Portraits - Piano

Vanessa Wagner Pianiste singulière

Vanessa Wagner
Après un premier disque à l’âge de 23 ans, la pianiste Vanessa Wagner s’affirme rapidement comme une grande interprète de Schubert, Scriabine et Dusapin. Elle est actuellement directrice artistique du Festival de Chambord depuis 2011.
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Outre la reprise d’une œuvre contemporaine, l’Orchestre Colonne a toujours priviligié une politique prestigieuse de solistes invités. Pour le concert de janvier, l’orchestre dirigé par Roman Brogli accueille la pianiste Vanessa Wagner, qui, à quarante ans, rayonne d’une nouvelle maturité personnelle et artistique. Le public parisien pourra la découvrir dans deux facettes différentes mais complémentaires de son métier de musicienne.

Les hasards du calendrier font parfois bien les choses. Vanessa Wagner interprète d’un côté à Pleyel un grand concerto de Beethoven et de l’autre, rejoint aux Bouffes du Nord le musicien électro Murcof. « Je suis heureuse de l’évolution de ma carrière, glisse-t-elle. J’ai tout à fait conscience de ne pas faire la carrière d’Hélène Grimaud avec 150 concerts par an, avec tout ce que ça comporte d’hôtels. J’ai commencé une carrière de soliste très jeune, et j’ai souffert de suivre une voie toute tracée devant moi. Quand j’étudiais au conservatoire, un soliste ne pouvait pas devenir accompagnateur et faisait très peu de musique de chambre. Certains arrêtaient même leurs études générales. Les choses ont évolué dans le bon sens mais j’ai toujours eu peur de rechercher un type de vie qui ne me convenait pas ».


Le catalyseur est venu il y a trois ou quatre ans, de la résidence offerte par Michèle Paradon, directrice de l’Arsenal de Metz: « J’ai pu développer des projets avec un vidéaste autour de la musique de Ravel ou ce projet avec Murcof qui est un musicien électronique que j’adore. Le travail de création avec des compositeurs comme Pascal Dusapin m’a également permis de conquérir ma liberté. De même, ma casquette de directrice artistique du Festival de Chambord me donne une autre vision du métier. Je me sens plus libre et j’espère continuer à faire ces projets. Je n’aurai pas eu cette audace à vingt ans, et je suis heureuse d’avoir trouvé ma place singulière ».


Prenons l’exemple de la soirée avec le musicien électro Murcof : « Avec Murcof, je reste à ma place. Je joue les partitions sans changer une seule note. Ce qui m’intéressait, c’était la réunion d’un pianiste classique et d’un musicien électro, car des passerelles existent. L’univers de Murcof est extrêmement puissant ; nous sommes partis des prémisses de la musique répétitive, Satie, et des compositeurs américains comme Feldman, Adams, Glass ou Cage. Avec Murcof, comme avec Dusapin, on travaille sur la matière sonore ».


Il existe un autre risque à présent, de l’aveu de la pianiste : « C’est de croire que je ne fais plus que des projets originaux, alors que les récitals et les concertos font partie inhérente de ma vie depuis toujours. Avec le temps, j’ai acquis une certaine expérience de la scène, et jouer dans une grande salle comme Pleyel avec l’Orchestre Colonne représente une forme de reconnaissance. Le Quatrième Concerto est un des sommets du répertoire. C’est le concerto de Beethoven que je préfère, car il est le plus intime, le plus schubertien. La mélancolie et l’intériorité en musique m’ont toujours plus attirée que les grands signes de virtuosité. Je peux vraiment dire que l’âge m’a aidée à me découvrir et à m’assumer. Ma carrière me ressemble enfin ». Avec une telle sincérité, on est prêt à suivre Vanessa Wagner dans toutes ses aventures musicales.

Laurent Vilarem