Portraits - Piano

Joseph Moog L'explorateur

Joseph Moog
Né en 1987, Joseph Moog étudie le piano à Karlsruhe, Würzburg puis Hanovre. Il remporte le Prix « Jeune artiste de l’année » au prestigieux International Classical Music Award en 2012 puis le prix « Instrumentiste Soliste » en 2014.
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Parmi la pléthore de jeunes virtuoses du clavier, Joseph Moog se détache à plus d’un titre : non pas par la technique pianistique, qui est superlative, mais par la pertinence et la profondeur de son univers esthétique. chercheur de trésors, au sens littéral de terme, il combine un amour du répertoire à une maturité sidérante pour un jeune homme de vingt-six ans. Rencontre avec l’un des grands de demain.

D'une intelligence de tous les instants, Joseph Moog impressionne celui qui l’interroge. Malgré un français parfait, il commence par s’excuser: « C’est ma première interview en français. J’ai suivi récemment des cours de conversation pour deux raisons. D’abord pour me préparer à la vie d’artiste mais également pour la fascination de la musique de Ravel : je pense qu’il est plus facile de jouer Gaspard de la Nuit si on parle le français. J’étais enthousiasmé par les poèmes d’Aloysius Bertrand et j’ai découvert à quel point Ravel a su rendre l’atmosphère et la situation des textes ».

 

Si Gaspard de la Nuit est l’incontestable plat de résistance de son récital à l’auditorium du Louvre, Joseph Moog a préparé un programme riche en raretés : « J’aime mêler les œuvres très établies à des œuvres moins connues. J’ai la passion de découvrir de nouvelles partitions dans les bibliothèques, les archives et les marchés aux puces. Il s’agit vraiment d’un besoin pour moi mais j’ai appris aussi qu’il était très important de trouver des manières pour les présenter au public. Offrir des programmes composés exclusivement de pièces établies ou de raretés n’aurait pas grand intérêt, c’est le mélange qui compte. Les uns aident les autres ! ».


L’adéquation d’un programme à un lieu est également une préoccupation constante chez Moog : « J’ai choisi d’interpréter les Images Oubliées de Debussy, notamment la deuxième Souvenir du Louvre, qui évoque un peu l’atmosphère de l’endroit. Le Louvre impose à celui qui s’y trouve une humilité que j’ai essayé de transmettre à l’ensemble du programme. Mais le point névralgique du concert tient dans la connexion Liszt/Ravel car Liszt a préparé d’une certaine manière l’impressionnisme avec ses œuvres tardives comme Nuages Gris ou la Deuxième Ballade que je vais interpréter ».


On aura une bonne idée de la richesse du répertoire de Joseph Moog à l’étude de sa discographie. Ses disques mélangent en effet crânement Liszt à Moszkowski, Rachmaninov à Rubinstein, et bientôt Tchaïkovski à deux illustres inconnus chez nous, les frères Scharwenka : « Je considère qu’un artiste a la responsabilité de rester original et curieux. Durant mes études, j’ai eu parfois des moments très précaires avec mes professeurs qui préféraient me voir jouer les grands concertos. Ils craignaient que ces œuvres rares relevaient de l’idée fixe chez un jeune homme. Mais j’avais le modèle des pianistes et compositeurs d’avant la Deuxième guerre mondiale qui avaient un répertoire bien plus riche et restaient curieux à l’encontre de morceaux plus obscurs. Je transcris aussi certaines œuvres car c’est un autre besoin de ma personnalité artistique. Je ne le fais pas pour me rendre plus intéressant que les autres pianistes ». Tout cela est dit avec une assurance tranquille, une humilité vraie, et une force de conviction absolument irrésistible.

Laurent Vilarem