Coups de cœur - Romantique

Riccardo Muti, direction le 18 juin, Maison de la Radio

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Pour son concert annuel à la tête de l’Orchestre National de France, le grand chef italien propose un programme marqué par l’opulence sonore. Il canalisera certainement les eaux tumultueuses de la Symphonie n° 4 de Tchaïkovski pour nous bouleverser sans mièvrerie ni effet de manche.

La Symphonie n° 4 (1878) ouvre ce qu’on appelle habituellement la « trilogie du destin », même si plusieurs années la séparent des Symphonie n° 5 (1888) et n° 6 « Tragique » (1893). Écrite en même temps que l’opéra Eugène Onéguine, la symphonie connut une gestation difficile, Tchaïkovski étant plongé dans une profonde dépression causée par son mariage malencontreux avec Antonina Miliukova n’ayant pour motif que de contrer les rumeurs évoquant son homosexualité. Le compositeur prend acte des chaines du destin (« Il faut nous y soumettre et nous résigner à une tristesse sans issue », écrit-il dans une lettre à Nadejda von Meck, dédicataire de la partition) et une chape de plomb semble s’abattre sur l’auditeur dès l’énoncé du thème liminaire, celui du fatum, et ses dramatiques accords de cuivres, suivi une musique tourmentée, valse presque macabre aux lignes erratiques. Tout au long de la symphonie, la lumière et l’espoir tentent de percer, jusqu’au finale en forme de fête populaire que le destin va se charger d’écraser de ses édits impitoyables.
Avec son élégance légendaire et sa maîtrise absolue des plans sonores, Riccardo Muti est certainement l’un des plus grands interprètes de Tchaïkovski, poignant sans être sentimental, rigoureux sans être analytique. Des pages moins célèbres de Catalani (les raffinées Contemplazione, prélude orchestral que Muti a enregistré il y a près de près de trente ans) et de Verdi (des extraits des Vêpres siciliennes) complètent un programme plantureux.

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