album intitulé incantation et aller l’écouter salle gaveau début mars dans une partie du programme enregistré.

On avait déjà pu découvrir Virgil Boutellis-Taft dans un premier album très inspiré, titré Entre Orient & Occident « Je suis sensible à la thématique donnée à un enregistrement. Le titre choisi pour un album lui donne souvent une dimension poétique et j’aime quand un titre est déjà en soi un univers et peut susciter une curiosité et des interrogations. C’est un éclairage proposé, une façon d’aborder une œuvre dans ses correspondances avec d’autres. Cependant, j’ai également des projets d’albums sous forme d’intégrales autour de compositeurs tels que Schumann, Brahms ou encore Bloch… » Pour Incantation, enregistré avec le Royal Philharmonic Orchestra, le programme a été élaboré en accord avec son directeur artistique : « Nous nous sommes très vite entendus sur le choix du répertoire. Il était heureux de ce programme, qu’il qualifie d’attrayant et de « meaningful. » À l’évocation du titre, c’est tout un univers spirituel que l’on peut imaginer : « Les œuvres réunies dans cet album, à la tonalité plutôt solennelle et grave du mode mineur, sont toutes pour moi très émouvantes. Elles ont la force de l’incantation qui enchante les sens, le cœur et l’esprit. Le titre Incantation, au singulier, est un hommage rendu au pouvoir incantatoire de ces œuvres, grâce à leur beauté mélodique, un certain caractère rythmique répétitif, une charge émotionnelle intense et leur ambition spirituelle. » Au programme figurent Saint-Saëns, Vitali, Tchaïkovski ou encore Chausson, avec le Poème pour violon et orchestre op. 25 qui selon Virgil Boutellis-Taft illustre le mieux le sens de l’album : « Chausson a su merveilleusement instiller un envoûtement mélodique et harmonique à ce chant fascinant. Il s’est inspiré de la nouvelle de Tourgueniev Le chant de l’amour triomphant, construite autour d’une mélodie ensorcelante, jouée sur un violon oriental, qui, par sa beauté et son pouvoir magique, devient l’amour même et féconde la femme aimée. » Le thème de l’incantation laisse s’ouvrir également les portes du style rhapsodique : « L’incantation, tout comme la déclamation, est aussi l’art de faire valoir une idée par la voix. Il y a une solennité certaine dans Kol Nidrei de Bruch et surtout, pour des raisons personnelles, dans Nigun de Bloch. Lorsque je le joue, c’est un hommage à un violon que l’histoire a fait taire. Ce sont les deux pièces les plus rhapsodiques de ce programme. » Une pièce baroque figure aussi dans le nouvel album, qui tient à cœur au musicien : « Il est impossible de ne pas aimer la Chaconne de Vitali. Elle a tout : un thème magnifique qui se développe au fil de brillantes et entêtantes variations, un lyrisme, une profonde émotion, une virtuosité, une structure de cathédrale et un développement, majestueux et dramatique qui nous emmène vers une sorte d’apothéose. L’origine de cette Chaconne pose question. Son thème est baroque, mais ses variations sont caractéristiques du romantisme. Vitali en est-il réellement l’auteur ? Ne serait-ce pas plutôt l’œuvre, en 1867, du violoniste allemand, Ferdinand David, comme peut l’attester son goût pour l’époque baroque ? J’ai décidé de jouer la Chaconne dans la version Ferdinand David/Léopold Charlier, dans un style romantico-baroque ! » Pour le concert à Gaveau, une seconde pièce baroque, la Folia de Corelli, lui fera écho : « La Folia, initialement une danse débridée qui confine à la folie, a inspiré de nombreux compositeurs dont Corelli avec ses variations virtuoses et entêtantes. La Chaconne de Vitali ouvre la première partie du concert, et la Folia de Corelli, en miroir, ouvre la seconde partie. »

Traditions du monde

C’est avec beaucoup de respect que Virgil Boutellis-Taft évoque les modèles qui l’ont inspiré et l’ont aidé à se construire en tant qu’artiste : « Les grands maîtres avec qui j’ai pu travaillé ont tous été importants dans mon parcours, de façons différentes et complémentaires, selon les cultures, les sensibilités, les talents. Mais la rencontre la plus marquante fut de jouer très jeune devant Yehudi Menuhin. J’ai une profonde admiration et un grand respect pour le musicien et l’humaniste qu’il a été. » En tant que violoniste français, le musicien porte aujourd’hui un regard aussi humble qu’éclairé sur sa position : « Je ne suis pas certain qu’actuellement les écoles française, russe ou américaine correspondent encore à l’idée traditionnelle que nous en avons, étant donné la facilité actuelle des voyages, des rencontres, des échanges. Il me semble que ce n’est pas à moi de dire si je suis un représentant de l’école française. Par contre je me considère au carrefour d’une tradition et de différentes éducations : la musique d’Europe centrale de par mes origines, l’École franco-belge et l’École russe à l’occasion de mon parcours. Après mes études au Conservatoire de Paris, j’ai décidé à 17 ans de répondre positivement à différentes invitations qui m’avaient été faites. Elles m’ont conduit à l’Académie Franz Liszt de Budapest, au Royal College of Music de Londres, à l’Université de Tel Aviv et aux États-Unis. » Un parcours riche à l’image de la personnalité flamboyante du musicien.

Élise Guignard

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