Portraits - Piano

Francesco Piemontesi Piano inspiré

Francesco Piemontesi
Né à Locarno dans le Tessin, Francesco Piemontesi est lauréat de plusieurs concours prestigieux, dont le Concours Reine Elisabeth à Bruxelles qui lance sa carrière internationale.
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Francesco Piemontesi s’est imposé comme un artiste sur lequel il nous faudra compter pour de nombreuses années. Depuis son troisième prix au concours Reine Elisabeth en 2007, le pianiste suisse se déploie avec une plénitude merveilleuse, loin des étoiles filantes si nombreuses dans le monde musical.

Chez lui, tout est question de sincérité : « Il m’est difficile de dire précisément ce qu’est mon répertoire, parce que je joue la musique baroque mais aussi Debussy et Messiaen, beaucoup d’œuvres contemporaines, du romantisme allemand. Ce qui m’intéresse, c’est d’aborder des œuvres que j’ai vraiment envie de jouer ». Nul lieu commun ici, mais une volonté bien trempée de ne se vouer qu’aux partitions dans lesquelles – qu’on nous pardonne une autre platitude – il a véritablement « quelque chose à dire ». Il confesse toutefois certaines affinités : « Il y a sans doute des répertoires comme le classicisme viennois, le romantisme allemand ou encore l’impressionnisme français, qui me sont plus proches. Cela est peut-être lié au fait que j’ai fait une grande partie de mes études en France avec Cécile Ousset qui a été une très grande interprète de Debussy, ou en Allemagne avec Alfred Brendel sur le romantisme allemand et l’école viennoise ».

Cette ouverture d’esprit, le pianiste né à Locarno en Suisse italienne l’attribue volontiers à ses origines : « En premier lieu, cela m’a permis de grandir avec 3 langues – l’italien, l’allemand et le français. Or, quand on apprend une langue, on apprend aussi une culture, une littérature, une façon de penser qui est très différente. Passer d’une langue à une autre donne sans doute une ouverture mentale très efficace pour l’étude de la musique. Par exemple, la langue française fonctionne avec une sorte de phrasé plus tourné vers le legato que la langue allemande, et cet aspect m’a beaucoup inspiré pour un certain répertoire. De plus, lors de ma formation, cela m’a permis dès l’âge de 13 ou 14 ans de partir à l’étranger faire des stages un peu partout, rencontrer des musiciens auxquels je m’adressais dans leur langue ».

Toutefois, il a beau ne pas parler couramment le hongrois, il n’en éprouve pas moins une compréhension innée du Concerto pour piano n° 3 de Bartók qu’il donne en ce mois de novembre avec le Philharmonique de Radio France placé sous la direction d’Aziz Shokhakimov : « L'œuvre m’accompagne depuis presque une quinzaine d’années, je l’ai jouée un peu partout avec beaucoup de chefs. Je l’ai découverte très jeune, un peu par hasard, parce qu’il y avait un disque à la maison. Auparavant, je connaissais déjà quelques œuvres de Bartók car ma toute première professeure de piano était de Budapest et je connaissais un peu la méthode de piano de Bartók. J’ai été très surpris de découvrir qu’il y avait dans le Concerto n° 3 un aspect très spirituel, une paix que l’on ne trouve pas dans ses autres partitions – le thème initial du premier mouvement, tout le second mouvement, ainsi que certains passages du finale. Cependant, d’autres moments évoquent bien le Bartók percussif du deuxième concerto. Il s’agit d’une musique très touchante quand on la joue, je pense en particulier à cette mélodie infinie des cordes dans le second mouvement, le piano reprenant cette manière de choral ».

L’art de Francesco Piemontesi, d’un immense raffinement, n’affectionne guère la préciosité et le maniérisme, au diapason d’un compositeur, Béla Bartók, lui aussi ennemi des afféteries inutiles.

 Yutha Tep