Portraits - Orgue

Thomas Ospital Grandes Orgues

Thomas Ospital
D’origine basque, Thomas Ospital s’est formé au Conservatoire National Supérieur de Paris.
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En résidence à la Maison de la Radio depuis trois ans, Thomas Ospital fait rayonner le répertoire pour orgue, renouvelant notre vision de l’instrument. Il explore toutes les époques et réalise de brillantes transcriptions d’œuvres. On le retrouve le 10 avril pour un concert orgue et percussions.

La passion que voue Thomas Ospital à l’orgue est restée intacte depuis le coup de foudre que provoqua sa découverte : « J’ai commencé la musique plutôt tardivement, à 10 ans. Mon père chantait dans une chorale paroissiale, et j’ai vu un jour le chef de chœur se mettre à l’orgue pour donner un accord. Ce fut une révélation immédiate. Par la suite, beaucoup des professeurs avec lesquels j’ai eu la chance de travailler m’ont inspiré, comme Olivier Latry, Michel B+ouvard ou Thierry Escaich. J’ai suivi aussi les cours de Louis Robilliard à Lyon. Il a beaucoup compté pour moi et j’ai énormément appris de son rapport à l’instrument, de sa manière de penser la musique. » La résidence de trois ans à la Maison de la Radio, qui prendra fin au mois de juin, fut pour le jeune musicien une aventure exceptionnelle : « Cette résidence a permis de lancer la vie du nouvel orgue de la maison de la Radio puisque j’ai été nommé avant même l’inauguration de l’instrument. Il est l’un des seuls orgues en France à être installés dans une salle de concert. La place qui lui est donnée est donc tout à fait particulière. Je trouve cet instrument très beau parce qu’il a beaucoup de couleurs. Bien sûr, avec l’acoustique de la salle, il ne sonne pas du tout de la même manière qu’un orgue qui serait dans une église. C’est une acoustique plus claire, plus analytique. Dans cet écrin-là, on doit changer sa manière de jouer, pour que le son ne soit pas trop sec. L’instrument me plait donc beaucoup mais j’ai dû m’habituer au lieu." Un challenge qu’on comprend bien puisque Thomas Ospital est également titulaire du grand orgue de l’Église Saint-Eustache : « À Saint-Eustache le rapport au son n’a rien à voir. Il s’agit d’une acoustique réverbérante de presque 7 secondes ! On ne joue pas les mêmes pièces dans les deux lieux, il faut adapter son choix de répertoire. Je trouve très enrichissant de pouvoir jouer dans des endroits si dissemblables. » Le musicien explique que ces préoccupations sont au cœur du travail de l’organiste et font la spécificité de l’instrument : « Lorsqu’on est organiste, on est toujours tributaire du lieu dans lequel on joue et de l’instrument sur lequel on joue. On doit savoir jouer sur des orgues de toutes les époques qui sont complètement différents les uns des autres. Comme on ne peut pas jouer la même chose sur tous les instruments, il est presque impossible de se restreindre à un répertoire spécifique. Je dirais que le mien s’étend de la musique du xviie siècle français et allemand à la musique contemporaine. Je suis moins spécialiste de la musique plus ancienne."

Penser la complémentarité

Le 10 avril, Thomas Ospital jouera avec Jean-Claude Gengembre, alliant l’orgue aux percussions. Un choix audacieux né d’une anecdote : « Un jour on a demandé à Maurice Ravel s’il accepterait de composer une œuvre pour orgue. Il a répondu qu’il ne pensait pas le faire mais que le cas échéant, ce serait une pièce pour percussions et orgue. Je pense que sa réponse était une boutade mais je me suis dit qu’il pouvait être intéressant d’associer les deux instruments. Ils sont complémentaires parce qu’ils sont diamétralement opposés. L’un joue sur l’impact, l’autre dans les résonnances. L’intérêt est de réussir à allier les deux. Il y a beaucoup de jeux possibles. J’avais déjà fait une tentative lors d’un concert-atelier jeune public l’année dernière, qui avait très bien fonctionné. J’ai voulu poursuivre l’aventure. On a eu la possibilité pour ce concert de passer commande d’une œuvre à Thomas Lacôte. Le compositeur a joué sur les ambivalences, sur la résonance d’une percussion, sur les harmoniques créées… Il a fait un travail presque spectral sur l’alliance des deux instruments, et je trouve cela absolument passionnant. » Outre la création de l’œuvre en question, La nuit sera calme, Thomas Ospital a choisi de jouer des œuvres qu’il a lui-même transcrites : « J’ai pris les Danses roumaines de Bartók. C’est une musique relativement simple dans l’écriture et la structure, mais avec un côté un peu rock. J’en avais déjà réalisé une transcription pour orgue, et les percussions donnent une dimension en plus. J’ai également choisi Cinq pièces faciles de Stravinski en regard de Bartók, parce que ce sont des pièces de genre. » Le Colloque n° 8 pour marimba et orgue de Jean Guillou est aussi au programme, ce qui n’est pas un hasard : « Jean Guillou était mon prédécesseur à Saint-Eustache et il est décédé en janvier dernier. Ce concert est aussi une manière de lui rendre hommage. » Thomas Ospital ne semble jamais à court d’idées, évoquant ses prochains projets avec enthousiasme : « En ce moment je travaille sur une transcription pour orgue de Ma Mère l’Oye. Je trouve cette musique délicieuse et je nourris depuis mes débuts une passion pour Ravel. Le travail de transcription est exaltant mais difficile parce qu’on se retrouve rapidement confronté à la rigidité de l’orgue. » Pour nous, aucun doute qu’un tel talent saura relever bien des défis à venir pour nous surprendre encore !

 

Élise Guignard