Portraits d'artistes - Piano

Irina Lankova piano élégiaque

Irina Lankova Partager sur facebook

C’est avec finesse et fraîcheur qu’Irina Lankova éclaire les partitions qu’elle aborde, gardant toujours en ligne de mire ce qui fait l’essence de son art : le partage d’émotion. On aura la chance de l’entendre à la Salle Gaveau le 15 octobre pour un programme Rachmaninov, Schubert et Liszt dont le CD est paru en mars 2021.

De tous les enregistrements qu’elle a pu faire, ce disque est probablement l’un des plus intimes. Intitulé Élégie d’après le titre de la pièce de Rachmaninov qui l’a bouleversée dans son enfance et qui lui a donné la vocation de la musique, il est constitué d’œuvres qui font écho à des épisodes de sa vie : « Je ne listerai pas précisément les évènements auxquels font référence les pièces parce que ce sont parfois des choses très personnelles, mais ils ont guidé mon choix de répertoire car je voulais en retransmettre les émotions. D’ailleurs certaines œuvres ne représentent pas de moment précis mais plutôt des états d’âme que j’ai pu traverser. » Le programme fait la part belle à Rachmaninov, mais aussi à Schubert et à Bach : « Je voulais absolument jouer ces trois compositeurs même si ce sont des univers très différents. Et je suis très satisfaite de la progression du disque car malgré l’écart entre les répertoires, je trouve qu’il y a une vraie logique. C’est un voyage émotionnel cohérent, ce qui est le plus important pour moi. J’ai choisi des transcriptions de Schubert par Liszt, pour se rapprocher du tissu pianistique de Rachmaninov, et des transcriptions de Bach. Il y a aussi des transcriptions de Rachmaninov, pour créer un lien thématique. Je voulais mettre ainsi en valeur ce qui rassemble ces trois compositeurs : leurs arts de mélodistes. » La pianiste se dit particulièrement attachée à Rachmaninov auquel est consacré la majorité du programme : « Il y a une très grande profondeur dans la musique de Rachmaninov, qu’il ne faut surtout pas mettre de côté au profit de la virtuosité. La polyphonie est une autre de ses richesses, qui contribue à la complexité du langage. J’y vois aussi beaucoup de naturel, c’est une musique qui vient du cœur. Je pense qu’il ne faut pas l’aborder de manière cérébrale, c’est plutôt un élan musical à saisir. » La liste d’œuvres prévues est impressionnante et s’avère être un beau défi pour l’interprète : « Les pièces de ce programme sont des miniatures, la plus longue fait 6 minutes environ. Elles ont chacune un univers bien particulier et le challenge est de réussir à faire apparaitre tous ces univers en très peu de temps, les uns après les autres. » A Gaveau une petite surprise attend aussi les auditeurs avec une pièce qui n’est pas dans l’album : « Je fais souvent cela pour rester dans la spontanéité. Cette fois-ci ce sera une œuvre contemporaine qui m’a vraiment émue et que j’ai envie de partager ce soir-là, pour créer un moment hors du temps. »

DE LA RUSSIE À L'EUROPE

La personnalité artistique très attachante de la pianiste vient d’un parcours personnel riche : « Je suis russe, mais je suis partie de Russie vers 19 ans et j’ai vécu dans différents pays : l’Angleterre, la France et la Belgique. J’ai beaucoup voyagé en m’intéressant aux différentes cultures et aux mentalités que je découvrais. Ce sont des expériences qui ont façonné ma personnalité et qui ont enrichi mes interprétations. Je suis attachée à mes racines, qui sont toujours avec moi où que j’aille, mais je me nourris aussi des lieux où je vis, des personnes que je rencontre, des livres que je lis, des films que je vois... » Irina Lankova revendique son héritage culturel dans ses choix de répertoire : « Comme tous les interprètes, je suis passée par différentes phases dans mes goûts et mes envies. Mais les compositeurs russes constituent mon répertoire de prédilection parce que je retourne toujours à eux, notamment à Rachmaninov mais aussi à Scriabine, auquel j’ai également consacré un disque. Je joue beaucoup Chopin par ailleurs, ainsi que Schubert car il a un univers plein de finesse, avec des degrés d’émotion infinis et subtils. » Après le concert à Salle Gaveau, Irina Lankova poursuivra sa route avec d’autres projets tout aussi enthousiasmants, notamment un concert prévu le 8 avril cette fois à la Salle Cortot: « Il s’agit d’un très beau projet multimédia autour des Variations Goldberg de Bach. Je travaille avec une vidéaste, et la vidéo est pensée comme le contrepoint visuel de la musique. On explore notre lien intime et fondamental à la nature. » Cet automne et au printemps, rendez-vous dans les salles parisiennes pour nous plonger au cœur de l’art tout en sensibilité de la pianiste.

Élise Guignard   

 

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