Portraits - Piano

Arcadi Volodos Le piano de l’âme

Arcadi Volodos
Arcadi Volodos est l’une des grandes références internationales dans le domaine du piano.
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Doté de moyens pianistiques sans limites, Arcadi Volodos parle le langage du cœur, préférant l’intériorité à la démonstration. Il donne à nouveau rendez-vous au public du Théâtre des Champs-Élysées avec un programme apte à mettre en valeur toute la palette de son jeu profond et subtil.

Durant ses années parisiennes, encore frais émoulu des Conservatoires soviétiques, Arcadi Volodos impressionnait par le caractère flamboyant de ses interprétations hautes en couleurs qui le plaçaient dans le sillage de Vladimir Horowitz et de György Cziffra dont il fut l’un des derniers disciples. À quarante-sept ans, désormais installé à Madrid, il a acquis une sérénité renforcée par une paternité qui a changé sa vie : « Quand ma fille est née, j’ai préféré réduire les activités de concertiste pour me consacrer à ma famille. Maintenant, j’ai repris le chemin des concerts mais je me ressource le plus souvent possible dans mon havre de paix madrilène où je peux vivre de manière détendue et surtout profiter de la lumière et des bienfaits du soleil. » La réputation de virtuose qui lui colle à la peau ne lui convient guère et ne répond pas à sa conception de l’art : « Au début, on m’a catalogué à tort comme un musicien obsédé par la vitesse de ses doigts dans des transcriptions pyrotechniques. En réalité, j’étais happé par le système mais n’ai jamais cherché à me mettre en avant quitte à refuser de passer les épreuves des concours internationaux dont la compétition me paraissait vaine. » Ce pianiste de l’intimité a toujours su sérier le grain de l’ivraie : « La transcription est un exercice intellectuel qui m’intéresse pour ses combinaisons semblables à un jeu d’échec stimulant le cerveau. » Ses deux derniers enregistrements pour le label Sony témoignent d’ailleurs de la profondeur de sa musicalité dans des pièces de Mompou proches du silence ou les dernières partitions de Brahms pour clavier, les « berceuses de la douleur » : « Mon prochain CD devrait être consacré à Schubert dont j’ai déjà gravé les Moments musicaux. Je dois terminer ce projet à Berlin mais pour cela il faut que je pose mes valises pour être dans les conditions idéales. Je suis fier de ne pas avoir écouté le chant des sirènes qui me poussait à fréquenter les studios. Svjatoslav Richter voulait à la fin de sa vie détruire ses disques, ce qui était impossible. Quand je réécoute mes premiers CD, cela n’a plus rien à voir avec ce que je suis devenu car il faut se laisser pénétrer jusqu’au plus profond de son être par les œuvres que l’on interprète afin de servir de messager et de trait d’union entre le compositeur et le public sans tirer la couverture à soi. » Chaque année, Volodos propose un nouveau programme à la manière de Sokolov et le peaufine ensuite sur les plus grandes scènes internationales : « On ne peut connaître toutes les faces d’une œuvre qu’à condition de la jouer régulièrement. Chaque concert représente un renouvellement et un approfondissement, ce qui me rend triste lorsque je dois abandonner un programme pour en préparer un nouveau. Je laisse aussi du temps au temps et remets sur le métier des partitions que j’avais laissées en jachère. Pour mon concert au TCE, je reprends des pièces qui appartenaient au répertoire de mes jeunes années et leur donne une autre perspective en tenant compte des évolutions inhérentes à la facture de piano. Tout est désormais fait pour briller et la sonorité des claviers devient agressive. Il est difficile de retrouver la couleur ou la qualité de timbre du passé, y compris sur les Steinway fabriqués à Hambourg. Avant la Seconde Guerre Mondiale, Nikolaï Medtner se plaignait déjà de cette situation et serait terrorisé à l’écoute des instruments actuels ! » Le récital au TCE offrira un panorama suggestif des centres d’intérêt de ce pianiste singulier : « La Sonate de Clementi en fa dièse mineur, une œuvre de transition appréciée de Beethoven, était bien connue en URSS et faisait également partie du répertoire d’Horowitz. Quant aux Moments musicaux de Schubert, ils continuent de me surprendre et ne me lassent jamais. En outre, j’ai trouvé intéressant de mettre en parallèle Rachmaninov et Scriabine, deux compositeurs nés à un an de distance qui, de tempérament différent, finissent pourtant par se rejoindre par-delà leur style. Outre mes transcriptions sur une mélodie et un extrait de la Sonate pour violoncelle de Rachmaninov, il y aura un florilège de pièces qui permettra de distinguer ce qui rapproche et différencie chacun d’entre eux. Je terminerai par la Sonate n° 5 de Scriabine d’une modernité d’écriture stupéfiante. » En perpétuel questionnement, sans cesse à la recherche de l’inaccessible étoile, Arcadi Volodos, musicien atypique et génial capable de déclencher des feux d’artifice, possède surtout une âme sensible de poète.

 Michel Le Naour