Portraits d'artistes - Piano

Jean-Philippe Collard la transmission

Jean-Philippe Collard
Disciple de Pierre Sancan, Jean-Philippe Collard défend le répertoire français aux quatre coins du monde.
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Sous l’impulsion de Jean-Philippe Collard et de solistes de renom, l’école normale de musique de paris organise depuis 2016 des sessions de formation à l’intention d’étudiants venus du monde entier soucieux de se perfectionner dans le domaine de la musique française pour piano.

Fondée par Alfred Cortot en 1919, l’École Normale de musique considérée par Paul Valéry comme « la maison d’or » a toujours constitué un écrin pour la diffusion de la musique française. Dans cet hôtel particulier du Boulevard Malesherbes, le luxe architectural côtoie une atmosphère singulière et nostalgique où plane toujours le souvenir glorieux des artistes illustres qui y ont laissé leurs traces. Jean-Philippe Collard, fin connaisseur d’une tradition qu’il désire perpétuer, a convaincu les édiles de cette maison chargée d’histoire de l’intérêt à initier de jeunes pianistes au répertoire dont il faut sauvegarder les caractéristiques et la spécificité : « Ce projet a pris corps grâce à l’écoute des directeurs qui se sont succédé à l’École Normale. Depuis décembre 2022, Murielle Hurel-Mezghrani a pris le relai de ses prédécesseurs et a tenu à faire de cette Académie partie prenante de l’ensemble des formations de l’École. Les conditions sont optimales et la période de début juillet offre une occasion formidable en raison des congés d’été. Dans chaque salle, la présence d’un piano donne aux étudiants une totale liberté et leur permet de se perfectionner avec des professeurs réputés comme Henri Barda, Jean-Efflam Bouvouzet, Michel Béroff, Marie-Catherine Girod, Claire-Marie Le Guay, David Lively, Jean-Claude Pennetier, Pascal Rogé, Emmanuel Strosser. La musique française est abordée sans restriction depuis Couperin et Rameau jusqu’à Boulez en passant par Debussy. Aujourd’hui, les œuvres pour piano d’Albert Roussel sont à mon avis un peu oubliées et je mets un point d’honneur à ce que ce compositeur si inventif soit mis en exergue à chacun des stages. » 

Une formation ouverte et à large spectre

Le pianiste français ne se contente pas d’assurer la direction artistique de cette manifestation sui generis, il met aussi tout son savoir et son expérience à la disposition de jeunes artistes qui, de prime abord, préfèrent le plus souvent la démonstration pianistique des grands concertos du répertoire à l’intimité d’une musique moins virtuose mais si riche de sens : « Il faut une réelle curiosité pour s’atteler à des partitions souvent peu démonstratives, moins attractives, mais qui regorgent de couleurs, de phrasés, d’harmonies et de ce côté impalpable si cher aux Impressionnistes. Il y a un halo de culture qui enveloppe un vaste répertoire que l’on ne peut aborder de façon standardisée. Il convient de posséder la technique ad hoc, comme par exemple l’emploi judicieux de la pédale, la notion de respiration, la traduction de la nature à travers des artifices techniques évoquant des univers ondoyants et divers. Les étudiants connaissentScarbo ou la Toccata de Ravel mais manifestent moins d’intérêt pour le Tombeau de Couperin ou les Préludes de Debussy qui sont du domaine du mystère, de l’ambiguïté, de la nuance et créent des paysages de lumière, loin de la difficulté technique d’un concerto de Prokofiev ou de Rachmaninov. » La formation offerte couvre des activités à large spectre qui ne se limitent pas au seul apprentissage des clefs musicales, mais entend élargir la connaissance à tout ce qui entoure cette période féconde en images de toutes sortes : « La demande d’inscription doit être accompagnée d’un CV et d’un enregistrement d’environ trente minutes, ce qui permet de sélectionner une quinzaine de candidats afin de les initier à des conditions d’interprétation qui leur sont le plus souvent étrangères. C’est aussi une manière, au-delà de l’aspect didactique de la formation, d’assurer une continuité dans la transmission d’un savoir qu’eux-mêmes pourront plus tard communiquer à la nouvelle génération. Chacun peut bénéficier d’une heure de cours individuel par jour avec le professeur de son choix, des master class, des conférences et d’une visite au Musée Marmottan pour s’imprégner du mouvement impressionniste. À la fin du stage le 8 juillet, un concert à la Salle Cortot est donné par chacun des participants. »

Avec sérénité, à quelques verstes de l’Abbaye de Royaumont où il se ressource, Jean-Philippe Collard remet sans cesse sur le métier des partitions qui lui sont chères, s’ouvrant à un nouveau répertoire laissé pour diverses raisons en jachère. Après les Goyescas de Granados unanimement saluées par la critique, il vient récemment de publier (pour le même label La Dolce Volta) deux rares Concertos pour piano qui n’ont pas la faveur des estrades, ceux de Rimski-Korsakov et de Scriabine. Son amour chevillé au corps pour la musique de notre pays n’a de cesse de l’interroger. Vient de paraître une nouvelle intégrale des Barcarolles de Fauré : « En entendant à la radio dans ma voiture mon ancienne interprétation, j’ai eu conscience, qu’elle ne me convenait plus. Il fallait que je revisite ces œuvres cinquante ans plus tard. » Décidemment, la carrière exemplaire de Jean-Philippe Collard se place sous le signe perpétuel de ce questionnement dont les étudiants de l’Académie auront début juillet le privilège de faire leur miel.

Michel Le Naour