Portraits - Voix

Tassis Christoyannis Passion française

Tassis Christoyannis
© DRLe baryton Tassis Christoyannis étudie le piano, le chant, la direction d’orchestre et la composition au Conservatoire d’Athènes. Après des années dans la troupe de l’Opéra de Düsseldorf, il poursuit une brillante carrière européenne.
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A la fin d’une répétition, le chef Alain Lombard demanda à Tassis Christoyannis : « Vous êtes grec ? » avant d’ajouter : « C’est pour cela que vous avez du soleil dans la voix ». On ne saurait mieux décrire la voix du baryton hellène, flamboyant Don Giovanni et célébré dans le répertoire italien. Mais avec Ali-Baba à l’Opéra Comique, Tassis Christoyannis renoue avec l’autre répertoire qui fait sa gloire : le répertoire français du XIXe siècle.

Le répertoire français français est finalement arrivé par hasard dans la carrière de Tassis Christoyannis : « Quand j'ai reçu le projet d'Andromaque de Grétry, j'ignorais ce répertoire comme la plupart des gens. Je travaille aujourd’hui régulièrement avec le Palazetto Bru Zane et je viens même d’enregistrer un disque de mélodies de Félicien David. C’était le choix du métier et c’est devenu un amour ». Un choix qui se poursuit ce mois-ci à l’Opéra Comique avec la rarissime opérette de Charles Lecocq inspirée par l’histoire d’Ali-Baba : « Imaginez, je suis grec. Certes, j’ai appris le français quand j’étais enfant en Grèce. Mais je suis heureux que le public, la presse et le milieu musical dans son ensemble estiment mon travail sur le répertoire français ». Une reconnaissance bien justifiée tant le baryton est soucieux du style propre à la langue française: « Quand on parle de répertoire, on parle d’abord de la langue. Quand j’étudie un rôle, je l’étudie d’abord en parlant : le chant, c’est le parlé élargi, sans plus de limites. Un chanteur ne doit pas seulement produire des beaux sons, il doit passer par l’ensemble de son corps pour rendre l’expression d’un texte pleine et présente. Quand on entend des comédiens de la Comédie Française, il y a une danse, une subtilité dans la déclamation qu’il faut savoir restituer ».


On aura tout loisir d’entendre son français gourmand et son tempéra- ment théâtral dans l’opérette de Lecocq: « La musique est très intéressante, car le compositeur y combine différents styles musicaux, du grand opéra à l’opérette, en alternant des épisodes très légers et d’autres très profonds, dans une écriture vocale qui nécessite de vrais chanteurs. Lecocq était un frère ou un cousin d’Offenbach. D’ordinaire, je ne suis pas partisan de transposer l’époque d’une œuvre mais l’action se situera dans un grand magasin comme les Galeries Lafayette. Dans le décor, on apercevra des affiches de l’Afrique ou de l’Arabie, qui rappelleront tout l’imaginaire d’Ali-Baba. En outre, Ali-Baba est un personnage intéressant car ambigu dans le sens où il symbolise l’optimisme soulevé par la révolution industrielle ».

 

Bientôt Marcello de La Bohème à l’Opéra Bastille, Tassis Christoyannis enchaînera prochainement des prises de rôle dans le répertoire italien, Simon Boccanegra notamment, et à terme, le Falstaff de Verdi. Mais ce fils de directeur de l’Opéra d’Athènes et dont la grand-mère était cantatrice, poursuit également un autre rêve : « Je suis compositeur de comédies musicales, et j’adore des musicals comme Le violon sur le toit, Chicago et Les Producteurs ! Ne vous méprenez pas, l’opéra et la musique classique ont une profondeur qui me sont indispensables mais j’adore l’atmosphère, l’énergie et la joie de vivre qui règnent dans la comédie musicale ». Car on a oublié de dire que Tassis Christoyannis était également un excellent comédien et un formidable danseur.

Laurent Vilarem