Portraits - Voix

Elsa Dreisig Lyrico-spinto ?

Elsa Dreisig
Formée au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, Elsa Dreisig est révélée au public en 2016 grâce à son Premier Prix au Concours Operalia et aux Victoires de la musique.
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Continuant une ascension fulgurante du milieu lyrique entamée il y a quelques années, Elsa Dreisig se produit en récital au Théâtre des Champs-Élysées avec le pianiste Jonathan Ware pour inaugurer la sortie de leur nouvel album Warner dédié à Duparc, Strauss et Rachmaninov. Un projet longuement mûri.

Nouvelle coqueluche du milieu lyrique parisien, la jeune soprano franco-danoise n’a pourtant pas fait ses premiers pas en France : « Ma carrière a débuté à Berlin, j’ai été remarquée par Daniel Barenboim, puis j’ai remporté des concours qui m’ont lancée. C’est ainsi qu’après Neue Stimmen, on m’a offert mon premier rôle en France, qui était Micaëla à Aix-en-Provence. Les Victoires de la musique m’ont par la suite enrichie d’une belle reconnaissance. » Une carrière commencée par le rôle de Micaëla annonçait la naissance d’une soprano résolument lyrique : « Je ne suis pas lyrique léger ni soprano dramatique non plus. Je pense que je suis sur le chemin de devenir une voix lyrico-spinto. Mes répertoires de prédilection sont les opéras romantiques français et italien. À côté de cela je suis très attachée au lied et à la mélodie, que ce soit Schumann, Schubert, Strauss, Duparc ou Poulenc. C’est avant tout dans le répertoire opératique et notamment belcantiste que ma voix peut déployer toutes ses possibilités, mais pour ce qui est de mes préférences artistiques, certaines mélodies me vont vibrer pleinement. » Des répertoires bien différents qu’Elsa Dreisig aborde avec intelligence : « Lorsqu’on lit un conte, une poésie ou un roman, les intonations ne sont pas les mêmes, et pour moi on trouve la même différence entre l’opéra et la mélodie. Vocalement je n’ai donc pas l’impression de me transformer d’un répertoire à un autre, les intentions sont simplement différentes. Par contre en mélodie ce n’est pas l’ampleur vocale qui règne, ce qui demande une certaine humilité et une certaine vulnérabilité. »

Avec le pianiste Jonathan Ware, Elsa Dreisig a choisi un programme aussi magnifique qu’ambitieux : « J’ai choisi Duparc car il me fascine. C’est un compositeur exceptionnel qui a brûlé la moitié de ses mélodies ! Nous en avons donc très peu de lui, et cela m’a permis de voir rapidement celles que je pouvais m’approprier. J’ai tout de suite su celles qui seraient sur le CD. Pour Strauss, j’étais certaine de vouloir chanter les Quatre Derniers Lieder, car il est l’un de mes compositeurs préférés et c’est un bon moyen de préparer les grands rôles straussiens. Jonathan Ware a eu l’idée de rajouter Rachmaninov, pour la richesse de langue et de poésie. La langue russe est extrêmement favorable à la voix, ce qui a été une découverte pour moi car je chante en russe pour la première fois. » Ce répertoire vocalement large pourrait effrayer la jeune soprano, mais elle explique avoir fait ce choix en connaissance de cause : « Dans 10 ans, ce programme m’ira encore mieux mais nous sommes en constante évolution et je suis contente d’assumer ce répertoire dès maintenant. Cela va dans la direction de ma voix, et même s’il est difficile, je ne me fatigue pas dessus. Il faut travailler et avoir du courage. » Pour les années à venir, ce ne sont pas les envies qui manquent à Elsa Dreisig : « J’aimerais beaucoup chanter Juliette dans Roméo et Juliette de Gounod car je pense avoir la voix et l’âge parfaits pour ce rôle. Je rêve aussi de chanter tous les grands rôles du répertoire bel canto. » C’est tout ce qu’on lui souhaite !

 Élise Guignard