Portraits - Piano

François-Frédéric Guy pianiste & chef

François-Frédéric Guy Partager sur facebook

Pianiste de renom, François-Frédéric Guy conjugue aujourd’hui avec un bonheur contagieux l’activité de soliste et de chef d’orchestre. Pour le 250e anniversaire de la naissance du titan de Bonn, ce beethovénien hors pair est tout désigné pour lui rendre un hommage convivial.

Les fées semblent s’être penchées très tôt sur le destin beethovénien de François-Frédéric Guy. Cette appétence se manifeste toujours chez lui avec la même prolixité et le même enthousiasme chevillé au corps. Doté d’un vaste répertoire qui englobe la musique du temps présent (celle de Tanguy, Dufour, Murail ou Dumont par exemple), François-Frédéric éprouve la nécessité de se mesurer à un compositeur qui fut son icône dans ses plus jeunes années lorsqu’il jouait d’oreille les Concertos après les avoir entendus au disque par Wilhelm Kempff : « Dans ma discographie qui comporte environ trente-cinq enregistrements, Beethoven occupe une place majeure aussi bien pour les Sonates et les Concertos que pour la musique de chambre avec des partenaires comme Tedi Papavrami, Anne Gastinel ou Xavier Phillips ». En 1998, fort d’une expérience solidement acquise, il grave pour Harmonia mundi la Sonate « Hammerklavier », partition qu’il remet sans cesse sur le métier. D’ailleurs, il l’interprètera en mars à l’Auditorium de Radio France lors du concert d’ouverture de l’intégrale des sonates dont il est la cheville ouvrière : « Sur la proposition de Radio France, j’ai eu la possibilité de faire appel à huit jeunes pianistes talentueux pour interpréter l’ensemble du corpus des 32 sonates avec, en supplément, les Variations Diabelli dont Rémi Geniet se fera le passeur, et les Variations « Eroica » par Sélim Mazari. Dans le même esprit, il y a vingt ans, j’avais participé avec d’autres collègues à une intégrale qu’avait concoctée à l’époque René Martin. Depuis, je me suis attelé à cette somme au moins une dizaine de fois en dix ans, et encore à Tokyo à la fin de l’année dernière. C’est toujours un moment privilégié, et je suis ravi de pouvoir cette fois-ci partager mon expérience avec d’autres. Du 4 au 13 mars, je serai d’ailleurs à l’Académie de musique de Villecroze dans le Haut Var pour des master class avec quelques pianistes de la jeune génération dont trois d’entre eux (Jean-Paul Gasparian, Ismaël Margain et Sélim Mazari) seront présents à Radio France ».

La passion de l’orchestre

Désormais, François-Frédéric Guy mène de pair une vie de pianiste et de chef d’orchestre, un rêve d’adolescent alors qu’il compulsait les partitions des opéras de Wagner conjointement à l’étude du clavier : « Mon enregistrement de l’intégrale des Concertos de Beethoven qui vient de paraître a été effectué en mars 2019 à Monte Carlo lors de concerts où je jouais et dirigeais le Sinfonia Varsovia. J’avais déjà enregistré ces œuvres avec beaucoup de joie sous la direction de Philippe Jordan qui avait merveilleusement réussi à susciter une osmose avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France. Pourtant, le fait de diriger du clavier apporte un sentiment d’urgence, une électricité ainsi qu’une détente physique dans les mouvements lents. Cela représente une expérience de huit ans, longuement mûrie, qui m’a amené progressivement à me mesurer à ce défi ». De fait, ce désir le tenait en haleine depuis longtemps : « En 1995, invité à la Fondation internationale de piano du Lac de Côme, j’avais évoqué avec Leon Fleisher cette possibilité ; il ne m’avait pas découragé tout en me conseillant de poursuivre d’abord le piano et je n’avais pas donné suite à cette envie. Je suis désormais à la croisée des chemins. Dans ma vie de concertiste, j’ai pu observer des chefs à l’immense carrure comme Salonen, Berglund, Nagano, Harding ou encore Wolfgang Sawallisch avec lequel j’ai eu le bonheur de jouer le Concerto n° 2 de Brahms que maintenant je dirige du clavier. Cela me permet d’aborder la partie soliste différemment, comme si c’était de la musique de chambre avec un contrôle de tous les paramètres, une vibration particulière, ce qui n’est pas toujours le cas quand on doit s’accorder avec un chef d’orchestre ».

Des projets ambitieux

À plus ou moins long terme, parmi les projets de François-Frédéric, il faut noter en avril avec l’Orchestre de chambre de Paris un concert où il dirigera le Concerto n° 12 de Mozart et créera le Concerto pour piano d’Aurélien Dumont : « L’Orchestre de chambre de Paris a vu son effectif complètement renouvelé avec de jeunes musiciens qui ont soif de collaborer et de s’engager. J’entretiens avec eux une relation privilégiée. En début de saison, j’ai donné avec cette formation une intégrale des concertos pour piano de Beethoven en une soirée, ce qui a été très enrichissant. En avril, la Première parisienne du Concerto d’Aurélien Dumont intitulé Écoumène – déjà donné en création à Limoges en octobre 2019 – me tient particulièrement à cœur. Il s’agit d’un financement participatif à la manière de ce que faisait Mozart à Vienne en produisant ses concertos pour pianoCette œuvre de six minutes s’inspire du rapport de l’homme avec son environnement et emploie un langage très suggestif qui fait appel à des chants aborigènes et commence dans les cordes du piano à la manière de clusters ». Outre son activité avec l’Orchestre de chambre de Paris, François-Frédéric Guy est aussi en résidence à l’Opéra de Limoges où il fit ses débuts comme chef dans les concertos et les symphonies de Beethoven : « En 2021, Alain Mercier, directeur de l’Opéra, m’a proposé de monter la Neuvième Symphonie. Cela représente un énorme enjeu, d’autant que je n’ai jamais dirigé de chœurs. C’est une préparation en quelque sorte à un projet encore plus ambitieux qui prendra vie en 2022 avec Fidelio. Peut-être un jour, après m’être confronté à d’autres compositeurs tels Richard Strauss ou Chostakovitch, pourrais-je envisager d’aborder Wagner et surtout La Walkyrie, à mon avis l’opéra le plus humain du Ring. »

 

Michel Le Naour

 

Du Tac au Tac

  • Votre œuvre pour l’île déserte ?

    La Neuvième Symphonie de Beethoven
  • La partition que vous auriez aimé composer ?

    La Tétralogie de Wagner.
  • Le compositeur qu’il faudrait défendre ?

    Joseph Haydn qui n’est pas reconnu aujourd’hui encore à sa juste valeur.
  • Le livre qui vous a le plus marqué ?

    Les Frères Karamazov de Dostoïevski et parmi les écrivains contemporains, l’œuvre de l’Albanais Ismaïl Kadaré.
  • Votre héros préféré ?

    L’astrophysicien britannique Stephen Hawking.
  • Votre rêve le plus fou ?

    Rester en vie.

3 CD

  • Ludwig van Beethoven - Les 5 Concertos pour piano

    Ludwig van Beethoven - Les 5 Concertos pour piano

    Sinfonia Varsovia, François-Frédéric Guy (piano & direction) 3 CD Printemps des Arts de Monte-Carlo.
  • Johannes Brahms Concert pour piano n° 2

    Johannes Brahms Concert pour piano n° 2

    London Philharmonic Orchestra, Paavo Berglund (direction) 1 CD Naïve 2004.
  • Sergueï Prokofiev, Sonates n° 6 & 8

    Sergueï Prokofiev, Sonates n° 6 & 8

    1 CD Naïve.

Nos suggestions