Portraits - Voix

Kimy McLaren soprano féérique

Kimy McLaren
© DRAprès des études au Conservatoire de Montréal, la soprano Kimy McLaren entame une carrière internationale. Après Carousel la saison passée, Into the Woods de Stephen Sondheim est sa deuxième apparition au Théâtre du Châtelet.
Partager sur facebook

Depuis que Jean-Luc Choplin en a pris les rênes, le Théâtre du Châtelet est devenu le temple de la comédie musicale en général, et des œuvres de Stephen Sondheim en particulier. Après « Sunday in the park with George », « Into the woods » est la quatrième comédie musicale du génie de Broadway présenté in loco. En attendant le film (avec Meryl Streep et Johnny Depp dans les rôles titres !), la soprano Kimy McLaren nous présente les grandes lignes de ce spectacle très attendu.

Il y a un malentendu Kimy McLaren que la principale intéressée balaie avec un rire : « McLaren est le nom de ma mère mais j’ai grandi dans une communauté 100 % francophone ! J’ai appris l’anglais à l’école comme tout le monde mais ma langue est le français. Si mon nom crée encore des malentendus, c’est peut-être dans la formule 1 ! ».


La soprano québécoise est depuis quelques années une habituée des scènes françaises : après Strasbourg où elle intègre les Jeunes Voix du Rhin en 2004, elle se produit à Bordeaux, Marseille et maintenant au Théâtre du Châtelet qu’elle a ébloui dans Carousel, la comédie musicale d’Oscar von Hammerstein : « Carousel est l’une de mes plus belles expériences scéniques. Jo Davies la metteur en scène se mêlait de tout mais avait une grande générosité. J’ai travaillé comme jamais avec elle ! Les compositeurs de comédie musicale de l’époque, comme Hammerstein, se rapprochaient de la technique opératique, contrairement à Sondheim qui, lui, se situe aux antipodes. Il n’y a pas chez lui de grandes envolées lyriques et l’importance des mots est cruciale. Certains passages ne jouent que sur des onomatopées avec des effets de répétitions de mots qui s’assemblent comme dans un puzzle. Je retrouve chez Sondheim un peu du génie de Mozart dans l’imbrication virtuose de différents styles vocaux, et je suis convaincue que tout ce travail rythmique sur la langue me servira plus tard à mieux dire les récitatifs des opéras de Mozart ».

 

L’histoire d’Into the Woods, telle que la raconte Kimy McLaren, est passablement hilarante : « Le premier acte présente trois maisons sur la scène : la maison de Cendrillon, que j’interprète, la musique d’un personnage inventé, le Boulanger à qui la Sorcière a jeté un sort et la maison tirée de Jack et le Haricot Magique. D’autres personnages de conte de fées apparaîtront au fur et à mesure : le petit Chaperon Rouge, Raiponce, le Loup, Blanche-Neige... Le livret joue avec la morale du conte : « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » avec l’idée que nous portons toujours les conséquences de nos propres choix : par exemple, Cendrillon s’est mariée à un prince charmant, mais par définition, un prince charmant charme, et il charme donc la Belle au Bois Dormant, Blanche-Neige, etc. ! Into the Woods joue également avec les symboles décryptés par Bruno Bettelheim dans son fameux ouvrage Psychanalyse des contes de fées ».

 

Si Kimy McLaren s’avoue ravie de porter les robes de Cendrillon, et par-delà de s’ébrouer dans la comédie musicale, elle confie également rêver à d’autres personnages plus tragiques, plus particulièrement à l’opéra : « Vous me demandez le rôle de mes rêves ? Blanche des Dialogues des carmélites de Poulenc ! Mais il y a également Marguerite, la Governess, ou Ann Trulove... ». A bon entendeur...

Laurent Vilarem