Portraits - Piano

Andreas Staier Mélancolie...

Andreas Staier
Claveciniste de l’Ensemble Musica Antiqua Köln, Andreas Staier entame à partir de 1986 une carrière soliste au clavecin et au pianoforte. Il est à la tête d’une discopraphie couronnée par de nombreux prix internationaux.
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Les concerts d’Andreas Staier sont devenus des rendez-vous incontournables de la vie musicale parisienne, tant le claveciniste est aimé du public de la capitale. virtuose exceptionnel, il est aussi un humaniste d’une vaste culture, comme il le prouve avec ce récital intitulé « pour passer la mélancolie ».

Il s’agit en réalité d’un écho attendu de son superbe enre- gistrement Harmonia mundi portant le même titre. La ligne de force principale en est fort savante : « Le concept de mélancolie vient de l’Antiquité : elle fait partie des quatre tempéraments – ou humeurs – habitant l’homme, et elle est liée à l’automne, à Saturne, aux personnes âgées etc. Chaque époque a ensuite interprété la mélancolie de façon spécifique, la conception baroque au XVIIe siècle étant marquée par la vanité, par exemple en France avec les tableaux de Georges de La Tour. On a conservé beaucoup de textes poétiques de cette époque insistant sur le fait que rien ne dure, que chacun est mortel etc. ».


En matière d’éphémère, la musique n’a aucune leçon à recevoir : « Son matériau-même peut symboliser la mélancolie. Ainsi, dans la production du son par un clavecin, nous avons un début (le moment où le bec pince la corde) et une fin (le son s’évanouit lentement). J’ai constitué une sélection de pièces évoquant la fugacité, avec en particulier des tombeaux qui rendent hommage à des personnes disparues – Tombeau de Blancrocher de Louis Couperin ou Tombeau de Chambonnières de D’Anglebert. Le titre de ce programme vient d’une plainte composée par Froberger, Plainte faite à Londres pour passer la mélancolie ». La fameuse rhétorique baroque s’emploie pleinement dans une thématique aussi riche de sens: « Il y a des symbolismes clairs. Dans le domaine mélodique, des notes graves symbolisent l’ombre ; une ligne qui monte renvoie à quelque chose de positif, alors que celle qui descend symbolise le cheminement vers l’ombre, le noir. C’est également vrai du côté rythmique: les cloches pour les funérailles donnent un ostinato se répétant indéfiniment, comme dans le Tombeau pour Blancrocher, ou bien des arrêts soudains peuvent signifier que le cœur s’arrête de battre ».


Si Louis Couperin ou Froberger se placent au cœur de la littérature pour clavecin, les mélomanes risquent en revanche de découvrir pour la première fois l’œuvre de Johann Kaspar Ferdinand Fischer : « Fischer est né en Bohème et on ne sait pas grand-chose de sa vie. On peut dire qu’il est un prédécesseur du Bach qui a écrit le Clavier bien tempéré. Fischer a composé des préludes et fugues organisés, certes, non pas dans les douze tonalités chromatiques comme chez Bach, mais dans les sept ou huit tonalités les plus utilisées de son époque. Il est probable que Bach connaissait ces pièces car on peut retrouver quelques allusions à Fischer dans certains thèmes de fugue ». L’autre surprise est française puisqu’il s’agit de Clérambault : « Il nous reste un livre de pièces de clavecin dans lequel on trouve deux suites et je donne la deuxième. Après la musique si instrumentale de Froberger ou de Louis Couperin, j’ai plaisir à introduire l’idiome d’un compositeur pour la voix très fameux et raffiné, qui fait sonner le clavecin d’une façon beaucoup plus vocale ».

Yutha Tep