Portraits - Voix

Emőke Baráth De Vivaldi à Mozart

Emőke Baráth
Lauréate en 2011 du concours d’Innsbruck, Emőke Baráth s’est imposée au devant de la scène baroque.
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Soprano hongroise chouchoute des productions baroques depuis longtemps, Emőke Baráth aborde un répertoire de plus en plus varié où elle brille tout autant, sans délaisser pour autant ses premières amours. On la retrouve en ce début d’année au Théâtre des Champs-Élysées.

C’est au répertoire baroque italien que sont consacrés deux concerts qu’Emőke Baráth donnera cette saison au Théâtre des Champs-Élysées, en octobre et en juin : « Je pense que pour tous ceux qui chantent de la musique baroque, la musique italienne est essentielle car une grande partie des pièces ont été écrites dans cette langue. J’aime chanter dans des langues étrangères, et je ne peux pas nier que ma préférence va à l’italien. Ce n’est pas un hasard si l’opéra est né en Italie. Cette langue est la plus compatible avec le chant pour de nombreuses raisons, comme l’équilibre entre les voyelles et les consonnes qui se fait dans une proportion parfaitement harmonieuse. » Un programme Vivaldi nous attends pour le concert de la rentrée, un répertoire bien spécifique requérant une maitrise particulière : « Pour chanter Vivaldi, il est très important d’avoir de l’agilité, de la virtuosité, mais aussi un talent dramatique et de la présence sur scène. C’est difficile car Vivaldi aime traiter la voix humaine comme un instrument de musique. Il faut beaucoup de travail technique pour arriver à chanter cela avec naturel. Les parties virtuoses peuvent être très compliquées. Ce n’est pas impossible à gérer, mais pour moi c’est plus de travail qu’un rôle de Händel par exemple. » Mais la difficulté n’exclut pas le plaisir, loin s’en faut : « L’année dernière, j’ai enregistré le rôle d’Argippo avec Fabio Biondi et l’Europa Galante et ce fut l’une de mes expériences d’enregistrement préférées. Le rôle est puissant et dramatique, et j’adore chanter ce type de partition. J’aime beaucoup également les airs qu’on trouve dans la Griselda, Farnace ou Il Catone di Utica, notamment le rôle d’Emilia qui est plein de mélodies étonnantes. Pour le concert d’octobre, j’ai essayé de varier le plus possible les caractères pour montrer différents facettes de ce que je fais, et je suis particulièrement heureuse de chanter « Armatae face et anguibus » de Judith triumphans. » Emőke Baráth est entourée de collègues hors pair pour le concert, notamment Philippe Jaroussky avec qui elle a déjà beaucoup travaillé : « J’ai chanté avec Philippe Jaroussky pour la première fois il y a 6 ans, lorsque nous avons enregistré en concert le Stabat mater de Pergolesi. Ce fut l’une des expériences musicales les plus décisives de ma vie. Nous n’avons pas eu à beaucoup parler pour nous comprendre, musicalement tout a fonctionné très facilement. Je suis toujours fière de cet enregistrement alors que j’ai tendance à être très critique envers moi-même, car nous avons donné beaucoup d’émotion aux gens ce jour-là. Depuis, c’est toujours un grand plaisir pour moi de travailler avec Philippe. J’apprends beaucoup de lui en tant que musicien et en tant que personne, et il est un collègue extraordinaire, très coopératif, plein de vibrations positives. » 

L’évolution d’une voix

Plus tard dans l’année, on pourra justement entendre la soprano dans le Stabat Mater de Pergolesi avec le Concert d’Astrée mais également dans Cosi fan tutte de Mozart en version concert, toujours au Théâtre des Champs-Élysées. Elle incarnera le rôle de Dorabella, souvent distribué à des mezzos : « Je considère plutôt ce rôle comme un second soprano. Tout dépend de la taille de l’orchestre, du théâtre et de la distribution en fait. J’aime chanter dans le registre grave, qui a toujours été assez solide chez moi, et c’est un rôle où je m’amuse beaucoup. » Un choix qui témoigne bien des nouveaux horizons qui s’ouvrent pour la chanteuse : « Ma voix change au fil des ans. Avant je chantais énormément la musique du seicento, que j’adore toujours, mais aujourd’hui j’aime aussi aborder des rôles plus dramatiques de Händel ou Vivaldi. J’aime beaucoup le Lied allemand aussi, la mélodie française, et j’ai très envie de chanter le rôle de Mélisande dans Pelléas et Mélisande de Debussy ou celui d’Anne Trulove dans The Rake’s progress de Stravinski. Par ailleurs je me concentre maintenant beaucoup sur les rôles de Mozart. À l’avenir, j’aurai davantage l’occasion de chanter de la musique des xviiie et xixe siècles et, dans mes projets, je veux continuer à faire plus de musique de chambre. » Pour Emőke Baráth comme pour tous les artistes, la pandémie a tristement impacté la nouvelle saison : « Les annulations sont une immense perte. Je ne pourrai pas faire mes débuts au Staatsoper de Munich, ni mes concerts aux États-Unis et au Canada comme il était prévu. Perdre l’expérience de la scène, la possibilité de faire de la musique ensemble, de ressentir l’énergie des concerts, ce fut la partie la plus douloureuse pour moi ces derniers mois. » Bien heureusement malgré la pandémie, une multitude de projets riches attendent pour l’instant la soprano dans les mois qui viennent : « Je chanterai entre autres Les Saisons de Haydn avec l’Orchestre symphonique de Suède et l’Orchestre de chambre du Danemark, le rôle de Belinda dans Dido and Aneas de Purcell à l’Opéra de Genève, le rôle de Cléopâtre de Giulio Cesare avec Andrea Marcon et La Cetra. Je croise les doigts pour que mes concerts aient lieu et ne soient pas annulés ! » Et on croise les doigts avec elle.

Élise Guignard