Portraits - Piano

Elena Bashkirova Rigueur et poésie

Elena Bashkirova
Née en 1958, la grande pianiste russe Elena Bashkirova a eu deux enfants avec son époux, le chef et pianiste Daniel Barenboim : l’un, Michaël, est violoniste tandis que le second, David, est rappeur et producteur de hip-hop.
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A l’époque de la mondialisation, la notion d’école tend à perdre sa signification. Pour la pianiste russe Elena Bashkirova, elle conserve pourtant tout son sens car cette artiste a su perpétuer une tradition musicale faite de rigueur, de profondeur et d’invention. Elle donnera son premier récital soliste à Paris, salle Pleyel, dans le cadre de Piano Quatre étoiles.

A Moscou où elle a grandi, Elena Bashkirova s’est très tôt frottée aux contraintes et aux délices de la vie de musicienne auprès de son père, le célèbre pianiste et pédagogue Dimitri Bashkirov, toujours actif à l’Ecole Supérieure de musique Reina Sofia de Madrid. « C’est un juge de paix intraitable, dont la rigueur s’applique à tout ce qu’il aborde. Il a le son dans la tête et quand il enseigne à Moscou ou à Madrid, il met sa vie en jeu ».

 

Ce grand maître a su transmettre cette même exigence à sa fille qui vit son art sous le signe du partage, quitte à mettre au second plan ses activités de soliste : « A Paris, ce sera mon premier récital en solitaire. Jusqu’à présent, je ne m’étais produite dans la capitale qu’avec d’autres partenaires ».


Son programme fait la part belle au romantisme mais aborde aussi des territoires contemporains : « La Vallée d’Obermann extraite des Années de pèlerinage de Liszt offre un voyage intérieur d’une liberté peu commune. La Deuxième Légende, Saint François d’Assise prêchant aux oiseaux, prépare par bien des aspects à Parsifal ou à d’autres créations wagnériennes ». Avec la Sonate n° 5 écrite en 1986 par Galina Ustvolskaia (1919-2006) – une élève de Chostakovitch –, Elena Bashkirova propose la découverte d’un univers qui nous est étranger. « C’est une œuvre forte en un seul tenant d’une perfection minérale où la tension est palpable aussi bien par les rythmes que par le côté percussif constitué de grappes et de blocs de sons ». Les Saisons de Tchaïkovski qui occuperont toute la seconde partie du récital lui tiennent particulièrement à cœur : « Ces 12 pièces possèdent beaucoup plus de profondeur qu’on ne le dit, et en proposer la totalité accorde véritablement un sens à leur composition. Chaque morceau possède une originalité, un côté très schumannien, une imagination qui se renouvelle sans cesse. La poésie, la subtilité harmonique, l’allure rythmique et chorégraphie créent une diversité qui dépasse le caractère un peu anecdotique de l’écriture. Je considère que ce cycle est l’une des œuvres majeures de Tchaïkovski ». Chambriste passionnée, cette musicienne complète a fondé en 1998 le Festival international de Musique de chambre de Jérusalem qui a lieu en septembre. Les participants sont tous des solistes internationaux de premier plan comme Renaud Capuçon, présent dès la première année. On peut également citer parmi les fidèles de la manifestation les pianistes Alexander Melnikov, Andras Schiff, Elisabeth Leonskaja ou encore le violoncelliste Frans Helmerson, avec une optique toujours originale : « En 2014, la programmation sera consacrée aux compositeurs ayant vécu la Première Guerre Mondiale, entre autres Lucien Durosoir, jusqu’à présent un inconnu en Israël ».

Michel Le Naour