Portraits - Piano

L’excellence Long Thibaud Crespin

L’excellence
Marguerite Long, égérie de Maurice Ravel, a créé un concours de piano qui compte parmi les plus prestigieux du monde.
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En 76 ans d’existence, le concours international Long Thibaud Crespin a marqué de son empreinte le monde musical. Après une période d’instabilité, il a retrouvé depuis 2018 tout son lustre lors des épreuves de violon. L’édition 2019 consacrée au piano laisse présager de glorieuses perspectives.

Interprètes mondialement connus, la pianiste Marguerite Long et le violoniste Jacques Thibaud, soucieux de transmission, décident en 1943, dans une période troublée, de créer le Concours qui porte leur nom. En 2010, en hommage à la grande soprano Régine Crespin disparue trois ans auparavant, est ouverte une troisième épreuve destinée au chant qui donne à la compétition un format triennal. Dès sa fondation, le Concours alors hexagonal et financé en grande partie par les deniers de Marguerite Long frappe un grand coup avec le triomphe du pianiste Samson François et de la violoniste Michèle Auclair, tous deux annonciateurs d’une génération de légende. Après deux années d’interruption liées à la Guerre, le projet à la Libération prend une dimension internationale : en 1949 une pléiade d’interprètes de haut vol frappe les esprits. Se distingue Aldo Ciccolini (Premier Prix de piano ex aequo avec Ventsislav Yankoff), mais les autres lauréats feront aussi parler d’eux, qu’il s’agisse de Daniel Wayenberg, Paul Badura-Skoda, Yuri Boukoff, Pierre Barbizet. En revanche, cette année-là, aucun Premier Prix de violon n’est décerné, mais un Second attribué à Christian Ferras qui deviendra un prince de l’archet. Quelques autres noms suffisent à situer le niveau atteint par cette compétition. Qu’on en juge : pour le clavier Vladimir Feltzmann, Mikhaïl Rudy, Stanislav Bounine ou encore Frédéric Aguessy et en 1998 son élève au Conservatoire de Paris Cédric Tiberghien. Les violonistes ne sont pas en reste avec une forte domination soviétique qui s’étiolera après la victoire surprise d’Alexandre Broussilovsky en 1975. Les Russes éprouveront pourtant un attrait qui ne se dément pas pour cette compétition : en 2014 Aylen Pritchin sera couronné face à une forte présence asiatique. On verra les Japonais, au fil des années, s’imposer avec en 1996 Daishin Kashimoto (l’un des actuels Konzertmeister du Philharmonique de Berlin) ou en 2002 Akiko Yamada, l’une des disciples de Gérard Poulet. Nombreux sont les compétiteurs qui, sans avoir gagné le Premier Prix se sont ensuite illustrés à l’image des violonistes Ivry Gitlis, Jean-Jacques Kantorow, Vladimir Spivakov, Patrice Fontanarosa, Olivier Charlier, Laurent Korcia … ou des pianistes Jean-Claude Pennetier, Philippe Entremont, Bruno Rigutto, Dimitry Bachkirov, Elisabeth Leonskaja, Bernard Ringeissen, Jean-Philippe Collard, Brigitte Engerer, Jacques Rouvier, Abdel Rahman El Bacha, Bruno Leonardo Gelber, Akiko Ebi, Bertrand Chamayou, Jean-Frédéric Neuburger… Excusez du peu ! Outre cet inventaire, bien des événements se sont produits dans la trajectoire du Concours dont le statut a évolué. Le décès de Jacques Thibaud dans un accident d’avion en 1953 puis celui de Marguerite Long en 1966 à l’âge de 90 ans n’obère pas le rayonnement international du Long Thibaud. Le gouvernement français décide, en 1957, de lui accorder son patronage et cette initiative sera suivie en 1961 et 1964 par la constitution de deux Fondations, substratum qui fusionnera en 2003. La nomination en 1991 de Roland Faure, ancien Président de Radio France, permet d’associer la Maison ronde et ses deux Orchestres ; puis à partir de 2007, la Présidence de Jean-Philippe Schweitzer (petit-neveu de Charles Munch) entretient une vitesse de croisière. Des difficultés financières se font alors jour, menaçant l’existence même du Concours qui ne pourra avoir lieu en 2016 et 2017 faute de subventions.

Le retour aux grandes heures du Concours

Sous l’impulsion de Renaud Capuçon et du Président de la Fondation Bernard Volker, après ces années de jachère, on assiste en 2018 à une vraie renaissance de ce que l’on peut considérer comme l’un des fleurons du patrimoine français. La victoire de la violoniste Ukrainienne Diana Tishchenko (28 ans) l’an passé s’inscrit pleinement dans la tradition du Concours. Après ce grand retour sur le devant de la scène, Bertrand Chamayou auquel a échu la direction artistique de cette manifestation pour cette année, affiche sa confiance : « 2019 devrait être l’année de la confirmation avec l’édition piano ». Assisté de Marie-Josèphe Jude qui l’a secondé tout au long des présélections, il a retenu 50 candidats (dont 19 de moins de 25 ans) avec une forte présence française, japonaise, mais à un moindre degré chinoise, coréenne ou russe. Le jury présidé par la légendaire Martha Argerich a été trié sur le volet. Seront présents : Yulianna Avdeeva (Prix Chopin de Varsovie en 2010), Kirill Gerstein, Marc-André Hamelin, Jean-Bernard Pommier, Anne Queffélec et le chef d’orchestre et pianiste Xu Zhong. Gageons que les conditions sont réunies pour poursuivre la dynamique engagée. À Radio France, les six concurrents parvenus en finale pourront se confronter d’abord en récital fortement connoté musique française puis dans l’exécution de l’un des grands concertos du répertoire pianistique. Une fête musicale qui s’annonce pour la plus grande joie du public !

 

Michel Le Naour